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4 juin 2012

Une qualification de haute volée

A la surprise générale – et à la sienne – Sabrina Jaquet s’est offert un ticket pour Londres. Son talent a mis du temps à éclore mais désormais, la planète badminton devra se méfier d’elle.

Sabrina Jaquet
Sabrina 
Jaquet: 
«J’ai toujours eu le 
sentiment 
de courir après les autres, j’ai commencé plus tard.»

A l’âge où d’autres commencent à sécher les cours, Sabrina Jaquet s’est inscrite dans le club de badminton de La Chaux-de-Fonds. «Nos parents nous avaient imposé à mes trois sœurs et à moi d’attendre nos 12 ans pour intégrer un club sportif, car il fallait être capables de prendre le bus seules», raconte la jeune femme.

Les choses s’enchaînent rapidement: tournois régionaux, puis nationaux et internationaux. Elle intègre l’équipe suisse à 17 ans, soit bien après l’âge moyen. «J’ai toujours eu le sentiment de courir après les autres, car j’ai commencé plus tard», confie la Neuchâteloise. Jusqu’à ce jour de fin avril où le miracle se produit lors des Championnats d’Europe en Suède. «Tout a parfaitement fonctionné. J’ai rempli les critères de Swiss Olympic pour aller aux Jeux, il y a eu un déclic dans ma tête.» Dans le même temps, la numéro 1 suisse perd au premier tour. L’honneur de représenter le pays à Londres échoit donc à Sabrina Jaquet.

Gare à celui qui joue en face!
Gare à celui qui joue en face!

Un grand travail sur la concentration

Une récompense méritée pour la 68e joueuse mondiale, qui a enfin le sentiment d’appartenir à l’élite, et surmonte son complexe. Elle a tout misé sur les matchs en simple depuis trois ans, avec son nouvel entraîneur, en s’installant à Berne. «J’ai beaucoup travaillé avec un psychologue du sport, pour résoudre mes problèmes de concentration, il m’a donné des clés. Mais il reste quand même une dizaine de filles qui sont absolument imbattables!»

Ma vie sociale est un peu bousculée en ce moment, mais cela me convient pour l’instant.

La jeune femme de 25 ans risque fort d’être privée de cérémonie d’ouverture, car les épreuves de badminton commencent au premier jour de la quinzaine olympique. «Il faut que je sois en forme, donc suivant mon horaire de match, je ne pourrai pas y participer.»

Son premier objectif sera de gagner le plus de matchs possibles dans son groupe afin de se qualifier pour les huitièmes de finale. En attendant, elle enchaîne les compétitions pour peaufiner sa technique. «J’ai énormément voyagé cette année. Alors quand j’ai juste une journée de libre en Suisse, c’est déjà super. J’en profite pour retourner à La Chaux-de-Fonds ou juste pour passer du temps avec mon copain. Ma vie sociale est un peu bousculée en ce moment, mais cela me convient pour l’instant.»

Très rapide sur le terrain

Sa force se trouve dans sa vitesse de déplacement sur le terrain, signe d’une excellente condition physique. Son point faible serait plutôt les déplacements sur le terrain. Mais cela reste difficile à imaginer lorsqu’on la voit, à l’entraînement, aligner smashs et amortis. Gare à celui qui joue en face!

Pourtant, des écueils, elle en a connu, avec cette blessure au dos qui l’a immobilisée durant un mois, l’an dernier, alors que débutaient les qualifications. «J’ai vraiment eu peur, car le moment était très mal choisi!» Et en février, cette défaite sur le fil lors des championnats d’Europe par équipes: «On avait déjà créé l’exploit en nous qualifiant pour les quarts de finale en éliminant la Grande-Bretagne. L’échange était très serré, je jouais dans le dernier set du cinquième match (décisif). Après avoir eu une balle de match, on a perdu 22-20. J’en ai rêvé les jours suivant, ça a été dur à digérer.»

Après les Jeux, Sabrina Jaquet reprendra ses études en Sciences du sport à Macolin, qu’elle avait mises de côté ces deux dernières années. La suite? Elle n’y pense pas pour l’instant. Maintenant qu’elle a atteint le sommet, elle compte bien profiter des belles saisons qui s’offrent à elle.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo