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12 mai 2014

Une villa où économies riment avec Minergie

Passionné par les énergies renouvelables, Daniel Strubin nous présente sa demeure, qu’il a aménagée au fil des années de manière à en diminuer fortement la consommation en énergie.

Daniel Strubin devant sa villa Minergie.
Daniel Strubin a 
réalisé une bonne partie des travaux lui-même.
La maison de Daniel Strubin a été construite en 1983.
La maison de Daniel Strubin a été construite en 1983.
Le certificat Minergie couronne de longues années de travail et de persévérance pour Daniel Strubin.
Le certificat Minergie couronne de longues années de travail et de persévérance pour Daniel Strubin.

Sur la table du salon, une plaque signée par le Canton de Genève: «Ce bâtiment a le droit d’être appelé maison Minergie.» Un simple carré de métal – le certificat Minergie – qui couronne pourtant de longues années de travail et de persévérance pour Daniel Strubin.

Passionné par les énergies renouvelables, cet ingénieur a décidé d’appliquer ses concepts à sa maison dès sa construction à Collex, en 1983. Il a donc commencé par installer un chauffage central au bois, avec distribution par plancher chauffant à basse température. En complément, un appoint électrique pour assurer le chauffage en cas d’absence.

Toutes les installations énergétiques de la maison sont aux normes Minergie.
Toutes les installations énergétiques de la maison sont aux normes Minergie.

Parallèlement, en collaboration avec son architecte, il a pourvu la maison de «la meilleure isolation possible», selon les standards des années 1980: isolation entre les murs de briques, fenêtres isolantes, toit et murs enterrés dans la terre bien isolés, ponts thermiques minimisés et de grandes fenêtres côté «soleil». «Le seul souci à l’époque, souligne-t-il, c’est que le canton m’avait interdit la pose de panneaux solaires en argumentant que l’architecture de la maison n’était pas adaptée. Par ailleurs, le prix du mazout était bas et les pompes à chaleur n’avaient pas encore le rendement désiré.»

Quelques années plus tard, il procède à une isolation supplémentaire de sa cave. Puis, en 1992 – le département étant plus ouvert à l’idée et le canton proposant même des subventions plus importantes qu’aujourd’hui –, il décide de poser des panneaux solaires thermiques, destinés principalement à l’eau chaude mais permettant également d’apporter un complément au chauffage.

En 2000, il construit une grande véranda à l’avant de la maison. Outre son aspect esthétique, elle présente le gros avantage de pouvoir tempérer la villa.

En février et en novembre, elle suffit parfois à chauffer la maison entière.

Durant les périodes de forte chaleur, en revanche, la famille ferme la porte et isole ainsi la véranda de la maison.

Ajouts sur demande

Le coût des travaux a été amorti sur plusieurs années.
Le coût des travaux a été amorti sur plusieurs années.

Daniel Strubin installe ensuite en 2008 des panneaux solaires voltaïques, permettant la production d’énergie électrique. Ainsi, le courant est vendu aux Services industriels de Genève (SIG) principalement de février à octobre. En hiver, en revanche, pour chauffer la maison, il s’approvisionne auprès des mêmes SIG qui lui fournissent l’énergie électrique nécessaire. Il n’y a pas de subvention pour le voltaïque, c’est donc lui qui a payé l’installation – environ 30 000 francs pour 20 m2 –, en espérant rentrer dans ses frais avec le prix de rachat de l’électricité, pendant la durée du contrat (la rentabilité brute devrait être atteinte dans dix-huit à vingt ans).

En 2010, toutes les fenêtres sont remplacées par de nouveaux modèles possédant une isolation répondant aux normes les plus sévères.

A ce stade des transformations, Daniel Strubin dépose alors une demande de certification Minergie, à l’aide d’un thermicien. La réponse tombe: il doit encore apporter quelques ajouts. Tout d’abord, la pose d’une pompe à chaleur (dont la consommation d’énergie de chauffage est compensée par celle produite par les panneaux solaires voltaïques). Puis l’isolation du plafond de la cave et l’installation d’une ventilation forcée à tous les étages, qu’il réalise lui-même.

Enfin, il y a deux mois, le bureau Minergie de Fribourg délivre la certification convoitée: sa demeure est maintenant réellement une maison Minergie!

Une économie non négligeable

Heureux, Daniel Strubin tire le bilan de toute l’opération. Du fait qu’il est un excellent bricoleur et qu’il a suivi une formation technique, il a pu réaliser une bonne partie des travaux lui-même avec l’aide de son épouse et d’amis et s’est ainsi épargné de gros frais.

Ces travaux ont certes eu un coût important, mais ce dernier a été amorti sur plusieurs années. Et ce type de construction permet de faire des économies significatives sur le long terme. Ainsi, au final, selon l’ingénieur, le facteur de la diminution de consommation d’énergie électrique (en KWh) se monte à 3,5 voire 4, notamment grâce à la mise en place de la pompe à chaleur.

«J’ai effectué une simulation: suite à la certification Minergie, nos coûts de chauffage devraient passer de 1300 à 400 francs par an, et l’eau chaude sanitaire de 80 à 35 francs par an.

Il faut également tenir compte de l’amortissement, relativement rapide: huit-dix ans pour les panneaux solaires thermiques et «six ans environ» pour le paquet Minergie (pompe à chaleur, isolation et ventilation), selon ses estimations. Enfin, il devrait obtenir des subventions cantonales à raison de plusieurs milliers de francs, et des économies d’impôts sur la partie immobilière.

Exigences trop poussées

Daniel Strubin estime donc avoir fait un excellent investissement, même s’il regrette les exigences poussées de Minergie. La pose de la ventilation forcée, par exemple, lui paraît un peu exagérée.

Par ailleurs, il met en garde les amateurs de certification: il est essentiel de choisir les fournisseurs et spécialistes adéquats qui sauront effectuer les travaux répondant aux normes exigées. «Beaucoup se prétendent experts, mais leurs installations ne fonctionnent pas toujours ou n’obtiennent pas l’aval nécessaire.» Pour ce faire, il s’agit d’activer le bouche à oreille, de consulter les forums de construction sur internet et de ne pas hésiter à demander des références, puis d’aller juger du travail sur place. Il conseille également de nommer un technicien, qui vérifiera tout le projet et lui apportera ainsi de la crédibilité. Car au final, il s’agit de présenter à Minergie un dossier conséquent, qui permettra – ou non – de remporter la certification. Un travail de longue haleine, qui s’effectue aussi bien sur le papier que sur le terrain.

© Migros Magazine - Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer, Kipfer _Photos: Alban Kakulya, Véronique

Photographe: Alban Kakulya