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12 mai 2014

Véronique Richard Oggier: «Je n’arrive pas à mentir lorsque je crée»

La sculpteur valaisanne Véronique Richard Oggier participera cet été à l’exposition en plein air Eau Fil de l’Art à Morgins. Sa contribution: une fontaine en inox monumentale, bien loin de ses habituelles statues de bronze.

Véronique Richard Oggier, sculptrice
«Je ne travaille pas très souvent le bois. Mais là, j’avais envie de sculpter deux mains dans cette matière, qui dégage beaucoup de chaleur et de douceur. Au final, je les disposerai des deux côtés d’un visage en bronze, symbolisant le geste que l’on peut avoir avant d’embrasser l’être aimé.»

Dans son exigu atelier de Troistorrents (VS), vêtue d’une large chemise d’homme et la bouche recouverte d’un masque de chantier – «Je n’aime pas le goût du bronze!» – Véronique Richard Oggier apporte les dernières finitions à l’une de ses statues. «C’est ce qu’on appelle dans notre jargon de sculpteur: faire ses heures. Ce n’est pas vraiment de l’art, mais de l’artisanat.»

Longtemps d’ailleurs, cette ancienne infirmière en psychiatrie ne s’est pas considérée comme une artiste. «Le bricolage a toujours fait partie des mœurs de ma famille. Adulte, je me suis acheté un fer à pyrograver, dans l’idée de personnaliser mes cadeaux de Noël. Les gens ont commencé à me passer commande, je me suis mise à vendre mes tableaux sur les marchés.

Finalement, j’ai passé plus de vingt ans à me perfectionner.» Jusqu’au jour où elle découvre le travail sur le bronze, un peu par hasard:

Un ami m’a encouragée à m’intéresser à cette matière, quand, en 2006, j’ai voulu créer deux mains qui tiendraient un de mes panneaux en pyrogravure. J’ai trouvé la technique magique, je me suis rendu compte que c’était ce que je cherchais depuis longtemps.

Aujourd’hui sculpteur à plein temps et artiste à part entière, elle cherche avant tout à exprimer dans ses œuvres un ressenti, comme la peine éprouvée après le décès de son compagnon. «On peut suivre mon parcours émotionnel dans mes réalisations: je n’arrive pas à mentir lorsque je crée.» Pour ses sculptures de fontaines en revanche – «Depuis quelques années, j’en dessine partout, sur des bouts de papier, des sets de table; je suis passée depuis peu à la réalisation» – elle est davantage à la recherche de l’esthétisme, de la ligne graphique. Baptisée «Elégance», celle qu’elle exposera cet été lors de l’exposition en plein air Eau Fil de l’Art à Morgins lui est apparue un jour comme une évidence. «La forme s’est imposée dans ma tête, je me suis empressée de la griffonner.»

Le résultat, en cours de montage, mesurera près de 4 mètres de haut et sera peut-être transporté dans la montagne valaisanne... en hélicoptère!

Une journée dans la vie de Véronique Richard Oggier

7h30 «Après mon petit-déjeuner – il n’y a pas de vie avant le café! – j’aime bien commencer ma journée en lavant la vaisselle et en nettoyant ma cuisine. Ça m’aide à me mettre en route tout en douceur.
7h30 «Après mon petit-déjeuner – il n’y a pas de vie avant le café! – j’aime bien commencer ma journée en lavant la vaisselle et en nettoyant ma cuisine. Ça m’aide à me mettre en route tout en douceur.»
9h «Le matin, je passe toujours un bon moment devant mon ordinateur. Je gère notamment les affaires de la famille: avec mes quatre frères et sœurs, nous possédons deux immeubles, et c’est moi qui m’occupe de tout l’aspect administratif.
9h «Le matin, je passe toujours un bon moment devant mon ordinateur. Je gère notamment les affaires de la famille: avec mes quatre frères et sœurs, nous possédons deux immeubles, et c’est moi qui m’occupe de tout l’aspect administratif.»
11h «Je passe pas mal de temps sur les routes, hors de l’atelier. Depuis décembre 2013, j’ai parcouru plus de 10 000 kilomètres. Notamment pour me rendre dans le Gros-de-Vaud, où se trouve la fonderie d’une amie: j’y coule mes sculptures de bronze.
11h «Je passe pas mal de temps sur les routes, hors de l’atelier. Depuis décembre 2013, j’ai parcouru plus de 10 000 kilomètres. Notamment pour me rendre dans le Gros-de-Vaud, où se trouve la fonderie d’une amie: j’y coule mes sculptures de bronze.»
11h30 «J’ai dû apprendre à me mettre en avant. L’année dernière, après avoir vu l’exposition Eau Fil de l’Art à Morgins, je suis allée me présenter à Brigitte Diserens, co-fondatrice de la manifestation. Nous avons fait connaissance, et de fil en aiguille, après quelques mois, elle m’a proposé de participer à l’édition 2014.
11h30 «J’ai dû apprendre à me mettre en avant. L’année dernière, après avoir vu l’exposition Eau Fil de l’Art à Morgins, je suis allée me présenter à Brigitte Diserens, co-fondatrice de la manifestation. Nous avons fait connaissance, et de fil en aiguille, après quelques mois, elle m’a proposé de participer à l’édition 2014.»
14h «Pour réaliser la fontaine en inox que j’exposerai cet été à Morgins, j’ai dû faire appel à une entreprise de construction métallique à Vouvry dont le directeur, Denis Pichard, rêvait de contribuer à un projet de sculpture.»
14h «Pour réaliser la fontaine en inox que j’exposerai cet été à Morgins, j’ai dû faire appel à une entreprise de construction métallique à Vouvry dont le directeur, Denis Pichard, rêvait de contribuer à un projet de sculpture.»
16h «Pour une sculpture en bronze, il faut compter environ un an entre la création du modèle en terre et le résultat final. Si je laisse aux professionnels d’une fonderie le soin de couler le bronze en fusion, j’aime bien être présente lors de toutes les étapes. Dans mon atelier, je travaille sur les derniers détails: les retouches, le polissage, la patine, etc.»
16h «Pour une sculpture en bronze, il faut compter environ un an entre la création du modèle en terre et le résultat final. Si je laisse aux professionnels d’une fonderie le soin de couler le bronze en fusion, j’aime bien être présente lors de toutes les étapes. Dans mon atelier, je travaille sur les derniers détails: les retouches, le polissage, la patine, etc.»
«Cette sculpture, qui s’intitule «Seule», est composée de deux parties bien distinctes. La première avait été dessinée par mon compagnon, peu de temps avant sa mort. J’ai finalement décidé de la réaliser moi-même, de la casser et d’y ajouter ma contribution. C’était une manière de lui rendre hommage et de vivre mon deuil.»
«Cette sculpture, qui s’intitule «Seule», est composée de deux parties bien distinctes. La première avait été dessinée par mon compagnon, peu de temps avant sa mort. J’ai finalement décidé de la réaliser moi-même, de la casser et d’y ajouter ma contribution. C’était une manière de lui rendre hommage et de vivre mon deuil.»
«Le travail de Camille Claudel me touche particulièrement, je préfère son œuvre à celle de Rodin: elle était beaucoup plus dans le ressenti. En tant qu’ancienne infirmière en psychiatrie, je suis également fascinée par sa vie. Je possède d’ailleurs deux exemplaires de sa biographie, une en bon état et l’autre que je garde tout le temps sur moi et qui est tout abîmée.»
«Le travail de Camille Claudel me touche particulièrement, je préfère son œuvre à celle de Rodin: elle était beaucoup plus dans le ressenti. En tant qu’ancienne infirmière en psychiatrie, je suis également fascinée par sa vie. Je possède d’ailleurs deux exemplaires de sa biographie, une en bon état et l’autre que je garde tout le temps sur moi et qui est tout abîmée.»

© Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman