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1 juin 2014

Une virée à Vérone

Avec ses arènes majestueuses, ses églises nombreuses, ses ruelles colorées, ses places animées et ses espressi bien serrés, la ville de Roméo et Juliette est un véritable concentré d’Italie qui se savoure en trois petits jours… Ou plus si entente!

Vérone et l'Adige.
Le vieux Vérone
 est enserré par l’Adige.
Romana Caloi, guide, en rigolant: «Les Véronais sont tous fous!»
Romana Caloi, guide, en rigolant: «Les Véronais sont tous fous!»

Vérone se situe pratiquement à mi-chemin entre Milan et Venise. On ne s’y arrête que rarement, sauf pour aller écouter un opéra de Verdi ou s’embrasser sous le balcon de Juliette. Dommage, car la partie ancienne de cette ville, qu’enserre l’Adige, mérite qu’on s’y attarde, qu’on y flâne pour s’imprégner de cette folie douce qui caractérise ses habitants. «Veronesi sono tutti matti! Les Véronais sont tous fous!», confirme hilare notre guide Romana Caloi.

Cette réputation, ces derniers la doivent, semble-t-il, à leur penchant immodéré pour le rire, la plaisanterie et la fantaisie. Peut-être était-ce un moyen de prendre de la distance face à un passé tourmenté, face à une histoire marquée par des occupations en série (Ostrogoths, Lombards, Vénitiens, Français, Autrichiens, etc.)? Toujours est-il qu’aujourd’hui il fait bon arpenter les ruelles de cette cité pacifiée au tourisme dopé par un certain… Shakespeare!

Vendredi

La piazza Brà à Vérone.
La piazza Brà.

Avant de plonger dans la fameuse Arena, prenez la température de cette ville opulente, en sirotant un espresso bien tassé et amer sur l’une des terrasses qui borde la piazza Brà. C’est ici, à l’ombre d’admirables bâtisses de style vénitien, que les Italiens s’adonnent en fin de journée (et surtout le dimanche) au rituel de la passeggiata, déambulant avec lenteur et dans des vêtements chic tout en devisant avec force gestes.

Les fameuses arènes de Vérone.
Les fameuses arènes de Vérone.

Le monumental amphithéâtre romain se situe à l’est de la place. Partiellement détruit lors du tremblement de terre de 1117, il n’en reste pas moins imposant avec ses 436 mètres de pourtour.

C’est le troisième plus grand d’Italie après le Colisée de Rome et les arènes de Capoue! Durant l’Antiquité, on y entendait hurler les suppliciés et rugir les gladiateurs. Aujourd’hui, on y entend rugir les chanteurs et hurler les spectateurs. Autre temps, autres mœurs.

Séquence shopping. Empruntez la via Giuseppe Mazzini, la rue commerçante de Vérone.

On la reconnaît à la foule qui s’y presse et aux nombreuses échoppes qui la composent. A côté des enseignes habituelles (celles qui envahissent toutes les villes d’Europe), quelques boutiques dédiées à l’élégance italienne résistent! Romana fuit, elle, la cohue, préférant se promener dans «les petites ruelles désertes qui racontent une histoire vieille de plusieurs siècles».

J’apprécie aussi l’ambiance des soirs d’été quand on peut déguster un verre de soave ou de recioto au bord de l’eau

Notre guide a notamment ses habitudes au bar Al Ponte (via Ponte Pietra 26) qui possède une terrasse donnant directement sur le fleuve. Non loin de là, une adresse originale pour manger une pizza: le Ristorante Santa Felicita (au numéro 8 de la rue du même nom) qui a pour décor une authentique chapelle.

Samedi

Le balcon de Juliette à Vérone.
Le balcon de Juliette à Vérone.
La statue de Juliette à Vérone.
La statue de Juliette.

Démarrage en douceur à la Pasticceria Miozzi (via Armando Diaz 7a) . «Ici, le capuccino est parfait. Ce n’est pas dur, s’il n’est pas fait dans les règles de l’art, je ne le bois pas!» Personne n’osera contredire Romana. Court arrêt à la supposée maison de Juliette (via Cappelo 23) . Un porche aux murs noircis de mots d’amour conduit à une cour, soit à l’emplacement où Roméo aurait déclaré sa flamme. Sauf que le balcon où était censée se tenir sa douce est un rajout datant de… 1935!

La Torre dei Lamberti à Vérone.
La Torre dei Lamberti.

Escalade ensuite de la Torre dei Lamberti. Exactement 368 marches pour avoir Vérone à ses pieds. Sant’Anastasia est à deux pas. A l’intérieur de cette église gothique, l’incontournable fresque de Pisanello «Saint George délivrant du dragon la princesse de Trébizonde» et le drôle de bossu qui soutient depuis des siècles un lourd bénitier.

Sur l’autre rive de l’Adige, s’étale paresseusement le Giardino Giusti, une merveille de jardin Renaissance au charme suranné avec grotte, pergola, fontaines où pataugent des tortues, parterres de buis, allée de cyprès, labyrinthe, statues mythologiques et mascaron. La partie inférieure du parc est agencée à l’italienne. Le haut, lui, a des allures volontairement «sauvages». Le tout invite à la contemplation et au farniente.

Le Spritz, un apéro typique de la Vénétie.
Le Spritz, un apéro typique de la Vénétie.

Cap sur la Piazza dell Erbe envahie par des étals de marchands de souvenirs et de rares stands de fruits et légumes. D’inspiration romane et baroque, les édifices qui la cernent forment un ensemble architectural harmonieux. L’endroit idéal donc pour commander un Spritz, cet apéritif typique de la Vénétie qui se compose de vin blanc sec, d’eau gazeuse et d’Aperol, un alcool à base de plantes.

Au N° 3 de la via Trota, une trattoria que m’a recommandé mon ami Xavier. « Chez Luciano, la cuisine est simple et toujours bonne!» On se régale des bigoli con le sarde (de gros spaghettis aux sardines) et de la pastinada de caval (du cheval en daube). Promenade digestive pour retourner à l’hôtel, en traversant la piazza dei Signori qui, de nuit, déploie toute sa magie.

Dimanche

Le Castelvecchio, un imposant château tout en briques, abrite une riche collection d’œuvres d’art couvrant une période allant du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle. Parmi les peintres et sculpteurs exposés, citons Pisanello, Véronèse ou encore Le Tintoret. Une toile de Giovanni Francesco Caroto intitulée «Ritratto di ragazzo con disegno» intrigue par sa composition: un jeune garçon exhibant avec fierté un dessin maladroit qu’il vient apparemment d’exécuter.

La basilique Saint Zénon.
La basilique Saint Zénon.

Direction la basilique de Saint Zénon, un bijou d’église romane. Outre son architecture, cette bâtisse recèle quelques trésors: sa grande rosace appelée «La roue de la fortune», sa porte de bronze sur les battants de laquelle figurent la vie du Christ ainsi que des épisodes de l’Ancien Testament, et enfin la statue polychrome de San Zeno riant, un marbre cher aux cœurs des Véronais.

Enfin, une dernière et incontournable halte chez Zeno Gelato e Cioccolato (piazza San Zeno 12) pour déguster une glace artisanale à fondre de plaisir…

© Migros Magazine - Alain Portner, de retour de Vérone
Photos: Alain Portner, Istockphoto, Thilo Weimar

Auteur: Alain Portner, retour de Vérone, _de