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6 janvier 2014

Voiture électrique: l’avenir de la mobilité individuelle?

Les Verts veulent un parc automobile 100% écologique d’ici à 2050. Pour cela, ils misent principalement sur les voitures électriques qui, pour l’heure, ne séduisent pas beaucoup d’automobilistes. Tour de la question avec des spécialistes suisses de l’électromobilité.

La voiture 
électrique 
connaîtra-t-elle l’avenir 
prometteur que 
lui souhaitent 
les Verts?
La voiture électrique 
connaîtra-t-elle l’avenir 
prometteur que 
lui souhaitent 
les Verts?

Un trafic sans émission de CO2, voilà à quoi rêvent les Verts pour un avenir qu’ils situent à l’horizon 2050. Et ce vœu, ils l’ont inscrit tout récemment dans une résolution. En gros, ce texte prévoit de favoriser les voitures électriques au détriment des autres modes de propulsion. Comment? En introduisant notamment un bonus à l’achat ainsi qu’une tarification de la mobilité calculée sur le principe du pollueur-payeur, et en équipant les places de parc traditionnelles de bornes de recharge.

Que ce soient la Dr Suzanne Wegmann, directrice de e’mobile (association qui s’engage en faveur de la commercialisation des véhicules électriques ou carburant à l’énergie renouvelable), Krispin Romang, responsable politique et projets auprès de Swiss eMobility (association qui a une approche plutôt économique et politique des problèmes de mobilité) ou Gerhard Tubandt, porte-parole de l’ ATE , tous s’accordent à dire que cette initiative des Verts va dans la bonne direction, même si elle leur paraît un brin ambitieuse.

Suzanne Wegmann, directrice de e'mobile.
Suzanne Wegmann, directrice de e'mobile.
Parc automobile suisse: total des voitures de tourisme selon le carburant et l’année.
Parc automobile suisse: total des voitures de tourisme selon le carburant et l’année.

On les comprend. Car force est de constater que les véhicules de ce type ne courent pas les routes aujourd’hui. Avec 1758 unités recensées en 2012 (voir tableau ci-dessous), ils ne représentent qu’à peine plus de 0,04% de l’ensemble des voitures de tourisme roulant dans notre pays. C’est une goutte d’eau dans une marée noire! Une goutte d’eau qui pourrait se faire bientôt ruisseau puisque l’offre en modèles E s’étoffe de salon en salon et les ventes grimpent timidement d’année en année, mais qui ne semble pas encore prête à se transformer en océan. En tout cas pas tant que l’auto à électrons souffrira, comme le relève Suzanne Wegmann, «de préjugés négatifs».

1) Trop chère, la voiture électrique?

Gerhard Tubandt, porte-parole de l'ATE.
Gerhard Tubandt, porte-parole de l'ATE.

Actuellement, il faut débourser nettement plus d’argent pour acquérir une voiture électrique qu’un modèle classique comparable. «La Renault Zoé, la Nissan Leaf ou la Mitsubishi iMiEV coûtent entre 20 000 et 45 000 francs. C’est un prix élevé pour de petits modèles», confirme Gerhard Tubandt. «En tenant compte de tous les coûts – achat, amortissement, entretien, courant –, on estime que rouler à l’électricité plutôt qu’à l’essence commence à devenir meilleur marché à partir de 16 000 km parcourus», nuance encore Krispin Romang.

2) Faible autonomie: vraiment un défaut?

Nos trois spécialistes admettent, en revanche, que les électromobiles n’arrivent pas encore à parcourir de longues distances. Lors du test de la Renault Zoé , Leïla Rölli, chroniqueuse auto à Migros Magazine , a constaté que celle-ci avait une autonomie d’à peine 140 km. Et elle ne l’avait pas conduite en hiver quand le chauffage entraîne une surconsommation d’électricité. Conclusion: «une parfaite citadine». Une alternative intéressante lorsque l’on sait que 46% des trajets en voiture (selon le «microrecensement mobilité et transports 2010» de la Confédération) ne dépassent pas les… 5 km!

3) Un manque de bornes de recharge à pallier

Autre talon d’Achille présumé de l’électromobilité: le manque chronique de bornes de recharge. Dans notre pays, on en compte environ 800 pour près de 1800 véhicules recensés. Leur nombre s’accroît toutefois chaque année grâce notamment à Swiss eMobility qui, via son projet Evite , construit avec des fonds privés un réseau de recharge rapide couvrant l’ensemble du territoire suisse. Au moins 150 colonnes accessibles 24 heures sur 24 seront ainsi installées dans la première phase de ce vaste chantier. Et il ne faut pas oublier que les détenteurs de e-véhicules font la plupart du temps le plein d’énergie à domicile…

4) Des voitures finalement pas si écolos

«Les voitures électriques ne sont ni propres, ni écologiques, ni vertes.» Cette sentence a été rendue récemment en France par le «Jury de déontologie publicitaire» à l’encontre des constructeurs d’électromobiles. Partie plaignante, l’Observatoire du nucléaire français a profité de cette occasion pour redire qu’une auto, électrique ou non, était toujours source de pollution (énergie dépensée pour fabriquer le véhicule, pour le faire rouler et pour le recycler).

En fait, la relative propreté de la voiture électrique dépend essentiellement du choix du courant qui la fait avancer. Si sa propulsion est assurée par de l’électricité provenant d’une centrale à charbon, son bilan carbone sera aussi mauvais que celui d’un quatre-roues à essence ou à diesel. A l’inverse, si un moteur à électrons est alimenté par de l’énergie renouvelable, il sera écologiquement imbattable. A noter que le mix électrique suisse contient une bonne proportion d’énergie nucléaire ainsi que du courant importé issu de combustibles fossiles.

5) Trop dispendieuse en énergie?

Beaucoup prétendent qu’il faudrait construire une centrale nucléaire supplémentaire si tout le monde choisissait de rouler à l’électricité. Faux, selon nos experts, qui rappellent que ces véhicules se rechargent en général la nuit quand la demande en courant est moindre. Ils n’avancent, par contre, pas les mêmes chiffres concernant cet éventuel surcroît de consommation. La directrice de l’association e’mobile parle d’une hausse de 10% pour un parc automobile 100% électrique. Le représentant de Swiss eMobility la situe entre 12 et 15%. Le porte-parole de l’ATE, lui, l’évalue à quelque 20%.

Au final, ces trois spécialistes estiment que la voiture électrique tiendra un rôle important, pour ne pas dire fondamental, dans la mobilité du futur. Parce qu’elle est efficace énergétiquement, silencieuse et n’émet pas de CO2 en se mouvant. Il reste bien sûr des problèmes techniques et économiques à résoudre pour qu’elle devienne réellement attractive. Pas de quoi entamer la confiance de Suzanne Wegmann: «Les obstacles et les préjugés vont de plus en plus disparaître.» Elle invite les sceptiques à l’essayer afin qu’ils se fassent leur propre idée.

Krisping Romang, responsable politique et projets auprès de Swiss eMobility.
Krisping Romang, responsable politique et projets auprès de Swiss eMobility.

«Pourquoi acheter une voiture de 250 chevaux qui consomme 6,5 litres d’essence aux cent pour rester bouchonné entre Lausanne et Genève», s’interroge Krispin Romang? Pour lui, «on utilisera toujours davantage les moyens de transport les plus efficients pour chaque trajet.» Ce qui réjouit Gerhard Tubandt qui souligne, si besoin était, que «la mobilité écologique, c’est d’abord le train, le vélo et la marche à pied»!

Auteur: Alain Portner

Photographe: Grafilu (illustrations)