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22 mars 2014

Vol à l'astuce: 22, v'là les (faux) flics!

Depuis quelques mois, Genève connaît une recrudescence de vols à l’astuce d’un genre un peu particulier, les malfrats prenant l’apparence de faux policiers ou de faux plombiers. Analyse d’un phénomène.

Illustration montrant deux faux policiers et un faux plombier pour illustrer un article sur le vol à l'astuce.

On sonne à votre porte... Attention, danger! Derrière l’apparence rassurante d’un livreur de fleurs, d’une assistante sociale ou même d’un policier se cache peut-être un rusé voleur à la technique bien rodée. Les vols dits «à la fausse qualité» connaissent actuellement une recrudescence dans le canton de Genève. «Depuis le mois de novembre, nous recensons environ trois ou quatre cas par semaine, déplore Giovanni Martinelli, chef de la brigade des vols et incendies de la police judiciaire cantonale. Qu’il s’agisse de simples tentatives ou d’opérations couronnées de succès.»

Imaginez la scène... On sonne à votre porte, donc. Derrière le judas (bien nommé, pour l’occasion), un plombier. Mandaté par la gérance pour s’assurer de la bonne marche de la tuyauterie, explique-t-il. Vous le faites entrer. Rapidement, il vous met à contribution: pourriez-vous contrôler, s’il vous plaît, que l’eau coule bien dans la salle de bain? Vous vous exécutez, lui laissant la voie libre pour explorer votre appartement. Il finit par repartir: vous ne vous doutez de rien.

Peu après, nouveau coup de sonnette. Il s’agit cette fois-ci de deux policiers, encadrant ledit plombier. Ce dernier est un voleur bien connu de leurs services, vous annoncent-ils. Ils brandissent d’ailleurs une babiole qui, il y a quelques minutes seulement, se trouvait dans votre salon. Les prétendues forces de l’ordre sont là pour vérifier que rien d’autre n’a été dérobé. Vous faites ensemble le tour du propriétaire, histoire de vous assurer que bijoux et argent n’ont pas disparu de leurs cachettes. Tout y est. L’un des policiers s’attarde dans chaque pièce, raflant vos valeurs, tandis que vous poursuivez le chemin avec son acolyte et le faux plombier. Tout trois s’en vont finalement, butin en poche. En toute impunité.

Le mode opératoire des voleurs résumé en images

Un faux plombier sonne à la porte de sa victime. Illustration Andrea Caprez.
Un faux plombier sonne à la porte de sa victime.
Le faux plombier assure être mandaté par la gérance pour s'assurer de la bonne marche de la tuyauterie.
Le faux plombier assure être mandaté par la gérance pour s'assurer de la bonne marche de la tuyauterie.
Le faux plombier dérobe une babiole puis repart
Le faux plombier dérobe une babiole puis repart.
De faux policiers sonnent chez la victime pour lui annoncer que le plombier a commis un vol chez elle.
De faux policiers sonnent chez la victime pour lui annoncer que le plombier a commis un vol chez elle.
Sous le prétexte de vérifier que rien d’autre n’a été volé, l’un des faux policiers s’attarde dans chaque pièce et en profite pour rafler les valeurs de sa victime.
Sous le prétexte de vérifier que rien d’autre n’a été volé, l’un des faux policiers s’attarde dans chaque pièce et en profite pour rafler les valeurs de sa victime.
Les trois malfrats s'en vont finalement, butin en poche.
Les trois malfrats s'en vont finalement, butin en poche.

Personnes âgées visées en premier lieu

Giovanni Martinelli, chef de la brigade des vols et incendies de la police judiciaire cantonale de Genève.
Giovanni Martinelli, chef de la brigade des vols et incendies de la police judiciaire cantonale.Photo: LDD.

Rares en effet sont les cas qui peuvent être élucidés, relève Giovanni Martinelli. «Bien souvent, les victimes ne se rendent pas compte tout de suite qu’elles ont été flouées et nous préviennent donc plusieurs heures après le méfait. Par ailleurs, comme il s’agit en premier lieu de personnes âgées – ciblées par les malfaiteurs sur les marchés, dans les centres commerciaux ou encore les offices de poste – elles peinent à nous donner un signalement précis des voleurs.»

Un important choc émotionnel

Et si les malfaiteurs ont rarement recours à la violence – à moins qu’ils n’éveillent les soupçons de leur victime et qu’ils ne se sentent alors en danger, auquel cas ils n’hésiteront pas à la bousculer – le préjudice causé peut s’avérer important. «Il se chiffre parfois à plusieurs milliers de francs, les personnes âgées ayant souvent tendance à conserver chez elles leurs économies», poursuit Giovanni Martinelli. A ne pas oublier également le choc émotionnel occasionné: les victimes se sentent coupables de s’être fait berner et ont même honte d’en parler à leur propre famille.

Pourtant, Gérard Crausaz, chef de la section des infractions contre le patrimoine de la police judiciaire cantonale genevoise, estime «compréhensible de se laisser embobiner, notamment lorsqu’il s’agit de faux policiers: les personnes âgées viennent d’un temps où il existait un profond sentiment de confiance envers les forces de l’ordre. Lorsqu’ils entendent le mot police, ils hésitent rarement à ouvrir leur porte.»

Comme il est quasiment impossible de retrouver la trace de ces voleurs – «Ils agissent dans tous les quartiers de la ville et leur mode opératoire est par définition très discret» – la police entend bien prendre des mesures en amont pour réduire le nombre d’infractions.

Nous misons sur la prévention afin de sensibiliser les victimes potentielles.»

Un mot d’ordre: n’ouvrir sa porte que si l’on peut vérifier l’identité de son visiteur. En téléphonant par exemple à la gérance pour s’assurer qu’elle a bien envoyé un plombier ou en exigeant d’un prétendu policier son numéro de matricule. «S’il en fournit un, il suffit d’appeler le 117 pour contrôler qu’il s’agit d’un réel agent», conseille Giovanni Martinelli.»

Une exception genevoise, ces vols à la fausse qualité? Contactés, les services de police des autres cantons romands affirment ne devoir faire face qu’à quelques cas isolés. «La particularité de Genève, c’est sa proximité avec la frontière, explique le chef de brigade. Il se trouve que ce genre d’infractions est le fait de gitans français. Et comme ils maîtrisent parfaitement la langue et la parlent sans accent, ils n’éveillent pas trop les soupçons.»

En revanche, aucune région de Suisse romande n’est épargnée par d’autres catégories de vols dits «à l’astuce». «Il en existe un panel impressionnant, reconnaît Gérard Crausaz. En la matière, les voleurs ne manquent pas d’imagination, nous ne sommes pas au bout de nos surprises!»

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Andrea Caprez (illustration)