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8 octobre 2012

Une pièce sur mesure

Pour que l’enfant se sente bien dans sa chambre, il s’agit de l’aménager avec soin. Conseils d’Alexandra Viragh, experte en psychologie de l’habitat.

Petit garçon sautant sur son lit
L’aménagement 
de la chambre 
d’un enfant doit 
lui permettre 
d'exprimer
 son identité. (Photo: Getty Images/Mieke Dalle)

A la sortie du ventre de sa mère, le bambin atterrit généralement dans une chambre que ses géniteurs auront pris soin d’aménager selon leurs goûts. Rien à redire à cela bien sûr, si ce n’est que cette déco parentale ne collera pas forcément avec les besoins, la personnalité et les aspirations du nouvel arrivant!

Que faire? «Il s’agit de penser cette pièce de manière consciente, c’est-à-dire sans se fier à son intuition, sans suivre les modes, sans subir l’influence de son entourage, cela dans le but d’assurer un sentiment de bien-être à son occupant et d’anticiper positivement l’évolution de ce dernier», résume Alexandra Viragh, fondatrice du concept de psycho-décoration et coauteur de l’ouvrage Espaces d’harmonie pour les enfants.

La chambre de l’enfant est sa seconde peau.

Les psys ne contrediront sans doute pas cette pionnière francophone du Feng Shui et du Vastu Shastra (l’architecture sacrée indienne), eux qui savent pertinemment que l’antre de junior constitue, en quelque sorte, un cocon protecteur – une «seconde peau», dirait notre interlocutrice – où le tout-petit comme l’adolescent se construit entre secrets, jeux et apprentissages.

Alexandra Viragh revient ainsi à notre nourrisson et conseille, pour un atterrissage sans heurt, d’opter pour une déco d’intérieur rappelant la vie intra-utérine: ambiance feutrée; lumière tamisée; petit lit à baldaquin ou berceau aux formes arrondies; draps et pyjamas en satin, coton, velours ou soie; nounours imprégné de l’odeur maternelle; parquet ou moquette moelleuse, voilages…

Alexandra Viragh, experte en psychologie de l’habitat.
Alexandra Viragh, experte en psychologie de l’habitat.

Oser les aménagements gais et colorés

Côté coloris, cette spécialiste préconise des tons rosés (saumon, terre de Sienne, pêche, rose parme, framboise écrasée pastel, etc.) pour leurs vertus rassurantes et apaisantes. «Dans un tel lieu, le bébé se sentira en sécurité, il n’éprouvera pas le manque de sa maman, explique-t-elle. C’est une manière de prolonger ses besoins affectifs et psychologiques.» Evidemment, la chambre va ensuite évoluer avec le temps, se métamorphoser au fur et à mesure que son occupant grandit.

Faudrait-il alors tout chambouler pour créer l’environnement parfait, pour brosser le psychisme de notre progéniture dans le bon sens du poil? Alexandra Viragh: «Non, le mieux est de changer une chose à la fois et de regarder comment l’enfant réagit.» Il dort mal? On modifie la position de son lit (tête au nord ou à l’est, mur protecteur à l’arrière du crâne, vue sur la porte). Il peine à étudier? On déplace son bureau (dos au mur avec vue sur la porte et la fenêtre).

L’enfant doit pouvoir se constituer un endroit intime.

Et si deux gosses partagent la même chambre, ça se complique, non? «Pas vraiment, répond cette experte en psychologie de l’habitat. L’important, c’est qu’ils puissent se constituer chacun un endroit intime.» Elle préconise donc de diviser l’espace avec les couleurs correspondant à leurs traits de caractère. Par exemple, du jaune et de l’orange pour le timide, du vert et du bleu pour l’extraverti.

Pour conclure, Alexandra Viragh nous exhorte à créer des intérieurs colorés et joyeux, à expérimenter, à s’amuser… «Parce que chaque cas est différent et qu’il n’existe pas une psycho-décoration clés en main!»

Les couleurs, justement utilisées, permettent à l’enfant de se sentir rassuré dans sa chambre. (Photo: Getty Images/AE Pictures Inc.)
Les couleurs, justement utilisées, permettent à l’enfant de se sentir rassuré dans sa chambre. (Photo: Getty Images/AE Pictures Inc.)

La vie en rose et bleu

La chambre d’enfant est très souvent stéréotypée: décor bleu viril pour les garçonnets et rose bonbon pour les fillettes. Une tradition que n’apprécie guère Alexandra Viragh: «J’invite vraiment les parents à s’émanciper de ce cliché!» Pourquoi? Parce que «remettre en question ces tendances psycho-décoratives limitatives peut permettre aux enfants de devenir ce qu’ils sont réellement». En effet, pour cette experte en psychologie de l’habitat, le bleu ne va pas aider le mâle en devenir à exprimer ses sentiments, ses émotions. Tout comme le rose Barbie aura tendance à rendre les petites nanas un brin trop dépendantes et émotives. Sur son site internet , la psychologue Perla Serfaty-Garzon, estime pour sa part que «ces stéréotypes montrent que l’enfant est pris dans une projection parentale». Elle conseille donc de se mettre à l’écoute de junior pour qu’il puisse s’approprier son territoire: «A travers ses actions, il va s’exprimer et dire, inconsciemment, des choses à ses parents.»

Les meubles devraient être déplacés jusqu’à ce que l’enfant 
se sente à son aise pour dormir ou travailler. (Photo: Getty Images/AE Pictures Inc.)
Les meubles devraient être déplacés jusqu’à ce que l’enfant 
se sente à son aise pour dormir ou travailler. (Photo: Getty Images/AE Pictures Inc.)

Humeurs et couleurs

Les atmosphères colorées d’une chambre vont influer sur l’état d’âme de son occupant. Voici donc les teintes à privilégier en fonction des perturbations que traverse votre enfant.

Agitation, instabilité excessive:vert doux, tilleul, vert d’eau, turquoise clair.

Dispersion, bavardage: bleu, lavande, indigo.

Insécurité affective: rose, saumon, pêche, beiges.

Instabilité: beiges, touches de marron et tons mêlés de sable.

Fragilité nerveuse: rose sable, pêche et beige doux.

Sommeil léger: housse de couette et baldaquin saumon ou verts, lampe de chevet en cristal de sel rose.

Timidité maladive: touches de rouge et jaune.

Sédentarité: orange.

Tensions, irritabilité: vert, violet.

Démotivation, ennui: orange, touches multicolores.

Manque de concentration: accessoires en métal, couleurs métallisées, violet.

Dépendance affective: touches de rouge et d’orange.

Auteur: Alain Portner