Archives
22 septembre 2014

Vers une démocratie mobile?

Vincent Kaufmann, professeur associé au Laboratoire de sociologie urbaine à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)
Vincent Kaufmann, professeur associé au Laboratoire de sociologie urbaine à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

En Suisse, les citoyens votent dans leur commune de résidence. La chose semble naturelle, coulée dans le bronze… Et pourtant, est-ce si «naturel»? Cette pratique est héritée d’un temps où la commune constituait l’espace par excellence de la vie sociale, le lieu où se déroulait la vie quotidienne.

Avec le développement des déplacements et de la pendularité sous toutes ses formes, la situation a beaucoup changé depuis. Ne faudrait-il pas repenser la démocratie communale à l’aune de cette réalité nouvelle, en respectant bien sûr le principe fondamental «une personne – une voix»?

Toutes les personnes dont la vie quotidienne se déroule dans deux localités pour des raisons liées au travail (le pied-à-terre à proximité du lieu de travail lorsque le domicile principal est situé à plusieurs centaines de kilomètres), ou aux loisirs, comme ces résidences secondaires dans lesquelles on passe une partie de la semaine ou de l’année ne devraient-elles pas pouvoir choisir de voter dans leur lieu de la seconde résidence?

Certains pendulaires de longue distance, ces personnes de plus en plus nombreuses qui parcourent chaque jour plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre sur leur lieu de travail et en revenir le soir, sont peut-être intéressés à voter dans la commune dans laquelle se déroule de facto leur vie quotidienne? Dans tous ces cas, l’essentiel de la vie quotidienne se déroule en effet dans une autre commune que celle où l’on «habite» officiellement…

Lorsqu’on les additionne, ces manières d’habiter, encore anecdotiques il y a quelques années, constituent désormais un phénomène social sur lequel il n’est plus guère possible de faire l’impasse et qui interroge la démocratie locale. Est-il pertinent d’avoir le droit de vote dans une commune dans laquelle on ne vient que dormir? Ne serait-il pas plus juste dans certains cas de pouvoir voter dans la commune de son lieu de travail ou de sa résidence secondaire lorsque c’est le lieu qu’on investit socialement et affectivement, et à l’égard duquel on a des attentes en matière de services, de qualité de vie, etc.?
Les réponses ne sont pas immédiates et concernent la cohésion sociale et spatiale, mais la question mérite en tous les cas d’être posée.

© Migros Magazine –Vincent Kaufmann

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Vincent Kaufmann