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21 septembre 2014

Vélos électriques, attention danger?

Avec une hausse de près de 30% des accidents graves, faut-il aller jusqu’à faire passer un permis à ces cyclistes d’un nouveau genre, comme le prône le conseiller national bâlois Markus Lehmann? D’aucuns le pensent tandis que d’autres préconisent d’attendre.

Faut-il mettre ces cyclistes d’un nouveau genre au pas?
Faut-il mettre ces cyclistes d’un nouveau genre au pas? Photo Keystone

Ils roulent, ils roulent, les cyclistes. Souvent vite. Trop vite. Surtout lorsqu’ils chevauchent un vélo électrique. Avec une hausse de 29% des accidents graves depuis le début de l’année, nul doute que ce deux-roues motorisé n’est plus seulement un moyen ludique et écolo de se balader le dimanche. De plus en plus populaire, il a rejoint voitures et scooters dans le trafic. Pour le meilleur et pour le pire.

Inquiet de cette explosion des accidents liée à une vitesse souvent sous-­estimée, le conseiller national PDC bâlois Markus Lehmann a poussé la semaine dernière un cri d’alarme, appelant les autorités «à agir avant qu’il y ait des morts».

Son idée: faire passer un examen de conduite aux propriétaires de cycles dépassant les 25 km/h et rendre obligatoire un compteur de vitesse ainsi qu’une plaque d’immatriculation. Car selon lui, l’anarchie règne dans le monde de la petite reine, surtout dans les villes. Alors, faut-il mettre ces cyclistes d’un nouveau genre au pas? Les défenseurs du vélo et de la mobilité douce en doutent tout en reconnaissant le problème lié à l’augmentation de leur nombre. Mais, estiment-ils, rien ne sert de se presser, le phénomène étant encore récent.

C’est aussi l’avis du Bureau de prévention des accidents (BPA) qui est justement en train d’analyser la problématique et dont les conclusions sont attendues à l’été 2015. «C’est sur la base de ces données scientifiques que nous prendrons position car pour l’heure, nous manquons de recul», relève son porte-parole Daniel Menna tout en notant que tant les usagers de vélos électriques que les automobilistes ont tendance à sous-estimer la vitesse de ces cycles.

Vidéo: les conseils du BPA pour rouler sur un vélo électrique en toute sécurité.

En attendant, cyclistes et automobilistes devront apprendre à cohabiter. Ça tombe bien, Pro Vélo, le TCS, le BPA et les polices cantonales ont justement lancé une vaste campagne allant dans ce sens ce printemps.

«De manière générale, la réglementation des vélos est suffisante»

Guido Bielmann, porte-parole de l’Office fédéral des routes.
Guido Bielmann, porte-parole de l’Office fédéral des routes.

Guido Bielmann, porte-parole de l’Office fédéral des routes.

Avec 29% de cyclistes grièvement blessés en plus depuis le début de l’année, on se dit que faire du vélo électrique est vraiment dangereux. Est-ce le cas?

C’est très délicat de comparer les chiffres d’accidents d’un printemps à l’autre car il faut toujours prendre en considération la météo. Cette année, cette dernière était très favorable aux deux-roues. Par beau temps, beaucoup de personnes ont sorti leur vélo engendrant un fort trafic sur les routes et par conséquent plus d’accidents. Cela, tout type de vélos confondus. A titre de comparaison, on note une augmentation de 51 % des blessés graves chez les vélos classiques par rapport au premier semestre 2013. Tandis que pour les vélos électriques, l’augmentation est de 29%. Donc, non, on ne peut pas affirmer que les vélos électriques sont plus dangereux que les autres

Mais faut-il, comme le préconise le conseiller national bâlois Markus Lehmann, aller jusqu’à faire passer un examen de conduite à ces cyclistes?

Non, pas du tout. Déduire de ces chiffres qu’il faut un examen pour les cyclistes est faux car la comparaison des données des accidents au cours des dernières années ne tient pas la route. Ce qu’il faut relever c’est que, depuis des années déjà en Suisse, nos polices cantonales font des formations «éducation circulation routière» dans les écoles. Là, les enfants apprennent comment se comporter correctement sur la route à vélo.

Au final, les vélos électriques doivent-ils être considérés comme des vélos ou des motos?

La définition légale contenue dans l’ordonnance relative aux exigences techniques requises pour les véhicules routiers est claire: les e-bikes bénéficiant d’une assistance électrique allant jusqu’à 45 km/h sont considérés comme des cyclomoteurs, tandis que ceux allant jusqu’à 25 km/h sont définis comme des cyclomoteurs légers.

Davantage de réglementation ou de sensibilisation ne seraient tout de même pas nécessaire?

Il était important de régler la situation des vélos électriques et cela est désormais chose faite. Car vous vous rendez compte, rouler avec une assistance électrique jusqu’à 45 km/h, c’est une toute autre chose que de rouler avec un vélo classique. De manière générale, la réglementation des vélos est suffisante.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey
Photos: Keystone

Auteur: Viviane Menétrey