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18 janvier 2016

Valparaiso, la petite San Francisco

Rien de tel qu’une balade dans les ruelles colorées, sinueuses et vertigineuses du célèbre port chilien… pour en tomber amoureux! Ici, inutile de prévoir un itinéraire trop précis: optez plutôt pour la flânerie.

Les collines de Valparaiso offrent une vue plongeante et spectaculaire sur le port et la baie.
Les collines de Valparaiso offrent une vue plongeante et spectaculaire sur le port et la baie. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania Araman)

Godard estimait que les Lausannoises, arpentant quotidiennement les ruelles abruptes de leur cité, avaient les plus belles jambes du monde. Qu’aurait-il pensé des Valparaisiennes! A côté des 45 collines (ou cerros en espagnol) du célèbre port sud-américain, les pentes de la capitale vaudoise font en effet bien pâle figure. Et lorsque notre chauffeur s’engage laborieusement dans une montée aussi interminable que vertigineuse pour rejoindre notre hôtel, on prie pour qu’il ne cale pas au beau milieu de la chaussée… et ne reparte en arrière!

Valparaiso et ses maisons colorées à perte de vue. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania  Araman)
Valparaiso et ses maisons colorées à perte de vue. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania Araman)

A Valparaiso donc, mieux vaut circuler à pied. On en sera quitte pour se forger des mollets d’acier. Et puis, rien de tel ici que de se promener au gré de ses envies: la ville invite à l’exploration, à la flânerie. Chaque coin de rue pavée offrant une nouvelle échappée sur la géographie si particulière des lieux: à perte de vue, émergent du relief verdoyant et vallonné des dizaines, des milliers de taches colorées, autant d’habitations de bois, de pierre, de brique, de tôle ondulée, dont certaines semblent accrochées aux falaises par pure magie...

Par ailleurs, tout comme sa grande sœur San Francisco – par cet entrelacs de collines, par ces maisons bigarrées, et par bien d’autres aspects, le port chilien évoque la métropole californienne – Valparaiso fait la part belle à l’art de rue. Oiseaux de mille feux, scènes de folklore, créatures fantasmagoriques ornent donc les façades de la cité, le Petit Prince et des héros de conte de fées s’invitant parfois sur les représentations de paysages locaux. Un enchantement constant pour les yeux… Surtout que par endroits ce sont même les lampadaires et les bancs qui s’habillent de faïences colorées. Et sur le cerro Bellavista, un musée à ciel ouvert a été inauguré dans les années 1990, rassemblant une vingtaine de fresques d’artistes chiliens renommés.

Une des fresques qui ornent les façades de la ville. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania  Araman)
Une des fresques qui ornent les façades de la ville. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania Araman)

La maison du poète

Profitons d’être dans le secteur pour visiter «La Sebastiana», l’une des villas du célèbre poète Pablo Neruda (lire encadré). Fantasque – à l’image de son propriétaire? – et biscornue, la maison vaut à coup sûr le déplacement. Aujourd’hui transformée en musée, elle permet une immersion dans l’univers de l’homme de lettres, fervent collectionneur de bric-à-brac. Du bar à la chambre à coucher, en passant par le salon aux murs sinueux, les lieux abritent un mobilier hétéroclite mais trié sur le volet, ainsi que de nombreuses pièces d’art réalisées par des amis du poète. Détail non négligeable, la vue plongeante, à chaque étage, sur les collines et l’océan.

Ci-contre à gauche, «La Sebastiana», la maison du poète Pablo Neruda, et la vue depuis la chambre à coucher. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania  Araman)
«La Sebastiana», la maison du poète Pablo Neruda, et la vue depuis la chambre à coucher. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania Araman)

Pourquoi, d’ailleurs, ne pas s’offrir à présent une virée au port? Pour le rejoindre, il suffit de suivre un dédale de ruelles et d’escaliers, eux aussi bien souvent décorés et courant entre les maisons colorées. Au passage, on ne peut s’empêcher de remarquer l’état délabré de certaines bâtisses: le Chili se situe sur l’une des zones les plus sismiques (et les plus riches en volcans actifs) du monde et Valparaiso a subi son content de puissants tremblements de terre. Le dernier en date remonte à septembre 2015...

Une fois au bord de l’eau, on remarque le va-et-vient des bateaux de touristes; et sur les rives, d’énormes containers attendent d’être embarqués sur un cargo. Si le port demeure l’un des plus importants du Pacifique, il a tout de même perdu de son faste d’antan: jusqu’à l’ouverture du canal de Panama en 1914, il constituait en effet un passage obligé pour les navires qui venaient de franchir, au sud, le détroit de Magellan et se rendaient en Amérique du Nord. Une prospérité qui à l’époque avait attiré un grand nombre d’immigrés européens, cela expliquant la variété de styles architecturaux de la cité et ayant valu à son centre historique d’être inscrit au patrimoine culturel de l’humanité.

Indispensables funiculaires

C’est également durant cette période prospère, fin XIXe, début XXe, que les célèbres funiculaires de Valparaiso ont été construits. Une visite de la ville ne saurait d’ailleurs se solder sans emprunter au moins l’un de ces quinze ascensores – pour reprendre le terme espagnol – encore en activité... D’ailleurs, il y a de fortes chances que vos mollets endoloris vous dirigent plus d’une fois dans leur direction!

L’«ascensor» Artillería, qui conduit à la colline du même nom.
L’«ascensor» Artillería, qui conduit à la colline du même nom. (Photos: Josè Giribas, Fotofinder.com, Istock, Tania Araman)

Au hasard, engouffrons-nous dans l’ascensor Artillería, qui conduit à la colline du même nom. Le mécanisme a beau sembler vétuste, nous ne courons aucun danger, nous garantit-on. Touristes et locaux attendent sagement leur tour pour grimper dans la cabine. C’est à nous! Nous apprécions, un rien tendus, la vertigineuse ascension qui nous mène à nouveau à un magnifique point de vue sur la baie. Ne nous reste plus qu’à nous perdre encore une fois dans les rues, entrant au hasard de nos pérégrinations dans de charmantes boutiques arty ou nous attablant à la terrasse d’un café. Avec un peu de chance, nous pourrons y déguster, face à la mer, un cocktail traditionnel à base de vin non filtré, ironiquement baptisé… terremoto (tremblement de terre).

© Migros Magazine Tania Araman

Auteur: Tania Araman