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28 avril 2014

Une voiture qui devine les émotions de son pilote

Des scientifiques de l’EPFL ont mis au point une caméra qui interprète les expressions faciales des conducteurs pour en déduire leur humeur. Avec l’espoir d’accroître la sécurité au volant.

Détecteur d'émotions
Enervé 
au volant? La voiture du futur pourra y remédier en diffusant de la musique. (Photo: DR)

Les yeux sont le reflet de l’âme», dit l’adage. Imaginez donc toutes les informations que l’on peut lire sur un visage complet! Acquis à cette thèse, des chercheurs de l’EPFL, en collaboration avec PSA Peugeot Citroën, ont mis au point un détecteur d’émotions embarqué dans une voiture pour analyser les expressions faciales de son conducteur et en déduire ses émotions. «Notre appareil s’appuie sur les positions relatives de plusieurs caractéristiques du visage, par exemple le coin des yeux, la bouche et les sourcils, explique le professeur Jean-Philippe Thiran, directeur du Laboratoire de traitement des signaux 5. Des expressions qui sont interprétées en temps réel grâce à une caméra qui capture 25 images par seconde.»

Ces prochains mois, des voitures arriveront sur le marché, capables déjà de repérer un état de fatigue chez le conducteur et en y réagissant, par exemple en faisant vibrer le volant ou en émettant un signal sonore ou lumineux. Le détecteur conçu par l’EPFL, lui, va plus loin. «L’appareil est capable de reconnaître sept expressions universelles: la peur, la colère, la joie, la tristesse, le dégoût, la surprise et le mépris, poursuit le scientifique. Mais ces émotions ne s’inscrivent pas de la même manière sur tous les visages. L’appareil devra donc d’abord faire connaissance avec le pilote pendant quelques jours avant de fonctionner de manière optimale.»

Comment le véhicule pourrait-il réagir à ces données? «Aux constructeurs automobiles d’y répondre.» Mais Jean-Philippe Thiran a déjà quelques idées… Notamment en ce qui concerne le sentiment de colère, particulièrement dangereux puisqu’il incite à une conduite plus téméraire. «Pour calmer le chauffeur, la voiture pourrait diminuer l’intensité de l’éclairage du tableau de bord. Ou jouer un morceau de musique qui lui plaît particulièrement…»

Des applications multiples

Il n’y a pas que chez les constructeurs automobiles que le détecteur d’émotions suscite l’intérêt. «Des neuroscientifiques de l’Université de Genève s’intéressent déjà à l’appareil dans le but d’aider les personnes qui peinent à communiquer leurs émotions, par exemple en cas d’autisme», relève Jean-Philippe Thiran.

L’autre grand domaine, c’est le marketing. «Une start-up de l’EPFL effectue déjà des tests avec notre détecteur d’émotions pour observer les réactions de panels de consommateurs devant des publicités. Avec l’espoir d’obtenir des résultats plus précis qu’avec la méthode des questionnaires utilisée jusqu’ici.»

Vidéo de l'EPFL qui présente son détecteur d'émotions pour voitures:

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin