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16 juillet 2012

Vintage: le culte d’une époque pas si révolue

Mode, musique ou mobilier: le passé n’a jamais autant eu la cote qu’aujourd’hui. Mais pourquoi cet élan de nostalgie? «Migros Magazine» a remonté le temps.

Muriel Dousset au milieu de sa boutique
Muriel Dousset ne porte elle-même jamais de neuf!

Les uns collectionnent les vieilles affiches publicitaires Suchard ou Lustucru, les autres fantasment sur les robes so fifties des héroïnes de la série Mad Men. Certains ne jurent que par le formica, tandis que leurs voisins écument les marchés aux puces à la recherche des vinyles de Jimi Hendrix ou de Bob Marley. Pas de doute: qu’il s’agisse de mode, de déco, de musique ou de mobilier, le vintage n’a jamais autant été d’actualité.

Mais pourquoi cette obsession pour le passé? «Dans les années 50, il y avait une grande confiance en l’avenir, relève Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image à l’Université de Lausanne. Au vu de ce qui se passe actuellement, nous envisageons avec une certaine nostalgie cette période durant laquelle le futur semblait radieux...»

Et de nuancer: «Ce phénomène n’est pas une invention de notre époque. Le présent s’est toujours nourri du passé: la musique des sixties a connu un revival dans les années 80, et l’architecture futuriste de l’entre-deux guerres, après avoir été longtemps décriée, est redevenue tendance dans les années 90.»

Une Fiat 500 identique au modèle de 1957

Rien de nouveau sous le soleil, donc... «La tendance actuelle, souligne toutefois le sociologue, est davantage de s’inspirer de l’ancien pour créer du moderne. Par exemple, en sortant sa nouvelle Fiat 500, le constructeur italien ne s’est pas contenté de recopier à l’identique le modèle de 1957, il l’a adapté à notre époque. De même que nous trouvons aujourd’hui sur le marché des mixers tout ce qu’il y a de plus moderne, mais au look résolument sixties. Nous sommes dans le référentiel, nous vivons une période de recyclage qui joue entre les époques.»

Mode: des vêtements uniques en leur genre

Voilà six mois que la Lausannoise Muriel Dousset a repris la boutique de vêtements Chabada Vintage. Un choix logique pour cette ancienne brocanteuse qui ne porte elle-même jamais de neuf: «Je me sens plus jolie dans du vintage que dans du contemporain. Cela dit, tous mes habits ne datent pas forcément des années 50. Il m’arrive de mettre des pièces plus récentes, mais je les achète uniquement en seconde main.»

La définition du mot vintage dans le monde de la mode? «Il s’agit d’un vêtement d’au minimum 20 ans d’âge qui a marqué l’époque par son look.»

Sur les cintres de sa boutique se succèdent donc textiles surannés, couleurs chatoyantes et motifs fleuris. Une vraie passion pour Muriel Dousset, qui n’y voit là aucun sentiment de nostalgie: «La qualité était simplement meilleure avant.»

Musique: une valeur sûre

Laurent Quiche peut compter sur la fiabilité des années 50...
Laurent Quiche peut compter sur la fiabilité des années 50...

C’était mieux avant. Cette affirmation, souvent mangée à toutes les sauces, ne saurait trouver meilleur écho que dans les locaux de Funky Time Machine Company à Gland. Depuis 2007, cette entreprise propose un service de vente, de location et de réparation spécialisé dans les instruments de musique vintage. Avec un accent très prononcé sur les amplis et les claviers des années 50. «Sur ces derniers, le son obtenu est nettement meilleur qu’avec les synthés des années 80, relève Laurent Quinche, co-fondateur de l’entreprise et lui-même musicien. D’ailleurs, les studios d’enregistrement continuent à les privilégier.» Même topo pour les amplis de l’époque dont la fiabilité surpasse nettement celle des modèles actuels. «Avant, on prenait le temps de bien faire les choses, de concevoir du matériel de qualité.»

Marc Taverney propose ses meubles vintage à prix abordable.
Marc Taverney propose ses meubles vintage à prix abordable.

