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17 mai 2016

En vadrouille au crépuscule dans le Vallon de Villard

En fin de journée, les ombres s’allongent et les oiseaux célèbrent les dernières lueurs du jour. Grimpette magique au-dessus du vallon de Villard (VD), entre forêts et pâturages.

La randonnée au soleil couchant offre une magnifique vue sur la Veveyse, du côté de Châtel-Saint-Denis (FR).
La randonnée au soleil couchant offre une magnifique vue sur la Veveyse, du côté de Châtel-Saint-Denis (FR).

Il est 18 h 45 et on arrive en plein récital: des dizaines d’oiseaux unissent leur chant, heureux de profiter de la douce lueur de fin de journée. «C’est l’heure des grives», remarque Pascale Fesquet, accompagnatrice de randonnée et notre guide pour la soirée, qui nous montre un arbre étêté en contrebas du sentier: «Ce type d’arbre représente un super biotope pour les pics noirs et épeiches. Ils y trouvent de quoi se loger et se nourrir, c’est comme un HLM avec magasin incorporé!»

Pascale Fesquet, accompagnatrice de randonnée.
Pascale Fesquet, accompagnatrice de randonnée.

Nous prenons à droite un sentier caillouteux qui monte dans la forêt. Il a encore beaucoup neigé il y a quelques jours, et les plaques fondent en larges ruisseaux, détrempant le sol alentour. «Les balades en montagne se massifient, mais il faut savoir qu’elles ne sont jamais anodines, et encore moins celles qui se font au crépuscule, souligne notre guide.»

Il est essentiel de savoir lire une carte, d’être bien équipé et de ne jamais se surestimer.

«Le mieux est encore de faire appel à un professionnel, qui vous permettra de passer par des endroits inédits, vous fera découvrir toutes les merveilles de l’endroit et vous expliquera les habitudes des animaux, en hiver notamment.»

Elle pointe soudain des traces nettes au bord du sentier: un renard est passé par là il n’y a pas longtemps. Plus loin dans la montée, les premiers populages des marais exposent leurs pétales jaune vif: «On l’appelle aussi caltha des marais, explique Pascale Fesquet. Elle pousse dans l’eau et c’est LA plante du printemps, avec les crocus et le tussilage.»

Une vue époustouflante

Encore une vingtaine de mètres, puis on débouche sur un joli chalet, surplombant un pâturage. La cabane s’appelle le Tasson, «qui veut dire blaireau, de l’ancien français taisson». Propriété de la société de gym de La Tour-de-Peilz, elle dispose d’une jolie fontaine et d’une magnifique vue sur le Mont-Pèlerin – et même un petit bout du Léman, lorsque la météo y consent. Nous prenons le petit chemin à l’arrière, puis à droite, pour entamer ensuite la montée par la petite route qui sinue à gauche. Petite pause à mi-chemin pour admirer la vue sur la crête des Pléiades.

Le populage des marais est une plante typique du printemps.
Le populage des marais est une plante typique du printemps.

Dans la lumière de fin de journée, le paysage se nimbe d’or. Par terre, de délicates traces de pattes: «Une petite bergeronnette. Ce sont des oiseaux qui marchent beaucoup, on les appelle des oiseaux piéteurs.»

On continue notre montée, admirant à gauche le Moléson et Teysachaux, avant d’arriver devant le superbe alpage de Montbrion, au toit couvert de vieux tavillons.

Respect et prudence avant tout

En face de nous, la face du nord du Folly, riche en chamois, mais aussi en tétras-lyres. «Ils colonisent toute la crête», explique notre guide.

Ces oiseaux ne possédant qu’une toute petite réserve de graisse, il est essentiel de ne pas s’approcher de leur habitat, sous peine de les faire fuir et de les épuiser.»

Une balade dans la nature – et encore davantage au crépuscule – ne s’effectue pas sans respect pour l’environnement.

Afin de sensibiliser les randonneurs, l’Office fédéral de l’environnement et le Club alpin suisse avaient lancé la campagne «Respecter, c’est protéger» en 2009 et édité la brochure En accord avec la nature et la faune. On y trouve entre autres ces quatre règles incontournables: respecter les zones de tranquillité et les sites de protection de la faune. En forêt, rester sur les sentiers et suivre les itinéraires recommandés. Eviter les lisières et les surfaces non enneigées. Et tenir son chien en laisse, en particulier en forêt.

«Au crépuscule, il s’agit de faire encore plus attention, car c’est l’heure de sortie des animaux», insiste Pascale Fesquet.

Par ailleurs, pour l’humain, les repères changent radicalement, la température peut beaucoup baisser, et l’obscurité naissante fait souvent ressortir des peurs primitives.»

«Il est donc important de se responsabiliser – puis de profiter de cette heure particulière pour entrer en osmose avec la nature.»

Harmonie de fin de journée

Nous revenons sur nos pas, profitant de la lumière splendide et du chant des oiseaux – «Ecoutez: c’est un roitelet triple bandeau! Là, un merle. Et ici, un pinson!» – avant de nous enfoncer dans la forêt, à gauche.

Environ 300 mètres plus loin, on prend un chemin à gauche pour admirer le soleil couchant. Près d’une fontaine, des traces de chevreuil.

On rejoint la route, écoutant les sons changer au fil du crépuscule: les trilles des pinsons ont laissé soudain place aux gazouillis des rouges-gorges. Une dernière grive musicienne donne de la voix:

Elle imite souvent le merle, mais elle se trahit toujours: elle a plus de coffre, on peut l’entendre jusqu’à un kilomètre à la ronde!»

Doucement, la nuit s’installe et, avec elle, le silence. Les humains s’éclipsent discrètement, rendant leur royaume aux maîtres des lieux. 

© Migros Magazine - Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Mathieu Rod