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20 août 2012

Une locomotive pour l’économie

Par le volume de ses commandes, la coopérative Migros permet à de nombreuses entreprises de prospérer. La preuve par trois.

Les deux hommes sur une locomotive cargo
Jonas Fries et Fritz Gerber, employés de CFF Cargo, 
participent eux aussi à la livraison 
des marchandises 
Migros.

Petite devinette: combien de col- laborateurs emploie effectivement Migros? 30 000, 40 000 ou plutôt 50 000? Vous êtes loin du compte, car ce sont 83 000 personnes qui travaillent pour Migros, soit assez pour peupler une ville comme Lucerne. Ce faisant, le distributeur se classe ainsi en tête des employeurs privés suisses.

Mieux encore, Migros est une vraie machine à créer des emplois. En effet, la coopérative passe d’importantes commandes auprès de maintes entreprises suisses et crée ainsi indirectement de nombreuses places de travail supplémentaires.

Son partenariat avec CFF Cargo illustre bien ce fait. Comme Migros achemine autant que possible ses marchandises par le rail, elle est depuis des années le principal client de ce transporteur. Le distributeur constitue également le premier débouché des produits agricoles suisses. En effet, les agriculteurs de notre pays lui livrent environ le quart de leur production.

On pourrait citer encore bien d’autres exemples de petites ou grandes entreprises qui créent des places de travail grâce à Migros. Nous vous présentons ci-contre quelques professionnels qui ne sont pas directement employés par Migros, mais dont le travail dépend au moins en partie de cette locomotive de l’économie suisse.

Migros et CFF Cargo: comme une famille

En cette belle journée d’été, l’air semble vibrer sous l’effet de la chaleur au-dessus des voies ferrées conduisant au centre de distribution de Neuendorf SA (MVN) dans le canton de Soleure. Malgré les températures estivales, le temps n’est pas à la sieste, et une locomotive de CFF Cargo de 2400 chevaux, capable de tirer 1600 tonnes, s’avance vers nous.

Pour piloter ce colosse d’acier, son conducteur Fritz Gerber n’actionne pas de puissants leviers, mais une élégante petite manette qui ressemble à celles des consoles de jeu. Avec l’aide de son collègue Jonas Fries, il manœuvre un convoi de vingt-trois wagons sur le vaste site de MVN et va prendre livraison d’articles destinés aux magasins Migros de Suisse orientale et du Tessin. Le chargement comprend une grande variété de produits, allant des balançoires de jardin aux grils à gaz, en passant par des téléviseurs.

Cette année, 14 300 wagons quitteront la centrale Migros

Long de 340 mètres, le convoi roule ensuite jusqu’à la gare d’Oensingen (SO), où les wagons sont alors accrochés à une locomotive de ligne pour poursuivre leur trajet à travers le pays.

Durant cette délicate opération, les deux hommes restent en contact radio, car le conducteur devine à peine la fin du convoi. «Jonas est mes yeux, à l’autre bout du train de marchandises», explique Fritz Gerber. Et Jonas Fries d’ajouter en riant: «Fritz conduit la locomotive, mais c’est moi qui pilote Fritz.»

La collaboration est bien rôdée, non seulement entre les deux employés de CFF Cargo, mais aussi entre ces derniers et les spécialistes de MVN. Dans le réseau de la logistique Migros, ce centre constitue un nœud stratégique. Tous les produits surgelés, non-food et near-food de Migros passe en effet par cette entreprise, avant d’être acheminés dans les magasins et marchés spécialisés Migros de Suisse. Or, ces transports s’effectuent en grande partie par le rail. MVN possède ainsi neuf kilomètres de voies ferrées reliées au réseau CFF. En tout, ce ne sont pas moins de 14 300 wagons chargés de marchandises qui quitteront Neuendorf cette année.

Tous réunis autour d’une grillade conviviale

«Avec le personnel de Migros, nous formons presque une famille», explique Jonas Fries. Les collaborateurs des deux entreprises ont d’ailleurs souvent des parcours professionnels comparables. Comme le conducteur de locomotive Daniel Roth, qui pilote des trains de marchandise sur le site de MVN et qui était auparavant employé de CFF Cargo.

Jonas Fries et lui discutent volontiers lors des transferts de wagons et évoquent les prouesses de leur club de football préféré, Young Boys.

