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26 septembre 2016

Championnats suisses de voltige aérienne: voler avec les as des as

L’élite des pilotes amateurs de Suisse s’est donné rendez-vous au début du mois sur l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains, à l’occasion des championnats nationaux de voltige aérienne. Ces chevaliers du ciel se sont affrontés dans une ambiance bon enfant, malgré l’intense préparation qu’a demandée la compétition.

L’Extra 200, un biplace de 200 chevaux, est l’appareil sur lequel vole Fabrice Seuret.

Huit heures du matin en ce vendredi 9 septembre sur l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains (VD), déjà écrasé de soleil. Une quarantaine de pilotes écoutent attentivement, comme à chaque fois depuis le début de la semaine, les instructions de Daniel Goetschi, directeur technique des championnats suisses de voltige aérienne. Parmi eux, des juges internationaux venus tout spécialement pour l’événement. Une rivalité détendue règne parmi l’élite des pilotes du pays capables d’aligner les loopings à l’intérieur d’un «box», soit l’espace du concours formant un cube d’un kilomètre sur un kilomètre, virtuellement dessiné au-dessus de l’aérodrome.

La météo est parfaite, tout comme le terrain. Situé sur un vaste plateau, avec une grande piste longue de près de 490 mètres et un horizon plat, disposant des repères facilement assimilables du lac de Neuchâtel, du Jura et des établissements de la plaine de l’Orbe, l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains reste connu et apprécié dans toute la Suisse.

C’est aussi l’un des seuls où le «box» est marqué au sol, et où l’on peut donc venir s’entraîner à la voltige quasiment toute l’année»,

explique Fabrice Seuret. Pensionnaire de l’endroit depuis 8 ans, vice-président du Groupe de voltige de l’Air-Club d’Yverdon qui compte plus de 150 membres, ce quadra sportif pilote depuis près de 20 ans, mais n’a que 5 ans de voltige derrière lui. «La crème de la crème», souffle-t-il, des étoiles dans les yeux. Cette semaine, il participe à sa première compétition nationale de voltige. «Mais nous sommes plusieurs à nous entraîner et concourir ensemble.» Les horaires viennent de tomber. Il s’agira de l’équivalence aérienne du programme imposé en patinage ou gymnastique: un certain nombre de figures (dont la simple vue demande de solides habilités géométriques) devront être effectuées dans l’ordre de manière aussi fluide que possible et en demeurant à l’intérieur du «box». Le vol dure dix minutes, dont la moitié sont consacrées aux figures, que certains répètent en mimant les trajectoires avec leurs bras. Fabrice s’élancera en fin de matinée. Voire après le repas de midi s’il y a un peu de retard. «Le règlement est très strict pour éviter d’occasionner trop de nuisances autour de l’aédrome. Nous sommes idéalement situés à l’écart des habitations, mais il s’agit de respecter autant que possible la quiétude des riverains.»

Des heures d’attente, donc, pas si faciles à gérer puisque Fabrice doit rester concentré mais avec le moins de stress possible. Véritable passion pour chacun ici, le pilotage d’un avion reste de toute manière un sport très exigeant, et pas seulement financièrement.

En voltige, il y a beaucoup de travail et de répétitions pour quelques minutes où il faut être à son maximum.»

Les avions dédiés doivent donc être bien plus performants, avec des commandes plus précises et une puissance supérieure, de 150 à 500 ch.

Voler, un rêve d’enfant

Fabrice Seuret vole sur l’un des avions du club, un Extra 200, un biplace de 200 ch. «Nous l’avons acheté en 2011. Bien entretenu, il volera pendant 30 ans et plus», se réjouit Daniel Goetschi. Ce qui s’avère fortement souhaitable, vu le prix de l’engin qui se loue… à la ­minute!

Comme Fabrice Seuret, Daniel Goetschi, la soixantaine alerte, travaille aux CFF. Ce qui n’est pas forcément très fréquent dans un sport qui coûte cher, et qui compte donc forcément un maximum de professions libérales aisées. