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11 novembre 2013

Une journée (victorieuse!) avec le LHC

Néo-promu de la ligue nationale A, le Lausanne Hockey Club a réussi son entrée dans la saison. «Migros Magazine» a suivi les joueurs le jour où ils affrontaient leurs frères ennemis genevois.

Des joueurs du Lausanne Hockey Club
Dans le public comme sur le banc, la tension est à
 son comble.
Florian Conz, capitaine du Lausanne Hockey Club.
Florian Conz, capitaine: «Que nous soyons en ligue A ou en ligue B, nous nous préparons de la même façon.»

On l’attendait au tournant. Monté en ligue A à la fin de la précédente saison, le Lausanne Hockey Club (ou LHC, pour les initiés) se devait de réussir son entrée dans la cour des grands. Surtout après avoir bataillé pendant plus de dix ans pour s’extraire de ligue B. Pas intimidés pour un sou – même si, le capitaine Florian Conz le conçoit, il est plus impressionnant de jouer devant les 15 000 spectateurs de la patinoire de Berne que les quelque 3000 de celle de Weinfelden (TG) – les Lausannois n’ont pas déçu leurs fans.

Actuellement en 7e position (sur 12, rappelons-le) du classement provisoire de la phase de qualification, ils ont su trouver leur place dès le début de la saison. Allant même jusqu’à vaincre par deux fois leurs frères ennemis les Genevois, en leur arrachant notamment un mémorable 4 à 1 dans leur antre des Vernets le 15 octobre dernier. Migros Magazine avait justement choisi ce jour-là pour s’immiscer dans le quotidien des Lions vaudois, de leur entraînement en fin de matinée à Malley jusqu’à ce deuxième match tant attendu du derby lémanique. Retour sur une journée riche en émotions...

Vidéo: le résumé de la journée en images. Source: Youtube - Migros Magazine - Tania Araman

10 h 45

Heinz Ehlers, l’entraîneur danois du LHC, rassemble ses joueurs.
Heinz Ehlers, l’entraîneur danois du LHC, rassemble ses joueurs.

Coup de sifflet sur la patinoire de Malley. Heinz Ehlers, l’entraîneur danois du LHC, rassemble ses gaillards. Voilà cinq minutes que ces derniers ont fait leur entrée sur la glace. Certains se lançant dans une série d’étirements, d’autres évoluant déjà sur leurs patins, palet au bout de la canne. Et d’autres encore s’invectivant gaiement et se payant une tranche de rigolade...

Le défenseur Daniel Eigenmann s’élance sur la glace pour un dernier entraînement à Lausanne.
Le défenseur Daniel Eigenmann s’élance sur la glace pour un dernier entraînement à Lausanne.

Une chose est sûre: à neuf heures du match de ce soir, l’ambiance est encore détendue! Mais au signal du coach, le calme et le sérieux gagnent rapidement les rangs: l’entraînement peut commencer. Passes, tirs au but, puis jeux à six contre six, les exercices s’enchaînent rapidement sur la glace.

On profite de l’occasion pour se glisser dans les vestiaires désertés, ce lieu qui revêt un caractère mystérieux et sacré, tant l’équipe rechigne à y laisser pénétrer les intrus... Autour d’un grand tapis rouge orné du symbole du club – un lion blanc: d’ailleurs, est-ce de là que vient cette odeur de fauve?– s’alignent les casiers des joueurs, dans lesquels sont rangés patins et gants de rechange. Un peu plus loin dans le couloir, on trouve le local du physiothérapeute, ainsi que celui où officie Thierry Comte, responsable du matériel au LHC depuis plus de vingt ans. C’est lui qui apportera tout à l’heure aux Vernets les maillots des joueurs, ainsi que les linges, les boissons énergisantes, la machine à café, un affûteur de patins et tout le tintouin.

Tout est prêt depuis hier, annonce-t-il. Je préfère prendre de l’avance comme ça s’il y a un pépin le jour J, j’ai le temps de le régler.

