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12 novembre 2012

Une palmeraie exemplaire

A l’avenir, M-Industrie ne compte utiliser que de l’huile de palme issue d’une production durable. Pour mieux comprendre ce que cela implique, une délégation Migros a récemment visité une plantation au Cambodge.

Un ouvrier porte des fruits dans la plantation
Un ouvrier travaillant dans la plantation.

Alignés au cordeau, les palmiers se dressent tels des soldats hauts de 10 mètres réunis pour l’appel. Sur les photos aériennes, la plantation de Mong Reththy ressemble à un immense tapis brun et vert. Pour tout dire, l’exploitation, d’une surface de 110 km2, est plus vaste que la ville de Paris.

Les fruits qui se sont détachés lors 
de la chute des régimes sont ramassés 
à la main.
Les fruits qui se sont détachés lors 
de la chute des régimes sont ramassés 
à la main.

«Pour les Suisses, ce sont là des dimensions impressionnantes, explique Christine Zwahlen, collaboratrice à la division Durabilité & Assurance qualité de Migros, à propos de l’unique plantation de palmiers à huile du Cambodge, située à 158 km au sud de Phnom Penh. Pourtant, il ne s’agit que d’une exploitation moyenne en comparaison internationale. Ce qu’elle a de particulier, ce n’est pas sa taille, mais le fait qu’on y produise une ressource très convoitée selon des méthodes durables.»

La plantation dispose de sa propre usine d’extraction d’huile.
La plantation dispose de sa propre usine d’extraction d’huile.

Comme dans les autres palmeraies du Sud-Est asiatique, les ouvriers y fournissent un travail physique harassant. Armés de longues perches à l’extrémité desquelles est fixée une lame, ils découpent les régimes de la couronne des arbres. Ces grappes de fruits d’une vingtaine de kilos sont ensuite transportées à dos d’homme jusqu’aux camions, puis acheminées jusqu’à l’huilerie de la plantation. La pulpe des fruits y est pressée à chaud afin d’en extraire l’huile. L’une des nombreuses mesures écologiques de l’exploitation consiste à récupérer les fibres de la chair pour en faire du matériau de combustion. Quant aux feuilles de palmier, elles servent de fertilisant pour les nouvelles pousses.

La plantation comprend aussi un temple

Les feuilles de palmier sont recyclées pour fertiliser les jeunes plantes.
Les feuilles de palmier sont recyclées pour fertiliser les jeunes plantes.

Parmi les directives que les responsables de la plantation sont tenus de respecter figure l’abandon des brûlis, une méthode de défrichage néfaste pour l’environnement. Et quand le moment viendra de créer de nouvelles zones dans la palmeraie, il faudra encore préserver des corridors forestiers riches en espèces.

La plantation comprend par ailleurs une école, un dispensaire ainsi qu’un temple bouddhiste, et les ouvriers sont régulièrement conviés à des séances de formation continue. Cette exploitation, exemplaire à maints égards, joue un rôle important pour Migros: chaque année, le groupe M-Industrie importe entre 1200 et 2500 tonnes d’huile de palme du Cambodge. Un volume appelé à croître encore.

Au total, les vingt entreprises de M-Industrie utilisent 6000 tonnes de cette matière première par an. Cette quantité englobe toutefois aussi d’autres substances extraites de l’huile de palme, comme la stéarine et l’oléine.

D’ici à 2015, l’ensemble des besoins du distributeur devra être couvert par de l’huile de palme durable. Migros accorde une grande importance à ce projet, comme en témoigne la récente visite de la plantation de Mong Reththy par une délégation suisse.

Les fibres pressées de la pulpe servent de combustible à l’huilerie.

Le chef du marketing Migros, Oskar Sager, et le directeur de M-Industrie, Walter Huber, étaient du voyage. Curieux de se faire une idée des méthodes de travail, les visiteurs ont sillonné la plantation sur des chemins rendus boueux par la mousson.

A Migros, la conversion à l’huile de palme durable est un projet suivi de près par la direction. Voilà en effet treize ans déjà que le distributeur s’engage dans ce domaine: en 1999, Migros a fixé avec le WWF les premiers critères d’une production d’huile de palme en accord avec l’environnement. A l’époque, il s’agissait déjà de limiter le défrichage des forêts vierges par le feu et l’assèchement des zones humides. Ce travail de pionnier a valu à Migros une distinction lors du Sommet de la Terre en 2002.

