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26 octobre 2014

Le vertige des hauteurs

La chronique de Vincent Kaufmann.

Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et directeur du Laboratoire de sociologie urbaine.
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et directeur du Laboratoire de sociologie urbaine.

Dans les villes suisses, de nombreux nouveaux quartiers d’habitat collectif se caractérisent par des emprises au sol importantes, associées à des faibles hauteurs, soit deux, trois, éventuellement 4 étages au-dessus du rez-de-chaussée, mais très rarement plus. Ces petites barres serrées donnent souvent une impression de très grande densité, avec leurs vis-à-vis très proches et leur absence de grands dégagements, et pourtant elles ne sont généralement pas si denses que ça… Dès lors, pourquoi ne pas construire plus haut et moins serré?

C’est que… la Suisse, ou plutôt les Suisses, craignent la hauteur.

Que n’ai-je pas entendu sur l’habitat de grande hauteur… il serait angoissant d’habiter dans les hauteurs, ce serait déstabilisant pour les enfants, favoriserait l’anonymat. Que de métaphores
autour de la cage à lapins comme synonyme de grands ensembles, voire de prison… Ne serait-il pas temps d’abandonner ces fantasmes?

J’ai grandi au Lignon, dans les environs de Genève, au 18e étage de la «petite tour» (qui en compte 26), et je ne pense pas que cela m’ait rendu fou! Je me souviens très bien d’avoir scruté le ciel des heures durant, regardant passer d’abondants nuages. Je me souviens aussi que certains matins, le brouillard du Rhône était si dense qu’on apercevait à peine le sol. Je me souviens enfin de cette vue plongeante du Jura au Salève. Habiter un étage élevé permet aux habitants de bénéficier de belles perspectives et points de vue, mais aussi des logements baignés de lumière…

Construire un peu plus haut dans nos villes, sans même évoquer les tours, permettrait un urbanisme de grande qualité, des appartements plus lumineux, des vis-à-vis moins proches, des espaces publics plus généreux du fait d’emprises au sol moins importantes que des immeubles bas, à densité humaine équivalente. Alors… acceptons de prendre un peu de hauteur et débarrassons-nous des images toutes faites et autres idées reçues sur les effets de la distance au sol.

© Migros Magazine – Vincent Kaufmann

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.