Archives
24 juin 2013

Les vacances d'antan

Relativement récent, le concept de vacances prenait un tout autre sens dans les années 40, 50 et 60. Témoignages et souvenirs de jadis.

Ferdinande pose devant sa voiture au bord du Danube à Budapest dans les années soixante.
Il y a quelques décennies, parcourir l’Europe était un périple hautement exotique. Pas seulement pour Fernande, qui pose ici devant sa voiture.

«C’était la liberté totale!»

Des papillons légers comme une brise d'été!
Des papillons légers comme une brise d'été!

Odette, 81 ans, La Chaux-de-Fonds
«  Dans les années 50, nous n’avions que quinze jours de congé, à prendre obligatoirement en juillet. Pendant deux semaines, tout était fermé à La Chaux-de-Fonds. Avec celui qui allait devenir mon mari, nous avions pris l’habitude de partir en scooter, une Lambretta 175. En 1954, alors que j’étais âgée de 22 ans, nous étions allés à Châtel-St-Denis (mes parents habitaient à Bulle, c’était pratique pour leur rendre visite), d’où nous avions rayonné. La deuxième année, nous avions opté pour St-Gingolph: nous avions alors sillonné la région du lac Léman. En 1956, c’est au Tessin que nous nous étions rendus.

Je garde un excellent souvenir de ces séjours, c’était vraiment les meilleures vacances que l’on pouvait passer. D’ailleurs, certaines fins de semaine donnaient également lieu à des virées avec la Lambretta.

Nous partions le samedi matin avec dans l’idée de rentrer le soir même, maisnous nous retrouvions souvent dans des endroits magnifiques et nous décidions de passer la nuit à l’hôtel. Nous n’avons jamais eu d’accident, mais nous avons dû franchir des cols et il faisait parfois très froid. Nous avons également essuyé plusieurs orages. Et nous sommes parfois tombés en panne: il fallait alors rapidement trouver un garage. Mais quand le beau temps était de la partie, c’était fabuleux. La liberté totale, surtout à cette époque…   »

«Une maison perdue au milieu des oliviers»

Soleil et vacances font une pelle paire!
Soleil et vacances font une pelle paire!

Françoise, 63 ans, Villette
«  Ma maman était Italienne. Mon papa est décédé lorsque j’avais 4 ans et ma sœur 1 année. Ce n’était pas facile, à l’époque, en Suisse, d’être une femme étrangère et seule avec deux enfants. D’autant plus que les parents de mon papa ont eu de la peine à accepter qu’il épouse une femme qui ne soit pas Suisse et de religion catholique en plus… Dans les années 50, les immigrés italiens étaient mal tolérés par la population suisse.

Alors, durant les vacances d’été, on partait retrouver mes grands-parents dans leur petit village de Tresana, tout au fond d’une vallée. Je me rappelle qu’on prenait le train, et qu’on passait par Milan. A l’époque, à Tresana, il n’y avait qu’une dizaine de maisons. Celle de mes grands-parents était bâtie sur une colline, perdue au milieu des vignes et des oliviers, avec une rivière qui coulait en bas.

Pour manger, on allumait un feu de bois au milieu de la cuisine. Il y avait un cagibi où mes grands-parents agriculteurs gardaient leurs réserves. Je dormais avec ma maman sur un lit en fer, avec un matelas inconfortable. J’étais toute petite, alors âgée de 2-3 ans, et mes souvenirs sont un peu flous. Car dès que j’ai été en âge de scolarité, je suis partie dans des colonies de vacances et ne suis retournée que rarement en Italie. Je m’y suis toutefois rendue après le décès de ma mère, il y a douze ans, pour revoir les lieux de mon enfance. La maison a été refaite et il y a plus d’habitations qu’avant. Mais l’église est toujours là, exactement la même que dans mes souvenirs.»

«Les gens étaient tout fous de rencontrer des Suisses»

Il n'y a pas que les mouettes qui prennent le large!
Il n'y a pas que les mouettes qui prennent le large!

Fernande, 85 ans, Lausanne
« Mon mari et moi avons eu nos enfants très jeunes et nous n’avions pas beaucoup d’argent, alors, ce périple pendant l’été 71, c’était un peu comme notre voyage de noces. Il a fallu économiser pendant plusieurs mois. Moi, je n’étais pas très rassurée de partir comme ça à l’aventure, mais mon mari m’a dit: «Tu verras, on va faire un beau voyage, et si tu ne veux pas venir, eh bien je partirai avec ma sœur.» Il a fini par me convaincre!

Nous avons sillonné l’Europe pendant deux semaines en direction de l’est, jusqu’en Turquie. Nous sommes allés partout: en Italie, en Yougoslavie, en Grèce, en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie et en Autriche. J’avais 44 ans et c’est la première fois que nous partions en vacances. Nous sommes montés dans notre Opel blanche, une belle voiture qui nous a duré des années, et avons mis le cap sur Turin. De là, nous avons suivi la côte adriatique pour arriver en Yougoslavie. Je m’en souviens comme si c’était hier: le littoral était magnifique.

Le lendemain, nous avons longé la frontière albanaise et roulé jusqu’à la douane grecque, où nous nous sommes arrêtés pour passer la nuit. Un attroupement s’est vite formé autour de nous, les gens étaient tout fous de rencontrer des Suisses. Ils ne voyaient pas des voyageurs d’aussi loin tous les jours, ce n’était pas comme maintenant. Ils nous ont offert à manger et ont été d’une gentillesse incroyable. C’était d’ailleurs toujours le cas: partout où nous nous arrêtions, les gens venaient à notre rencontre et nous invitaient même à passer la nuit chez eux. Aujourd’hui, je me dis que nous étions peut-être un peu inconscients, mais mon mari rêvait de voir le monde et les gens se montraient tellement hospitaliers. C’est le plus beau voyage de ma vie. »

«Nous avions l’essentiel et nous étions heureux»

La vie champêtre était une aubaine pour  les citadins en soif d’activités de plein air.
La vie champêtre était une aubaine pour les citadins en soif d’activités de plein air.

Alice, 81 ans, Fleurier
«  Entre 1940 et 1945, je passais mes vacances d’été dans une ferme au Mont-de-Couvet. Les soins aux animaux et les travaux des champs occupaient entièrement nos journées. La traite des vaches se faisait deux fois par jour et le lait était transporté chaque soir à la laiterie, dans des boilles juchées sur un char à ridelles tiré par un cheval. Tous les dimanches soir, la pâte était pétrie et le pain enfourné en quantité suffisante pour nourrir huit personnes, trois fois par jour. L’eau était pompée de la citerne, ce qui demandait des efforts considérables pour la grande lessive qui ne se faisait qu’une fois par an: le linge était lavé avec de la cendre puis séché sur de longues cordes soutenues par des crosses.

L’extraction du miel, moment très attendu, avait lieu une fois par année. Ah, les tartines de miel sur le pain cuit à la ferme et dont la croûte chantait! Le dimanche, tout le monde mettait ses beaux habits et le chef de famille nous rassemblait autour du piano à queue pour le concert donné par les musiciens invités. J’en garde un souvenir inoubliable! Nous n’avions pas de téléphone, pas d’eau courante ni de frigidaire, bref, rien de ce qui nous est indispensable aujourd’hui, mais nous avions l’essentiel et nous étions heureux. »

«Le concept de vacances n’existait pas à l’époque»»

A l'époque, la pastèque n'était pas aussi répandu que de nos jours
A l'époque, la pastèque n'était pas aussi répandu que de nos jours.

Georges, 85 ans, Chavannes-près-Renens
Je ne suis jamais allé en vacances avec mes parents. Le concept n’existait pas vraiment, à l’époque. Il nous arrivait parfois de partir en excursion dans les environs de Bulle, où nous habitions, mais nous ne quittions jamais la Gruyère. Nous allions en randonnée ou nous baigner à la rivière avec d’autres familles qui avaient des enfants de mon âge. Dès que j’ai eu 12-13 ans, mon père s’est mis à me dégotter des petits boulots pendant les vacances scolaires: j’ai travaillé à la ferme, dans une épicerie, et même pour un boucher! J’ai aussi travaillé en forêt avec un copain: il fallait ôter des souches de sapin, à la hache, à la scie et à la pelle... Je devais avoir 15-16 ans: ça nous faisait du bien, on était costaud!

Avec mes propres enfants, nous allions souvent chez mes beaux-parents, à La Tour-de-Trême. Ils avaient un peu de terre: nous aidions aux champs et les enfants s’amusaient avec les moutons: ils étaient heureux! Plus tard, quand nous avons eu notre auto, nous sommes partis en Italie et en France, mais jamais très longtemps, pour des périodes d’une semaine uniquement. Le bord de mer, ce n’était pas trop mon truc, je préférais me balader en montagne. Un jour, je suis parti tout seul sur un sentier inconnu et je me suis complètement perdu!   »

«Pour moi, c’était le paradis!»

Un pré ensoleillé et une guitare: le pur bonheur est parfois fait de simplicité.
Un pré ensoleillé et une guitare: le pur bonheur est parfois fait de simplicité.

René, 71 ans, Orbe
«  Né en 1941 dans le canton de Fribourg, je n’avais que 4 ans quand ma famille et moi avons déménagé à Genève. Pourtant, je suis resté très attaché à la région. Nous revenions chaque été passer un mois de vacances à Monterban, dans la commune de Semsales et nous logions dans une cabane. Elle était assez isolée dans la campagne: pour moi qui grandissais en ville, c’était le paradis!

Avec mon frère, nous partions souvent dans la forêt et nous construisions des cabanes ou nous jouions à Robin des Bois et aux Indiens, ne rentrant que lorsqu’on avait faim. Parfois, le paysan d’à coté nous engageait pendant la saison des foins et je me souviens des goûters, du saucisson, de la limonade maison... Tout le monde s’arrêtait alors de travailler, les vieux parlaient en patois: j’adorais ces moments. Par beau temps, il nous arrivait de faire le tour des chalets de montagne pour rendre visite aux armaillis.

Comme j’étais triste quand il fallait rentrer à Genève! Pendant toute l’année, je n’attendais que ça, ce mois à Semsales. J’y suis allé régulièrement jusqu’à l’âge de 25 ans. C’était vraiment la belle vie!   »

Auteur: Tania Araman, Véronique Kipfer,
Viviane Menétrey

Photographe: Corina Vögele (illustration)