Les collaborateurs de MVN et de CFF Cargo se rencontrent de plus chaque année en septembre à Oensingen ou sur l’espace vert de MVN, le temps d’une grillade conviviale. Une fête de famille pour ainsi dire.

Des Appenzellois mettent Migros en lumière

Responsable des contrôles qualité chez Litex SA, une entreprise spécialisée dans l’éclairage, Manfred Koller est plongé dans une lumière orange. Pour peu, on pourrait penser qu’il admire un coucher de soleil. Il n’en est bien sûr rien: il se trouve simplement dans l’un des ateliers de la société située dans les faubourgs d’Appenzell et examine une enseigne lumineuse dont il a ôté le couvercle. Minutieusement, il vérifie si les nombreuses diodes s’allument, puis revisse les caractères de plexiglas sur leur socle. Un nouvelle enseigne Migros est prête. Elle ira bientôt éclairer l’entrée d’un magasin en Suisse.

Entre quarante et cinquante enseignes par an

Manfred Koller va sûrement baigner encore souvent dans la lumière orange. Car cette entreprise qui emploie cinquante et un collaborateurs fournit depuis 2011 des caractères lumineux à Migros et produit entre quarante à cinquante enseignes par année pour le distributeur.

Pour ce faire, Litex SA recourt à la technique la plus moderne. Ses machines chauffent les plaques de plexiglas à 160 degrés pour leur donner la forme des caractères. Les diodes électroluminescentes (LED) qui sont ensuite intégrées à l’enseigne ne dégagent pratiquement aucune chaleur, sont économes en énergie et ont une longue durée de vie.

Les commandes Migros permettent de sortir de la crise

Durant plusieurs décennies, Litex SA s’est spécialisée dans la fabrication de néons. Mais comme la clientèle s’est tournée vers des enseignes lumineuses fonctionnant avec des LED, l’entreprise a été contrainte de procéder à une restructuration. «Dans cette phase délicate, Migros a été un précieux soutien», explique Sasha Petschnig, chef d’exploitation de Litex SA. Le contrat avec le distributeur nous a permis de produire à grande échelle des enseignes fonctionnant avec des diodes et ainsi d’effectuer notre transition vers l’ère du LED.»

D’importants contrats sont venus par la suite étoffer le carnet de commandes de Litex. L’entreprise produit par exemple des enseignes lumineuses LED pour la compagnie aérienne Swiss. Vu que celles-ci sont installées dans les aéroports du monde entier, les Appenzellois ont toutes les raisons de rayonner.

Meuniers par tradition et par passion

La minoterie Mühlebach SA située près de Würenlingen (AG) est gérée depuis cinq générations par la même famille. Sa directrice actuelle, Corinne Mühlebach, aime prendre le temps de présenter son entreprise aux visiteurs, malgré la grande activité qui y règne. C’est que nous sommes en pleine période de récolte et, suivant les jours, les agriculteurs viennent au rythme d’un tous les quarts d’heure au volant de tracteurs remorquant des tonnes de grain.

«Ce qui est beau dans ce métier, ce sont les multiples liens entre tradition et modernité», commente Carsten Heimburger, un des meuniers.

Migros n’est pas étrangère au fait que cette entreprise employant dix-neuf collaborateurs puisse poursuivre ses activités. Mühlebach fournit en effet sept boulangeries régionales Jowa, une entreprise de M-Industrie, ainsi que sept boulangeries maison Migros avec un assortiment allant de la farine fleur à la farine complète d’amidonnier en passant par huit farines bio.

Le partenariat entre Jowa et Mühlebach remonte au début des années 1970. «En Suisse, la branche était alors très réglementée et dominée par les cartels, se souvient Corinne Mühlebach. Mon père n’acceptait pas l’idée de se faire imposer des quantités de production.» Du coup, il s’est tourné vers Migros, car il savait que son fondateur, Gottlieb Duttweiler, s’était toujours opposé aux monopoles.

«Jowa est aujourd’hui notre principale cliente», se réjouit la directrice de Mühlebach. Grâce à ce partenariat avec l’entreprise de M-Industrie, la minoterie argovienne a pu constamment développer sa gamme de variétés de farines. Du coup, ses meules ne sont pas près de s’arrêter.

Auteur: Michael West

Photographe: Till Forrer