Mobilier: de belles pièces à prix doux

«J’ai une grande admiration pour les designers des années 30. Ils faisaient preuve d’une réelle créativité: aujourd’hui, on se contente bien souvent de s’inspirer de ce qui existe déjà.» Voilà plusieurs années que le collectionneur Marc Taverney écume les brocantes et galetas à la recherche de mobilier à exposer – et à vendre – dans son showroom lausannois, baptisé Vintagedeco. Son credo: proposer des meubles vintage à des prix abordables. «Je ne vois pas pourquoi je profiterais de l’effet de mode pour demander des sommes exorbitantes.»

Parmi les pièces les plus représentées dans son magasin: les tables en formica, ce revêtement caractéristique des années 50 et de leurs cuisines. «Elles jouissent d’une qualité incroyable. Mais lorsque je chine, je ne recherche pas forcément des meubles typiques de telle ou telle époque. Je fonctionne au coup de cœur: je scanne la pièce et je repère tout de suite ce qui me plaît ou ne me plaît pas. Je n’ai pas la prétention d’être un antiquaire.» En revanche, il adore travailler avec ses mains et s’improvise volontiers ébéniste. Et de nous montrer une magnifique table Art déco en bois qu’il a lui-même restaurée...

Objets: des témoins du XXe siècle

Olivier Poncioni et une passion transmise de génération en génération.
Olivier Poncioni et une passion transmise de génération en génération.

«Pour être qualifié de vintage, un objet doit rappeler un souvenir à la personne qui le voit. On peut donc remonter assez loin dans le passé, jusqu’aux grands-parents d’un sexagénaire par exemple.» Et de pointer du doigt dans la vitrine un lustre qui aurait fait bonne figure à bord du «Titanic» au début du siècle... Dans la boutique neuchâteloise d’Olivier Poncioni, baptisée L’Atelier Design, on trouve des objets datant de 1870 à 1980. Lampes rétro, tables basses en plexiglas et sacs Swissair se mêlent aux vieux frigos, mixers, grille-pain. «De ces derniers, je dispose de près de trois cents exemplaires dans mon dépôt. En fait, c’est comme cela que ma collection a commencé. Enfant, je me passionnais pour les vieilleries électriques.» Très tôt – même en poussette! – Olivier Poncioni suit ses parents dans les brocantes. C’est d’ailleurs son père qui lui suggère, en constatant l’étendue de son stock, de commencer à vendre. «Il m’a prêté son atelier et j’ai créé le magasin il y a trois ans», raconte le Neuchâtelois, âgé aujourd’hui de 27 ans, qui propose également un service de réparation de ces pièces d’époque.

Cuisine: la nostalgie des petits bonheurs d’antan

Comme à la maison chez grand-maman!
Avec Sophie Raquin, on se sent comme à la maison chez grand-maman!

Un petit parfum du passé. Voilà ce que l’on respire en poussant la porte de La Confiserie, ce take-away du centre de Lausanne, attenant au restaurant de l’Etoile-Blanche. Aux murs, de vieilles affiches publicitaires. Sur les rayons du grand bahut, des boîtes de conserve et des cageots en bois. Alignés sur les étals, cachous, caramels et sucres d’orge. Aux côtés de tartes, de brownies et de gâteaux salés. «En fait, notre concept, c’était plutôt que les clients retrouvent une ambiance maison, qu’ils se sentent ici comme chez eux», explique Sophie Raquin responsable de la boutique depuis son ouverture il y a un an. D’où le choix de mets simples, comme ce cake au citron, très facile à réaliser mais rencontrant un énorme succès parmi les habitués. «Plutôt que de chercher à tout prix une nouvelle recette compliquée, nous privilégions les spécialités plus rustiques, presque atemporelles, qu’on goûtait chez nos grands-mères: ça a un petit côté rassurant, non?» Pas de surprise donc si cette nostalgie des valeurs simples d’autrefois se retrouve également dans la déco...

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Wavre / Rezo