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3 juin 2013

Vivre avec ses acouphènes

Les acouphènes – ou sons fantômes – touchent 15 à 20% de la population. Un trouble qui ne se guérit pas et avec lequel il faut apprendre à vivre. Témoignages et explications.

acouphènes
Faute de pouvoir soigner les acouphènes, il existe plusieurs méthodes pour les apprivoiser. (Photo: Keystone/PHOTOALTO/Sanna Lindberg )

«Parfois, le bruit est tellement fort que j’ai l’impression que les gens autour de moi pourraient aussi l’entendre si je me penchais vers eux...» Voilà plus de cinquante ans que la Vaudoise Simone Jeannet vit avec des acouphènes. Des sons fantômes dans les oreilles, qui peuvent aller du bourdonnement au grésillement, et qui se situent, pour sa part, à mi-chemin entre le sifflement et la chute d’eau.

J'entends les acouphènes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ils s’intensifient lorsque je suis fatiguée.

Si l’ancienne aide-soignante à la retraite a appris à vivre avec ces nuisances sonores, elle se souvient encore de son soulagement lorsque son médecin lui annonce, alors qu’elle est âgée d’une vingtaine d’années, qu’elle n’est pas la seule à souffrir de ce trouble: «J’aurais pu lui sauter au cou! Je n’osais pas dire à mon époux que j’entendais des bruits dans ma tête...»

Une perte progressive de l’ouïe due à l’âge

En effet, son cas est loin d’être isolé: «C’est un symptôme très fréquent, qui touche entre 15 et 20% de la population adulte», confirme le docteur Raphaël Maire, médecin-chef au service d’ORL du CHUV. Les causes? «Le plus souvent, l’apparition de ce trouble est lié à la presbyacousie, la perte progressive de l’ouïe due à l’âge. Les cellules responsables de la transmission des sons à l’oreille interne meurent, causant un dysfonctionnement du système nerveux auditif.»

Raphaël Maire, médecin-chef au service d’ORL du CHUV. (Photo: LDD)
Raphaël Maire, médecin-chef au service d’ORL du CHUV. (Photo: LDD)

Et le spécialiste de préciser que des traumatismes, ainsi que l’exposition répétée à des bruits trop intenses, selon la profession exercée, peuvent également être à l’origine d’acouphènes. «Mais certaines personnes développent parfois ce trouble sans raison apparente.»

La situation de Simone Jeannet est, quant à elle, un peu particulière: malentendante depuis l’âge de 10 ans – la fâcheuse conséquence d’une erreur médicale dans les années 50 – elle voit apparaître à la même période des acouphènes, accompagnés d’une hypersensibilité aux bruits, qui se traduit avant tout par la peur de déranger. «Comme j’ai du vieux parquet, je marche sur la pointe des pieds. Autrement, j’ai toujours l’impression que mes voisins vont l’entendre craquer. Et on me dit souvent que je parle très doucement pour une malentendante.»

Un autre bruit qui la dérange: la sirène des pompiers, dont la caserne se situe non loin de chez elle. «Quand j’ouvre la fenêtre, je baisse mon sonotone, sinon c’est difficilement supportable.»

Si ce trouble est lié dans son cas à son ouïe défectueuse, «les personnes souffrant d’acouphènes mais ne présentant pas de surdité peuvent aussi développer une hypersensibilité auditive aux bruits de la vie quotidienne, même pour des sons habituellement bien tolérés, explique Raphaël Maire. On parle dans ce cas d’hyperacousie.»

Loin de se laisser abattre, Simone Jeannet, qui est par ailleurs la présidente de l’Association des malentendants de La Côte, estime n’être pas trop mal lotie. «Certaines personnes vivent mal cette situation. Pour ma part, mes acouphènes ne m’empêchent pas de dormir la nuit. J’ai appris à les accepter.»

Un trouble dont on ne peut pas se débarrasser

Car il n’existe aucun traitement pour se débarrasser de ces nuisances sonores. «Ni chirurgie, ni pilule miracle, reconnaît Raphaël Maire. Tout ce que nous pouvons faire, c’est améliorer le vécu des patients, en les aidant par exemple à développer des stratégies comportementales pour s’habituer aux acouphènes, pour casser le cercle vicieux de la réaction émotionnelle négative.»

Dans l’optique d’obtenir une habituation à l’acouphène, il existe aussi une thérapie spécifique qui propose le port de petits appareils générateurs de bruits et portés par le patient durant la journée:

L’idée étant de court-circuiter, la perception sonore de l’acouphène en apportant un vrai son de faible intensité.

Différents essais sont par ailleurs en cours dans le but de trouver un traitement efficace. En attendant, les patients se tournent parfois vers des thérapies alternatives telles que la sophrologie (lire encadré). Et Raphaël Maire d’approuver: «Toute technique de relaxation est la bienvenue.»

Auteur: Tania Araman