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28 décembre 2015

Une Miss qui n’a peur de rien

La Fribourgeoise Lauriane Sallin, Miss Suisse 2016, détonne dans l'univers aseptisé des paillettes. Elle qui peut défendre l'apprentissage du latin, évoquer le déclin des civilisations ou la mondialisation vue de Belfaux. Et expliquer pourquoi elle relativise tout. Y compris sa propre apparence.

Lauriane Sallin, Miss Suisse 2016, en train de lancer des paillettes, souriante.
Lauriane Sallin, Miss Suisse 2016, ne se laisse pas aveugler par les paillettes.

«On a tout à gagner à partager des passions plutôt que des ragots.» Lauriane Sallin, Miss Suisse 2016, annonce la couleur:

Il y a des thèmes plus intéressants que ma vie privée ou ce que je porte comme habits.»

Parlons-en quand même, des habits, puisqu’elle a déjà confessé qu’elle possédait 365 robes. «La plupart sont des héritages. J’ai une grande famille et au moment de s’en séparer, on me demande si je n’en veux pas et c’est ainsi que je me retrouve avec des robes de mes tantes, de ma grand-mère, de mes cousines…»

Le jeu du paraître la ferait d’ailleurs plutôt rire: «On vit dans une société de l’image qui a dépassé, en mille fois pire, l’adage voulant que l’habit ne fait pas le moine, puisque le moine, aujourd’hui, avec un bout de plastique dérivé du pétrole, peut avoir l’air de porter une veste en cuir.»

Une Miss en voyage dans l’espace et le temps

Le chapitre chiffons liquidé, abordons l’essentiel: les passions. Au premier rang desquelles, pour cette étudiante en histoire de l’art, l’archéologie. Ses premiers contacts avec la période antique remontent à ses 13 ans: «A Fribourg, le latin est obligatoire dès le CO (ndlr: cycle d’orientation, les trois dernières années de l’école obligatoire), aujourd’hui on voudrait le supprimer.

A l’heure où les frontières s’ouvrent et se referment, il n’est pas inutile de se rappeler que l’Europe a un héritage commun.»

Les stages d’archéologie qu’elle a effectués l’été dernier en Grèce l’ont convaincue que cette discipline pouvait aussi nous apprendre beaucoup sur l’époque actuelle: «Quand on se dit que rien ne va, ni climat ni politique, et qu’on décide qu’on n’y peut rien changer parce qu’on se trouve face à un conservatisme trop puissant, voir la grandeur des civilisations antiques qui ont pourtant disparu permet de comprendre que les façons de penser changent. Et qu’en restant bloqué sur une situation donnée, on risque de se prendre une grosse claque.»

A ce stade de la conversation, on se demande ce qui l’a poussée à vouloir devenir Miss Suisse. On n’est pas déçu par la réponse: «Avoir un physique comme le mien n’est pas toujours évident, on vous réduit vite à ça.

Ou bien vous avez une tête et vous ne devez pas avoir de corps, ou vous avez un corps et il faut pas espérer encore utiliser sa tête. Je ne vois pas pourquoi on devrait choisir entre être femme d’affaires ou femme au foyer, entre être belle ou être intelligente.»

Miss Suisse, c’était un défi envers elle-même: «Je voulais savoir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Je suis prête à admettre qu’il n’est pas possible de changer le monde, mais j’attends qu’il y ait une limite, un truc qui me bloque. Pour l’instant, ça ne bloque pas.»

Quand on la questionne sur ce qu’elle avait de plus que les onze autres candidates, elle explique tranquillement que, n’ayant jamais approché «de près ou de loin le milieu de la mode ou du mannequinat», son naturel avait dû ressortir:

Peut-être qu’on ne cherchait pas un personnage, mais juste quelqu’un.»

En plus, Lauriane ne connaît ni le stress ni la peur. «Je ne dis pas ça pour jouer les Rambo, mais c’est la vérité. Je n’ai pas le vertige, je n’ai pas peur de traverser une forêt en pleine nuit.» Elle se souvient bien avoir eu peur, petite, des araignées. Une peur qu’elle a vaincue en attrapant une bestiole à mains nues. «J’ai horreur d’être limitée par quoi que ce soit.

La seule limite que je vois, c’est mourir. Pour le reste, pas besoin de se faire des films, d’imaginer le pire.

Si on tombe, on se relève, on ne va pas rester couché par terre toute une semaine.»

Pour elle, un des avantages d’être Miss Suisse, c’est de «montrer positivement à quoi ressemble la nouvelle génération, née après 1990». Justement, à quoi? «La barrière des genres est moins fixe, nous avons aussi moins de problème avec les langues. On m’a demandé plusieurs fois comment ça allait avec les Suisses allemands. Pour moi, cette question n’a pas de sens, de même que les limites géographiques.

La mondialisation, les gens de mon âge ont grandi avec. On n’a pas peur des différences.»

D’ailleurs, la seule appartenance qu’elle ressent, c’est à sa famille. «Je suis très contente d’avoir un lieu où je sais que c’est chez moi, par exemple en passant la petite butte avant d’arriver à Belfaux. Mais si ma famille bouge dans un autre endroit du monde, je crois que je me sentirai aussi de ce nouvel endroit.»

Lauriane évoque aussi le décès de sa sœur. «Depuis, j’arrive mieux à voir l’essentiel,

je relativise tout ce qui se passe, notamment par rapport à l’apparence, même la mienne.

Je me rends compte que cette enveloppe plaît aujourd’hui, que c’est maintenant qu’il faut vivre, profiter, même si j’espère bien avoir un jour 90 ans.»

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Christian Schnur