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18 août 2014

Venoge Festival à Penthalaz: un anniversaire en grande tenue

Le Venoge Festival souffle cette année ses 20 bougies avec Keziah Jones et Louis Bertignac en cerises sur le gâteau. Portrait d’une petite équipe de passionnés bénévoles qui ne craint rien. A part la pluie.

Sans eux, le Venoge Festival ne vivrait pas sa vingtième édition: Claude Chappuis, Luc Texier, Corinne Mégroz et Corinne Mahler (de gauche à droite).
Sans eux, le Venoge Festival ne vivrait pas sa vingtième édition: Claude Chappuis, Luc Texier, Corinne Mégroz et Corinne Mahler (de gauche à droite). (Photos: Romain Mader)

Luc Texier regarde le ciel gris. En ce dernier lundi de juillet, le menu météo se montre une nouvelle fois indigeste. «Le mois statistiquement le plus sec a été le plus humide. Avec un peu de chance, le soleil se rattrapera en août.» Ils n’ont que trois ans d’écart, mais le look de quadra BCBG et le langage étudié de ce spécialiste de la com’ tranche avec la bague skull (tête de mort, réd), les piercings et l’allure bad boy de Claude Chappuis. Pourtant les baskets de ce dernier n’aiment pas plus que les mocassins du premier les nombreuses flaques qui parsèment le parking du terrain de football de Penthalaz (VD).

Dès jeudi, l’endroit aujourd’hui désert abritera la 20e édition du Venoge Festival. Coordinateur et responsable de la communication de ce festival de moins en moins petit, Luc Texier ne partage sans doute pas tout à fait les mêmes goûts musicaux que le responsable de la programmation Claude Chappuis. Mais le duo se retrouve pour mieux apprécier la venue de deux têtes d’affiche qui donnent un joli éclairage sur les douze noms (Sinsemilia, mais surtout dix Suisses dont Charlotte parfois et Stevans) se partageant l’affiche: Keziah Jones et son célèbre «blufunk» le jeudi 21, les immortels riffs lancés par la Gibson SG de Louis Bertignac le samedi 23.

A Penthalaz, le Venoge Festival a commencé par l’organisation d’un tout petit événement rock par un groupe d’amis, parents d’élèves de la région. (Photos: Pierre-Edouard Monnier)
A Penthalaz, le Venoge Festival a commencé par l’organisation d’un tout petit événement rock par un groupe d’amis, parents d’élèves de la région.(Photos: Pierre-Edouard Monnier)

Fort d’une belle carrière solo, l’ancien guitariste de Téléphone reste très demandé. «On avait déjà pris contact avec son management. Ça ne jouait jamais. Et puis là, tout à coup, ça a été bingo. 2013 ayant bouclé sur un petit excédent budgétaire, on peut se le permettre. C’est une belle façon de fêter nos vingt ans avec un artiste parfait pour notre capacité d’environ 3000 personnes.»

Un public plutôt fidèle, s’il ne fait pas trop mauvais, issu de la région et désormais aussi beaucoup de la grande Lausanne toute proche. «Contrairement à d’autres, nous avons de quoi accueillir les voitures, relève Luc Texier. La gare de Cossonay-Penthalaz est à moins de dix minutes à pied, les trains nombreux s’y arrêtent jusqu’à deux heures du matin. Pour les habitants des plus petites communes, nous avons un service de bus desservant toutes les localités dans un rayon de 20 kilomètres.»

Réussir un anniversaire du tonnerre

Tout le comité cultive donc un même espoir: «Réussir un anniversaire du tonnerre et donner du bonheur à un public nombreux sous des cieux enfin estivaux.» Car comme pour tout open air, le facteur météo jouera un rôle non négligeable dans cette réussite. «On peut bosser comme des fous pendant une année, utiliser notre expérience pour faire au mieux dans le choix des artistes comme dans l’accueil ou l’offre de nourriture: si comme aujourd’hui il fait un temps de chien, ce sera forcément moins sympa», soupire Luc Texier. Habitant du coin, Claude Chappuis est entré dans l’aventure en 2009. Luc Texier au mois d’avril seulement.

Français d’origine établi en Suisse depuis plusieurs années, Luc Texier aimerait d’ailleurs diminuer l’impact de la météo. Avec par exemple l’idée de disposer d’un vaste chapiteau. «Mais évidemment, il faut y réfléchir parce que ce type d’équipement coûte très cher. Et la limitation des coûts a toujours été l’un des mots d’ordre du Venoge Festival.»

Doxa à laquelle veillent les anciens comme Corinne Mahler, 56 ans et coresponsable de la programmation mais surtout l’une des fondatrices. «Tout a commencé par l’organisation d’un tout petit événement rock par un groupe d’amis, parents d’élèves de la région. Les jeunes voulaient un local, on leur a proposé de bosser avec nous sur cette soirée qui accueillait des groupes du coin.»

L’année suivante, le groupe se muait en association, la Cool’Hisse, toujours aux manettes du Venoge Festival qui a pris ce nom en 2003. «Nous sommes dix-neuf dans le comité, résume cette habitante de Daillens à l’enthousiasme communicatif. Un mélange d’anciens et de forces nouvelles, d’accord de s’investir bénévolement pendant près d’une année.» Pour durer, il a fallu rester fidèle à quelques principes, comme celui du plaisir et du bénévolat, ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre, et savoir s’écouter entre «anciens parfois un peu gardiens du temple et nouveaux arrivés façon punks voulant tout chambouler.»

Avec un budget de 300 000 francs pour trois soirs, la partition reste en effet assez éloignée des 24 millions du Paléo, par exemple.

Habitant lui-même Penthalaz, Luc Texier œuvre du côté du bar des collaborateurs pour la première fois cette année. Il mesure le monde qui sépare le Paléo du Venoge Festival dont il partage l’aventure depuis 2009. «Ils consacrent dans les 7 millions rien que dans la programmation. Et la manière dont s’organise la mise en place, l’accueil et l’entretien des lieux pendant le festival est juste impressionnante. Cette année, chaque matin, quelque 150 bénévoles envahissaient le terrain pour le nettoyer.»

Des bénévoles âgés de 16 à 70 ans

Ces chiffres font forcément un peu rêver l’autre Corinne, qui à 50 ans tient avec une fermeté toute maternelle la grande troupe des bénévoles. «Mais j’ai aussi quelques dames de 70 ans», sourit Corinne Mégroz, arrivée en 2011 dans le comité. Elle évoque un gros renouvellement ces deux dernières années, avec des critères bien rôdés: «Je les accueille dès 16 ans en cuisine. A 18 ans, je les passe au bar ou dans d’autres postes. Ce ne sont pas des vacances. Lorsqu’un client boit une bière ou mange un bon petit plat, il ne se rend souvent pas compte de tout ce que cela signifie en coulisses. Mais mon but est aussi que les bénévoles soient heureux de ce qu’ils ont accompli.»

Invariablement, chaque Noël, Corinne Mégroz écrit une petite carte à la main à chacun(e). Est-ce cet esprit particulier qui explique une telle longévité? Ou alors serait-ce ce solide bon sens terrien qui invite à ne pas dépenser plus que ce que l’on a? Luc Texier a sa réponse: «Comme une famille, nous ne sommes pas toujours d’accord et parfois nous nous engueulons. Cela ne nous empêche pas de nous respecter et d’avancer ensemble avec confiance.»

© Migros Magazine – Pierre Léderrey