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10 décembre 2012

Une initiative de poids

Regroupant entreprises et organisations de défense des droits de l’homme, le Global Social Compliance Programme, dont Migros est un des membres fondateurs, cherche à harmoniser les différents standards sociaux et à améliorer les conditions de travail à l’échelle mondiale.

Cueilleuses d’oranges
Cueilleuses d’oranges en Afrique du Sud: des standards sociaux 
comparables 
ouvrent des 
débouchés 
mondiaux,
 même aux petits 
producteurs. (Photo: Martin Schmocker/athletix.ch)

Le géant américain de la distribution Walmart, l’enseigne française d’hypermarchés Carrefour, la Walt Disney Company… Les plus grands noms de l’économie mondiale se sont récemment réunis à Zurich pour la conférence annuelle du Global Social Compliance Programme (GSCP), une initiative visant à harmoniser les différents standards sociaux tels que BSCI, Utz Certified et Fairtrade.

Trente-six grands distributeurs, fabricants de marques et producteurs adhèrent au GSCP, dont Migros qui est l’un des membres fondateurs. Cumulé, leur chiffre d’affaires annuel atteint la somme phénoménale de 1,3 billion d’euros. «Nous souhaitons utiliser cette position de force sur le marché pour faire avancer, à l’échelle mondiale, les conditions de travail et les modes de production vers plus de responsabilité sociale et écologique», précise Johann Züblin, spécialiste du développement durable à la Fédération des coopératives Migros (FCM) et vice-président du GSCP.

Trop de standards différents pénalisent les producteurs

En quoi une organisation telle que le GSCP est-elle nécessaire? «A l’heure actuelle, il existe dans le monde environ 1500 standards sociaux très similaires, explique Johann Züblin. Personne ne s’y retrouve vraiment. Le GSCP a donc mis au point un système de référence auquel chaque standard peut être mesuré. Pour le commerçant, cela facilite le choix des fournisseurs et lui épargne des audits et des frais inutiles.»

Les expertises sont menées régulièrement par des instituts indépendants afin de contrôler les conditions de travail, mais lorsqu’un fabricant doit satisfaire à différents standards sociaux en fonction de ses clients, le nombre d’audits augmente, les frais s’additionnent et la colère gronde.

C’est ce que confirme d’ailleurs Colleen Chennells de Fruit South Africa, une association sud-africaine de fruiticulteurs: «La multiplication des audits et, par conséquent, l’augmentation des coûts ont fini par dégoûter nos producteurs. C’est dommage qu’un sujet aussi important que le respect des valeurs éthiques dans la production en arrive à être perçu de façon négative.»

Afin d’y remédier, Fruit South Africa a développé son propre standard social avec l’aide du GSCP. «Pour nous, le GSCP a été l’instrument, le repère nous permettant de répondre à toutes les exigences des acheteurs.» Les petites exploitations fruiticoles sont les premières à en profiter, car un standard crédible et applicable à peu de frais leur ouvre des débouchés mondiaux.

Le fait de réaliser moins d’audits signifie-t-il une baisse du nombre des contrôles? «Les audits ne sont toujours qu’une photographie instantanée de la situation», rappelle Jan Furstenborg. un Finlandais qui représente les intérêts des syndicats au sein du GSCP, en tant qu’ancien président de l’organisation syndicale internationale Uni Commerce Global Union.

Les entreprises doivent faire pression sur les gouvernements

«Même le meilleur des audits ne peut pas tout prévenir», sait Jan Furstenborg en faisant allusion aux tragiques événements tels que le récent incendie dans une usine du Bangladesh. «Des lois essentielles font souvent défaut, par exemple en matière de protection contre les incendies. Ou alors l’Etat rechigne à imposer les règles existantes.» Le GSCP peut – et doit – alors peser de tout son poids commercial pour faire pression sur ces gouvernements.

Aux yeux du syndicaliste, il est également important de susciter une prise de conscience des risques auprès des directeurs d’usine. Raison pour laquelle, à l’avenir, le GSCP compte miser davantage sur les stratégies dites de capacity building.

Par le biais de formations, il s’agit de rendre les chefs d’entreprise capables de mettre en œuvre par eux-mêmes les mesures requises par les standards sociaux qui s’appuient tous sur les directives de l’Organisation internationale du travail (OIT), une agence spécialisée de l’ONU. Ces consignes ont toutefois beau consacrer, entre autres, le principe de la liberté syndicale, ce droit n’est pas respecté partout. Aussi, le capacity building ne doit-il pas se limiter aux seuls chefs d’entreprise. «Les travailleurs sont eux aussi concernés. Il faut que la direction et les employés apprennent à se parler et à collaborer socialement.»

Pour Jan Furstenborg, la participation des syndicats au GSCP s’est toujours imposée comme une évidence. «Dès le début, syndicats et organisations de défense des droits de l’homme ont été de la partie. Nous avons l’obligation morale et éthique d’agir en faveur des travailleurs, et ce, d’un bout à l’autre de la chaîne de production», insiste le Finlandais.

Selon lui, les représentants des entreprises impliquées ont toujours été à l’écoute, et les syndicats se sont montrés satisfaits des résultats des négociations. «Nous n’avons pas rendu la vie facile aux entreprises», sourit-il.

Jan Furstenborg est convaincu que des organisations telles que le GSCP apportent de vraies améliorations. «Mais il n’y a pas de formule magique pour résoudre l’ensemble des problèmes», concède-t-il. A son avis, cependant, les défauts du système ne doivent pas être une raison pour baisser les bras: «Le mieux est l’ennemi du bien.»

En savoir plus sur le Global Social Compliance Programme: www.gscpnet.com (en anglais).

Auteur: Andreas Dürrenberger