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2 juin 2014

Vérino: «J’adore l’exigence du public suisse!»

Le 19 juin, l’humoriste français Vérino sera à l’affiche du festival Morges-sous-rire, pour la deuxième année consécutive. Rencontre avec un fervent adepte de nos planches helvètes.

l'humoriste français vérino
Vérino? Un ange et un heureux papa dans la vie, mais un vrai démon sur scène. (photo: verino.fr)

Votre vrai nom, c’est Olivier Balestriero. D’où vient votre pseudo de Vérino?

C’est la plus belle anecdote ridicule du monde! En fait, je voulais simplifier mon nom parce qu’il était trop long: les gens ne se souvenaient jamais de l’orthographe, du coup j’avais très peu de visites sur mon site internet. Or, Balestriero, ça ressemble à Ballesteros, le nom d’un golfeur espagnol des années 90: pendant toute ma jeunesse, mes profs me demandaient si on était de la même famille. J’ai donc adopté une partie de ce que je croyais être son prénom, Severino. Mais je me suis rendu compte il y a trois ans, quand il est mort, que c’était en fait Severiano…

Tout comme sur scène, vous n’hésitez pas à admettre vos erreurs…

La sincérité, c’est ma manière de fonctionner: admettre tout, même quand on s’est planté

J’ai d’ailleurs adopté la méthode de l’essai et de l’erreur. Quand j’écris un sketch, je ne suis jamais vraiment sûr qu’il plaira. Du coup, je teste auprès du public et je me rends bien vite compte s’il aime ou pas. Si ça marche, tant mieux, mais parfois, il y a zéro rire dans l’audience.

Vidéo: un conducteur sur trois téléphone au volant, un sketch de Vérino. Source: Youtube.

N'est-ce pas trop déstabilisant?

J’ai pris le parti de partager cette sensation avec le public. Quand un gag tombe à plat, on peut toujours en faire un autre pour expliquer pourquoi le premier n’a pas fonctionné. Et on garde le tout en mémoire pour un prochain spectacle. Et puis, je pense que notre rôle, c’est bien sûr de faire rire, mais aussi de montrer qu’on est libre. Oui, je suis débile, mais ce n’est pas grave, au moins j’essaie. C’est d’ailleurs un message que je veux faire passer aux gens: si tu veux vraiment faire quelque chose, eh bien fais-le! Mais accepte de te planter.

Vous avez dit un jour: «J’ai un déficit de charisme et de masse musculaire.» Vous êtes un grand adepte de l’autodérision, n’est-ce pas?

J’ai dit ça, moi!!? C’est marrant… Mais c’est vrai que mon problème, c’est que je suis un mec normal. Du coup, on ne sait pas ce que je vais raconter. J’ai un pote humoriste, Greg Romano, c’est un grand balèze d’un mètre quatre-vingt quinze et de cent vingt kilos: avec lui, on a des attentes, on a envie de savoir à quoi ressemble sa vie. Tandis que moi, je suis banal. Mon boulot, c’est de trouver la drôlerie dans la normalité.

Vous semblez en effet puiser les thèmes de vos sketches dans les aléas du quotidien: votre nouveau statut de papa, les courses sur le Net, les notices d’emballages de médicaments…

Je suis un observateur: ça me plaît de regarder autour de moi et de me dire, ah tiens, il y a un truc à creuser.

Vous accordez aussi beaucoup de place à l’improvisation, non?

Vérino: «J’ai réalisé que je pouvais vivre de ma passion.»
Vérino: «J’ai réalisé que je pouvais vivre de ma passion.»

Oui, d’ailleurs, mon spectacle actuel a été complètement créé de cette manière. L’été dernier, j’ai fait tout le festival off d’Avignon sans avoir écrit une ligne de sketch. Bien sûr, j’avais toujours mon premier spectacle dans lequel je pouvais puiser pour avoir quelque chose de concret à offrir au public, mais je m’accordais toujours une demi-heure d’impro au début. Puis, peu à peu, les trente minutes se sont en transformées en quarante-cinq, et à la fin du séjour, j’avais une belle ébauche du nouveau spectacle.

Vous racontez souvent que votre vocation est née à l’âge de 7 ans, en voyant un humoriste à la télévision, mais je n’ai pu lire nulle part de qui il s’agissait…

De Jean-Marie Bigard. Mais je n’évoque pas souvent son nom, parce qu’après les gens se disent: Bigard, c’est celui qui fait des gags sur les putes, non? Or, j’ai un univers très éloigné du sien. Cela dit, j’ai pu partager récemment un sketch avec lui, et il m’a proposé de participer à son spectacle pour fêter ses 60 ans. C’est un mec super gentil.