Chaque régime de palmier pèse environ 20 kilos.
Chaque régime de palmier pèse environ 20 kilos.

Deux ans plus tard, Migros et le WWF ont fondé, avec d’autres institutions, la «Table ronde sur l’huile de palme durable» (RSPO). Cette organisation internationale réunit différents représentants de la filière de l’huile de palme: cultivateurs, producteurs, distributeurs, banques, organisations environnementales et sociales. Tous s’engagent à épargner les aires forestières riches en espèces, à assurer la sécurité des travailleurs et à respecter les droits fonciers des communautés locales.

L’ONU a salué l’engagement de Migros.

Cet engagement est d’autant plus important que l’huile de palme est une ressource incontournable dans l’industrie. «C’est l’une des rares huiles dont la consistance est relativement ferme à température ambiante, explique l’agronome Urs von Planta, spécialiste Migros de l’huile de palme, les autres huiles doivent être préalablement hydrogénées. Elles contiennent alors davantage d’acides gras trans néfastes pour la santé.» De plus, le palmier à huile est considéré comme une plante utile peu onéreuse et de bon rendement.

Voilà qui explique pourquoi cette ressource naturelle polyvalente n’est pas près d’être remplacée. Le défi consiste désormais à assouvir l’appétit mondial pour l’huile de palme sans que la nature en fasse les frais.

«Un investissement pour l’avenir»

Walter Huber: 
«La traçabilité doit être sans faille.»
Walter Huber: 
«La traçabilité doit être sans faille.»

Walter Huber, directeur de M-Industrie, explique le choix ambitieux de recourir exclusivement à de l’huile de palme d’origine durable.

Vous avez récemment visité la seule plantation de palmiers à huile du Cambodge. En quoi cette palmeraie vaut-elle le déplacement?

Cette plantation produit de l’huile de palme à un haut niveau de durabilité. Les exploitants ne tiennent pas seulement compte de l’environnement; l’huile de palme est aussi directement expédiée en Suisse dans des cuves scellées, ce qui assure une traçabilité sans faille jusqu’au lieu de production. A l’avenir, ce standard devra s’appliquer à toute l’huile de palme utilisée par M-Industrie.

Cet objectif, M-Industrie souhaite l’atteindre d’ici à 2015. Pourquoi pas plus tôt?

Il nous faut relever plusieurs défis. Par exemple trouver encore d’autres plantations qui produisent de façon durable et garantissent une traçabilité absolue. De plus, dans l’industrie, nous n’utilisons pas seulement de l’huile de palme, mais aussi d’autres substances extraites de cette huile, comme la stéarine et l’oléine. Or, ces substances nous sont en partie livrées par des fournisseurs étrangers. Il est donc nécessaire que ces entreprises partenaires utilisent elles aussi de l’huile de palme issue de plantations durables.

Mais M-Industrie est un gros acheteur. L’industrie de transformation accédera donc certainement à vos demandes.

En Suisse, le groupe M-Industrie est certes une locomotive, avec 10 000 employés, mais à l’échelle mondiale, nous n’avons que peu de poids à nous seuls. Heureusement que la «Table ronde sur l’huile de palme durable» existe. Au sein de cette organisation internationale, nous pouvons nous allier à des acheteurs étrangers pour faire en sorte que les substances dérivées de l’huile de palme répondent elles aussi à des critères de durabilité.

Vos processus de production vont-ils changer du fait du passage à une huile de palme d’origine durable?

Nous allons devoir vérifier les recettes, voire les adapter. En effet, l’huile de palme est un produit naturel et ses qualités ne sont pas toujours exactement les mêmes. Lorsque nous changeons de source d’approvisionnement, il se peut que les propriétés de l’huile diffèrent, ce qui exige quelques ajustements au niveau de la production. Pensez à la diversité du groupe M-Industrie: nos vingt entreprises produisent une multitude d’articles food et near-food. Ce sont donc des centaines de produits qu’il va falloir vérifier ou adapter. Cela dit, si cette démarche demande beaucoup de temps, elle représente aussi un investissement pour l’avenir.

Auteur: Michael West