11 h 45

L’entraînement touche à sa fin. Petit rassemblement autour de Heinz Ehlers, qui motive une dernière fois ses troupes en anglais, la langue de travail du club. C’est qu’outre Romands et Suisses allemands, l’équipe compte également quelques Canadiens, ainsi que les nouvelles recrues venues du nord, le Suédois Daniel Bång et le Finlandais Juha-Pekka Hytönen (surnommé JiPi, pour simplifier les choses...). Ce dernier s’inquiète d’ailleurs auprès de Maïque Perez, le responsable de la communication du LHC (récemment engagé pour faire face aux sollicitations toujours plus fréquentes de la presse suite à la montée du club en ligue A) , de la venue ce soir de ses parents: quelqu’un pourrait-il les amener en voiture jusqu’à Genève? C’est finalement l’attaché de presse lui-même qui s’en chargera...

Les joueurs ont à présent quelques heures devant eux avant le grand départ pour la Cité de Calvin. Au programme, dîner et repos. «Pour ma part, il s’agit surtout de me changer les idées, explique l’attaquant Etienne Froidevaux. De ne pas me laisser envahir par des pensées négatives.» De son côté, Florian Conz assure ne pas encore trop sentir la tension: «Ça viendra plus tard.» (Il ne croit pas si bien dire, même si la tension pour lui n’arrivera pas de là où il l’attendait: en effet, il ne participera finalement pas au match pour cause de... naissance! Sa femme accouchera ce soir de leur premier enfant, une petite Maxine.)

15 h 45

L’heure du départ a sonné. Les joueurs quittent leur patinoire de Malley à Lausanne pour se diriger vers l’antre de leurs ennemis: les Vernets à Genève. Même en ligue A, chacun porte son matériel!
L’heure du départ a sonné. Les joueurs quittent leur patinoire de Malley à Lausanne pour se diriger vers l’antre de leurs ennemis: les Vernets à Genève. Même en ligue A, chacun porte son matériel!

Retour des joueurs à Malley. Juste le temps de rassembler leurs affaires dans les vestiaires et les voilà qui ressortent, équipés de leurs gigantesques sacs rouges. Si Thierry Comte se charge du matériel commun, c’est à eux de transporter leurs cannes, leurs casques et leurs patins. A eux également de s’assurer que ces derniers sont en état, et de réclamer au besoin un affûtage.

Cristobal Huet, gardien.
Cristobal Huet, gardien.

Tandis qu’ils rejoignent, au compte-gouttes, le car qui les mènera à Genève, on ne peut s’empêcher de noter sur leurs visages une nouvelle expression. Trac, appréhension, concentration? «C’est quand j’embarque dans le bus que la tension commence à monter», confirme Cristobal Huet. Si le club ne compte pas de superstar dans ses rangs – un vœu très clair de la direction, l’important étant avant tout de créer un collectif soudé – le gardien franco-suisse jouit toutefois d’une belle notoriété dans le monde international du hockey.

Le départ est prévu pour 16 h 15. Il s’agit de respecter à la lettre le planning. On se souvient qu’il y a quelques semaines le HC Bienne était arrivé à Malley avec près d’une heure de retard sur le programme, ayant mal évalué la densité de la circulation. Avec les bouchons auxquels on peut s’attendre à Genève en fin de journée, le LHC a tout intérêt à s’y prendre à l’avance! «C’est une grosse responsabilité d’amener tout le monde à bon port», reconnaît Jean-Jacques Aegerter, le chauffeur du club.

17 h 25

Genève, patinoire des Vernets. Les Lions ne devraient pas tarder à arriver. Toujours prévoyant, Thierry Comte est venu plus tôt pour disposer les maillots des joueurs dans les vestiaires mis à disposition. Le silence y règne encore pour quelques minutes, de même que sur la patinoire, encore vide de tout spectateur et supporter. Le calme avant la tempête de ce soir?

17 h 30

Voilà les Lausannois! Un point stratégie dans les vestiaires avec l’entraîneur, histoire de recentrer les troupes après le trajet en bus, puis c’est l’heure de l’échauffement libre, chacun s’adonnant à l’activité qui lui convient le mieux. La pluie n’empêche pas certains de se lancer dans un petit footing, tandis que d’autres s’étirent consciencieusement.

