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26 mars 2012

Une ode au bouton

Pour célébrer cet objet qui la fascine depuis l’enfance, Nicola Beaupain a décidé de lui consacrer un musée dans sa ferme d’Estévenens (FR). Ouverture prévue pour fin septembre.

Nicola Beaupain devant ses panneaux de boutons
Nicola Beaupain et ses copines ont déjà cousu plus de 50 000 boutons sur de grands panneaux.

Petite, je m’amusais avec les boutons que je trouvais dans la boîte à couture de ma grand-mère, j’aimais les toucher, les organiser en cortège. Ils exerçaient sur moi une réelle fascination.» Quelques décennies plus tard, la magie opère toujours: en septembre prochain, Nicola Beaupain, âgée aujourd’hui de 73 ans, ouvrira dans sa ferme fribourgeoise un musée dédié à cet objet.

«Voilà deux ans que j’en rêve! Je n’avais pas envie qu’à ma mort les trésors de ma grand-mère finissent à la déchetterie.» Entrepreneuse dans l’âme – elle a déjà, entre autres, rénové elle-même sa ferme, monté une brocante et animé des ateliers créatifs – elle se met rapidement à l’ouvrage, appelant à la rescousse ses élèves – elle est également professeur de yoga – et ses amies. «Elles avaient toutes des vieux boutons à me donner, des héritages de leur famille.»

Petite, les boutons exerçaient sur moi une réelle fascination.

Le mot est rapidement donné et bientôt Nicola Beaupain en reçoit des cartons entiers. Pour assurer le suivi, elle peut une fois encore compter sur l’aide des copines. Pour trier, pour coudre, pour compter. De nombreux panneaux sont d’ores et déjà prêts – plus de 50 000 pièces ont été cousues! – mêlant artistiquement boutons de soutane et boutons de culotte, boutons en os et boutons en jais, boutons ovales, en fleur et carrés... Car les spécimens, datant pour la plupart du XIXe ou du XXe siècle, mais pouvant remonter jusqu’au XVIe, semblent se décliner à l’infini.

Une question se pose toutefois: le musée, isolé dans la Glâne fribourgeoise, rencontrera-t-il le succès? «On verra bien, répond Nicola Beaupain, philosophe. L’important, pour l’heure, c’est d’aller au bout de mon projet.»

De jolis boutons anciens en celluloïd.
De jolis boutons anciens en celluloïd.

Un objet

«Tout comme la clé, le bouton est un objet hautement symbolique. Il permet d’ouvrir et de fermer, il préserve la dignité du corps. Ceux-ci appartenaient à ma grand-mère, ils sont en celluloïd, le plastique de l’époque.»

Un tableau peint par son père.
Un tableau peint par son père.

Un pays

«Ce tableau, peint par mon père, évoque un paysage très familier de ma patrie d’origine, la Hollande. Là-bas, l’eau est prédominante: on peut facilement faire le tour du pays en naviguant sur les canaux. J’avais moi-même un bateau à voile, étant enfant.»

Une magnifique collection de vaisselle en porcelaine, chinée dans les brocantes.
Une magnifique collection de vaisselle en porcelaine, chinée dans les brocantes.

Une collection

«J’adore la vaisselle en porcelaine bleue et blanche. Mes pièces proviennent de Hollande, d’Angleterre, de Chine... En général, je les dégote dans des brocantes, à bas prix: chiner fait partie du plaisir! C’est trop facile de les acheter chez un antiquaire.»

Un projet

«Lorsque j’ai rénové ma ferme, je ne voulais pas que les étables deviennent des lieux inoccupés, tristes, sans vie. Voilà pourquoi j’en ai transformé une partie en brocante. Le musée du bouton lui aussi animera cette vieille bâtisse.»

Cette corbeille à couture appartenait à sa grand-mère anglaise.
Cette corbeille à couture appartenait à sa grand-mère anglaise.

Un souvenir

«Petite, je jouais beaucoup avec cette corbeille à couture, elle appartenait à ma grand-mère anglaise. Sur son fond de satin vert capitonné, on y trouvait des aiguilles, des épingles, des fils de soie... et des boutons, bien sûr!»

Auteur: Tania Araman

Photographe: Laurent de Senarclens