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20 juillet 2013

Une journée avec les vétérinaires de l'aéroport

En pleine période de départs, «Migros Magazine» a suivi Susan Stierlin, vétérinaire responsable au service de frontière de Cointrin où animaux et denrées alimentaires sont contrôlés.

Susan Stierlin, vétérinaire responsable au service de frontière de Cointrin.
Le contrôle olfactif et visuel fait partie de la procédure de validation. Ici, Susan Stierlin, vétérinaire responsable au service de frontière de Cointrin.

Il fait particulièrement chaud en cet après-midi de juillet. Du côté de l’embarquement de l’aéroport de Genève, ça se bouscule pour les départs en vacances.

Ici, dans la zone du fret aérien, pas de stress. Avec près de vingt-cinq ans de maison, Susan Stierlin en a vu d’autres. Du côté des animaux vivants, le serpent qui préfère disparaître plutôt qu’être enfermé de nouveau, c’est fait.

«Les achats sur internet, c'est un vrai problème»

La chienne pas très d’accord de retourner en box et qui montre les crocs aussi. Et ne parlons pas des importations illégales involontaires ou des tentatives de fraudes plus ou moins subtiles: il s’agit de son quotidien. «Désormais, nous avons un accord avec les douaniers: en cas de colis suspect, la douane fait parvenir la marchandise afin de diagnostiquer l’espèce, par exemple des objets en peau d’animaux protégés. Les achats sur internet, c’est un vrai problème, soupire-t-elle: le vendeur l’ignore ou ne s’en préoccupe pas, mais les gens font venir des objets sans les documents nécessaires, et les embêtements commencent.»

Glissés entre deux caleçons de bain, ces coraux ne quitteront ainsi jamais le bureau de Susan Stierlin. Si ce n’est pour aller à Berne, où l’Office vétérinaire fédéral entrepose les saisies.

Des chaussures en peau de serpent.
Le propriétaire de ces chaussures de luxe en peau de serpent n'avait pas les papiers nécessaires à l'importation. Il a préféré abandonner ses achats à la douane.


Quant à cet acheteur d’une paire de chaussures Gucci en serpent, sans doute payées un joli prix dans une boutique transalpine chic, il ne les a pas eues aux pieds longtemps. «Et il n’y aurait pas eu de souci s’il les avait portées en Italie.»

Car sur place, la maison de luxe a certainement fait le nécessaire pour importer des peaux avec tous les papiers.

Le problème, c’est qu’il faut faire pareil pour entrer en Suisse avec, transformées en escarpins ou non. Ce qu’ignorait sans doute ce client qui a préféré laisser ses chaussures au Service Vétérinaire Frontière de Cointrin.

Des documents en règle dès le départ

Ce qui ne sera pas le cas du patron des 380 bracelets de montre que vient présenter Bouveret Maroquinerie, maison spécialisée située près de Besançon, et fournisseur d’horlogers suisses. «Avec les mêmes documents, ces bracelets seront ensuite redistribués dans leur réseau par les différentes marques», note Susan Stierlin. D’où l’importance que tout soit en règle au départ.

La responsable évoque aussi les objets de décoration en ivoire d’éléphant dont le commerce illégal connaît hélas un regain sensible.

Trois tonnes viennent d’ailleurs d’être saisies à Mombasa par les autorités kenyannes. La cargaison était destinée à la Malaisie, pour la préparation de poudres de médecines traditionnelles, mais aussi d’objets décoratifs.

La problématique de l’ivoire met en jeu la protection des animaux in situ, et la conservation des espèces au niveau international. Lors du contrôle vétérinaire frontière, c’est la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction) qui fait force de loi, avec une liste très précise où les espèces sont réparties en trois catégories selon le degré de menace. «Mais il faut savoir que la demande de classification provient toujours du pays d’origine de l’animal.»

Les emballages contenant les coquilles Saint-Jacques sont ouverts.
Les emballages contenant les coquilles Saint-Jacques sont ouverts.

A Cointrin, le poste vétérinaire frontière s’occupe aussi du vivant au sens large, parfois des produits non destinés à la consommation humaine (embryons, par exemple), mais le plus souvent de ce qui atterrit dans notre assiette.

Comme ces 208 kilos de coquilles Saint-Jacques qui arrivent tout juste des Etats-Unis. Selon la procédure basée sur la législation continentale, les 26 cartons sont débarqués de l’avion et immédiatement acheminés dans une zone frigorifiée où seront effectués les contrôles. Le trajet ne peut se faire que dans un seul sens, et aucune denrée ne peut quitter lesdites pièces frigorifiques sans le fameux scotch vert apposé par le Service Vétérinaire Frontière. En cas de rouge, elle y restera, en attente d’être détruite ou renvoyée à l’expéditeur.

Revêtue d’une blouse blanche, Susan Stierlin pénètre dans le local par son côté, toujours accompagnée par un représentant de Swissport ou Dnata, les deux sociétés de fret actives à Genève, qui se charge de la manutention. Trois portes: le frais de 0 à 2 degrés, température ambiante et le congelé à -18 degrés, où attendent les coquilles Saint-Jacques.

On commence par examiner la documentation: «Il faut que cela provienne d’un pays autorisé à exporter une telle marchandise et d’un établissement inscrit sur les listes européennes pour l’autorisation de l’importer, hors blocus temporaire de l’un ou l’autre pays.» Le certificat sanitaire est épluché. Grâce à un outil informatique standardisé, la traçabilité du produit est assurée:

S’il y a un souci avec un produit à Genève ou à Munich, le stop sera valable dans l’ensemble de l’Europe.

La température des coquilles Saint-Jacques est contrôlée à l'aide d'un thermomètre.
La température des coquilles Saint-Jacques est contrôlée.

Contrôle dit «identitaire», aussi: état des cartons et du contenu, nombre et étiquetage correct, etc. Vient ensuite le contrôle physique. Odeur, consistance, couleur de la chair sont vérifiées. Susan Stierlin plante ensuite un thermomètre dans la chair de l’animal: 1,8 degré. «Les produits de la mer doivent voyager entre 0 et 2 degrés, c’est donc parfait.»

Pas d’animaux vivants le jour de notre venue. L’animalerie, partie du Service la plus ressemblante à un cabinet vétérinaire, est donc vide. Quoique anodin, l’endroit reste de grande importance dans la lutte contre les épizooties. Et la responsabilité de Susan Stierlin et de ses collègues grande.

Les Suisses doivent savoir qu’il est très difficile de revenir à titre privé avec un animal d’un pays à risque de rage sans s’y prendre très à l’avance.

Or, les pays européens sont à faible risque, a contrario de la plupart des autres régions du monde. «Un chien marocain devra par exemple être vacciné sur place, puis avoir des papiers attestant d’au moins 4 mois sans signe de rage.» Brochure de l'Office vétérinaire fédéral "Je voyage avec mon chien ou mon chat (PDF)

Le billet de retour, comme les nuitées à l’aéroport, étant bien sûr à la charge du voyageur, mieux vaut y réfléchir à deux fois. «Lorsque les gens prennent leur animal de compagnie en voyage avec eux dans des pays à risque de rage, ils doivent veiller à ce que les documents soient en règle avant le départ, histoire que le retour se déroule sans complication.» Ce qui s’avère assez logique, les virus ne faisant pas de distinction de passeport…

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Alban Kakulya