Un groupe s’est formé dans l’arrière-cour abritée de la patinoire des Vernets et a troqué patins et cannes contre un ballon de foot. Entre deux passes, on rigole, on plaisante, on se lance des vannes en français, en suisse allemand, en anglais. «Ça nous détend, relève l’attaquant Benjamin Antionietti, qui semble ne jamais perdre une occasion de plaisanter. Certains ont besoin de rester concentrés, nous, on préfère s’échauffer en s’amusant.» Ce soir, il se retrouvera une fois de plus face à son frère Eliot, défenseur à Genève-Servette. Peu à peu, les joueurs regagnent les vestiaires pour achever leur préparation.

19 h

A quarante-cinq minutes du coup d’envoi, les deux équipes investissent la patinoire pour l’échauffement sur la glace. En un ballet quasi chorégraphié, ils témoignent brièvement de leur savoir-faire: le spectacle promet d’être beau!

19 h 43

Après un dernier passage dans leurs quartiers, les revoilà sur la glace. Ovation des spectateurs. Bien sûr, les supporters genevois sont davantage représentés, et les joueurs lausannois essuient quelques huées.

19 h 45

Accoudé à la bande, Christophe Bays, le gardien remplaçant, suit le match avec attention.
Accoudé à la bande, Christophe Bays, le gardien remplaçant, suit le match avec attention.

C’est parti! Rapidement (trop rapidement?), Servette marque le premier point. Suivi de près par Lausanne. Les Lions prennent de l’assurance. Accoudé à la bande, Christophe Bays, le gardien remplaçant, suit le match avec attention. A moins que Cristobal Huet ne soit blessé, il ne jouera pas. Mais il se tient prêt. Le premier tiers-temps s’achève sur une égalité.

20 h 30

Début du deuxième tiers-temps. Assis sur le banc, les joueurs se reposent entre deux passages sur la glace. Les visages sont tendus, sérieux. Lorsque leur équipe marque un second but, ils se lèvent comme un seul homme. Mais restent concentrés. On ne relâche rien. Et même s’ils mènent à l’issue de la manche, aucun soulagement ne se lit encore sur leurs visages lorsqu’ils retournent aux vestiaires.

21 h 15

Des Lions lausannois prêts à tout pour protéger leur cage des Aigles genevois.
Des Lions lausannois prêts à tout pour protéger leur cage des Aigles genevois.

Ultime tiers-temps. Tout se précipite. Les Lions marquent un troisième but, puis un quatrième. Le temps file. Des sourires commencent à apparaître. On sent la fin, victorieuse, approcher.

21 h 45

Exultation: ils ont gagné! Après avoir salué leurs supporters sur la glace, ils retournent en coulisses. Une atmosphère joyeuse et agitée règne dans les couloirs. On surprend même le coach Heinz Ehlers, toujours sérieux et taciturne, le sourire aux lèvres. Les joueurs entrent et sortent des vestiaires, dégustent le repas commandé par Thierry Comte («Toujours la même chose: de la viande et des féculents!»), discutent avec des amis, et bien entendu, répondent aux questions des journalistes.

Etienne Froidevaux, buteur au LHC. (Photo: Lausanne Hockey Club/Lionel Deriaz)
Etienne Froidevaux, buteur au LHC. (Photo: Lausanne Hockey Club/Lionel Deriaz)

«Ça fait partie de notre boulot», explique Etienne Froidevaux, qui a marqué le dernier but. Un exercice pas toujours évident pour lui qui n’est pas de langue maternelle française. Il reconnaît toutefois avec un sourire que c’est toujours plus facile d’être interviewé après une victoire qu’après une défaite. Quant à Benjamin Antionetti, il se réjouit de ce match remporté à l’extérieur. Et promet que cela ne créera pas de tensions à la maison entre son frère et lui…

22 h 30

Les derniers sacs sont placés dans le coffre du car, les retardataires embarquent, Jean-Jacques Aegerter est prêt à ramener tout le monde au bercail. Espérons pour eux que la suite de leur saison se déroulera aussi bien qu’aujourd’hui…

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Schaer, Keystone