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2 mars 2015

Une rando avec de sympathiques patauds

Déambuler au fil de la Meunière, dans le vieux bourg de Martigny (VS), en compagnie d’un duo de saint-bernard. Quoi de mieux pour inviter le printemps?

Un saint-bernard tenu en laisse dans les rues de Martigny
Lorsqu’on part en randonnée avec des saint-bernard, ce sont eux qui donnent le tempo.

Dans le chenil du Musée des saint-bernard à Martigny, les pensionnaires poilus s’impatientent. A l’exception de la portée de chiots – une douzaine de peluches de dix semaines à peine qui dorment pêle-mêle dans les paniers – les adultes attendent leur randonnée de patte ferme.

Mais oui, car en plus de leurs sorties quotidiennes, les gros toutous peuvent accompagner le grand public pour de petites balades. L’occasion de faire connaissance avec ces poids lourds de la bave affectueuse.

«Le but de ces excursions est d’encourager le lien homme-animal, et que les gens puissent passer un peu de temps avec ce chien mythique,

explique Doris Kündig, attachée de presse de la Fondation Barry. Car le saint-bernard est un emblème national qui attire des visiteurs du monde entier. Même les télévisions russe et japonaise se sont déplacées pour le filmer!

Les randonneurs avec les chiens dans les rues de Martigny
Les enfants peuvent aussi participer activement en tenant les saint-bernard en laisse.

Aujourd’hui, deux spécimens vont nous accompagner au fil de la Meunière, un petit ruisseau qui relie le musée au moulin de Semblanet: Thelia, 2 ans, femelle au poil court, et Kali, 7 ans, femelle au poil long. «En rando, on ne prend pas plus de trois saint-bernard par groupe, sinon on n’arrive pas à gérer tout le monde, les chiens et les gens», sourit Jennifer Billot, gardienne d’animaux à la Fondation Barry. Qui poursuit: «On privilégie bien sûr ceux qui aiment le contact.

Les chiens sont comme nous, certains préfèrent les personnes âgées, d’autres les enfants. On choisit en fonction de la composition des groupes.»

Aux bons soins des participants

Avant de se mettre en route, quelques recommandations: mieux vaut éviter d’enrouler la laisse autour de son poignet. «Si le chien décide de se mettre à courir, c’est 70 kilos qui vont vous embarquer!», précise Jennifer Billot, qui encourage aussi à rester vigilant lors de toute rencontre canine et, surtout, à ne pas être avare en caresses.

Dès la sortie du musée, les saint-bernard sont donc confiés aux bons soins des participants, sous l’œil attentif de la gardienne. Même les petits enfants, pour autant qu’ils sachent marcher bien sûr, sont invités à tenir en laisse ces impressionnants athlètes.

Le chemin se faufile derrière le musée et part en direction de la forêt. La neige durcie rend la marche glissante, mais les toutous, mieux équipés, marchent d’un bon pas. Thelia, sensible et fougueuse, s’impatiente vite. Alors que Kali, la démarche dansante et pépère, n’a pas trop envie qu’on la bouscule. C’est comme ça: en rando avec les saint-bernard, ce sont eux qui donnent le tempo.

Notre guide, Jennifer Billot.

On rejoint un petit sentier qui longe un autre ruisseau, à sec en cette saison. Sorte de remblai rempli de feuilles mortes, où les chiens adorent se rouler. Pendant que Kali s’affaire à ronger un bâton, puis à mâchouiller un bloc de neige, on en profite pour lever les yeux et admirer l’amphithéâtre romain, à deux pas en contrebas. On bascule sous le règne de l’empereur Trajan au IIe siècle… avant de repartir brusquement dans le présent: Kali a décidé d’aller voir ailleurs.

Un verger immobile dresse ses branches noires contre le ciel. Puis, le chemin s’interrompt sans prévenir et l’on bifurque en direction de la gare de Martigny-Bourg. A peine traversé les rails que l’on revient déjà à la civilisation, à travers les ruelles qui mènent au vieux village. Et on retrouve la Meunière, tranquille et sage sous sa grille de fer.

Dans le vieux bourg, ça sent encore le carnaval. Confettis et verres brisés devant les devantures qui semblent avoir la gueule de bois. Les chiens déambulent la mine friande, reniflant les éventuels restes de nourriture. «Le saint-bernard est très gourmand! Mais c’est aussi un chien d’endurance, avec un excellent flair», précise Jennifer Billot.

Un bon partenaire en zoothérapie

Un flair légendaire et un bon sens de l’orientation qui lui ont justement valu son rôle de sauveteur des neiges pendant deux siècles à l’hospice du col du Grand-Saint-Bernard. Aujourd’hui, cette race n’est plus entraînée pour le sauvetage d’avalanche – trop lourde pour monter dans l’hélico – mais elle constitue toujours un excellent chien d’attelage et un bon partenaire en zoothérapie.

C’est d’ailleurs le cas de Kali, qui est régulièrement amenée dans les homes pour visiter les pensionnaires.

Une femme, qui ne parlait plus, a retrouvé la parole en voyant le chien.

D’autres pensionnaires, immobiles, ont renoué avec l’envie de faire des gestes en sa compagnie», explique Jennifer Billot. Une autre forme de secours que ce sympathique pataud peut apporter aux humains.

Un enfant en compagnie des deux saint-bernard.
Après cette belle promenade, une pause sera bienvenue!

On croise la petite rue des Fontaines et déjà on arrive au moulin de Semblanet, avec ses roues à eau toujours en activité dans l’ombre de la pierre. Fin de parcours en apothéose pour tout le monde: pendant que les chiens étancheront leur soif, le promeneur fera pareil autour d’une assiette valaisanne. Et les enfants auront droit à une dégustation-devinette de sirops et jus de fruits du terroir!

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Jeremy Bierer