Et donc, c’est en le voyant à la télé que vous avez eu envie de devenir humoriste…

Exactement. Je n’ai pas saisi tout de suite ce qu’était le métier d’humoriste, mais j’ai vu qu’il y avait des mecs qui faisaient rire les gens, et plus tard, j’ai compris qu’ils étaient payés pour ça. Et c’est là que l’accident cérébral est arrivé! Parce que faire rire, c’était déjà toute ma vie. C’est comme quand tu fais des dessins pour le plaisir et que tu te rends compte que tu peux les vendre. En fait, j’ai réalisé que je pouvais vivre de ma passion.

Est-ce que vous rêviez également de gloire, de notoriété?

Pas de manière consciente en tout cas. D’ailleurs, je suis à un niveau de notoriété qui me convient bien. Les gens n’essaient pas de m’arracher mon t-shirt dans la rue en criant: Ça y est, j’ai trouvé un cheveu de Vérino! En fait, ça arrive une dizaine de fois par semaine qu’on vienne me demander un autographe ou une photo. La plupart du temps, je peux boire un coup tranquille sans que personne ne m’aborde. Moi, ce qui me plaît énormément dans ce boulot, c’est de faire rire. Un maximum de gens, je l’admets, mais la notoriété en soi ne me branche pas plus que ça.

On sent que vous prenez votre pied sur scène: votre plaisir compte-t-il autant que celui du public?

Je pars du principe que sans te faire plaisir, tu ne peux pas vraiment faire plaisir aux gens. La notion de partage compte énormément pour moi.

Et le public suisse, qu’en pensez-vous?

Je l’adore! D’ailleurs, j’ai déjà dû jouer une bonne vingtaine de fois dans votre pays. En fait, j’apprécie l’exigence du public suisse: il veut se marrer, mais pas pour rien. Alors qu’en France, on pardonne. Si par exemple le nouveau spectacle est moins bon que le premier, on a envie de dire, ce n’est pas grave, c’est l’humoriste que j’avais envie de voir.

Et en Suisse, ce n’est pas le cas…

Non, en Suisse, on veut bien être avec toi, mais… En fait, le public suisse, c’est comme des parents justes. Ils ne vont pas te féliciter si tu as eu 14. Ils vont te dire que c’est bien, mais par contre ils sortiront le champagne quand tu auras eu 20.

En parlant de parents, les vôtres sont-ils satisfaits de votre choix de carrière?

Ils sont super heureux, même s’ils étaient un peu sceptiques au début. J’ai une photo de ma mère devant l’Olympia et je n’ai jamais vu ses yeux autant pétiller… Elle est fière!

L’Olympia, que vous aviez rempli un soir uniquement en lançant un appel sur Twitter, c’est bien ça?

Exactement. J’avais envie de finir en beauté la tournée de mon premier spectacle, mais mes producteurs estimaient que la salle de l’Olympia était trop grande, qu’en cette période de crise on prenait trop de risques. Du coup, je me suis débrouillé tout seul pour la promo. J’ai tourné des petites vidéos avec des copains, qu’on a postées sur Twitter. Je racontais aussi comment je me battais pour remplir la salle. Et les gens retwittaient, partageaient, en parlaient autour d’eux.

Et ça a marché...

Oui, et au final, j’ai passé la meilleure soirée de ma vie sur scène, avec 2000 personnes qui estimaient que je méritais amplement mon succès parce qu’ils m’avaient vu transpirer, flipper pendant plusieurs semaines pour arriver à mes fins.

C’est la plus belle chose qui me soit arrivée, parce que je suis entièrement responsable de cette réussite-là.

Vous êtes jeune papa: comment arrivez-vous à concilier carrière et vie de famille?

Tout d’abord, j’ai de la chance, j’ai une femme merveilleuse. Elle doit être dans le top 3 des meilleures femmes de l’univers. D’ailleurs, tout ce que je fais, c’est avant tout pour être à sa hauteur. Quand je suis absent, elle ne me le fait jamais payer. En fait, ça fait quatorze ans qu’on se connaît, c’est elle qui m’a poussé dans ce métier. On est parti ensemble à Paris, c’est elle qui a fait mes premières régies, c’est elle mon premier public, on a évolué ensemble. Et puis, elle me fait exister auprès de mon fils quand je suis en tournée.

Et avec lui, comment ça se passe?

Finalement, je ne suis pas si souvent absent que ça. Quand je joue à Paris, je m’arrange pour que les spectacles commencent après l’heure du coucher. Et le lendemain matin, je me lève à 7h et je l’amène à la crèche à 9h30. Ce qui fait qu’on passe deux heures et demie ensemble, juste entre père et fils. Nous avons créé nos propres rituels, comme les bisous du matin. Tant qu’on n’a pas fait les bisous du matin, on reste en pyjama!

© Migros Magazine – Tania Araman
Photos: Keystone - Getty - LDD

Auteur: Tania Araman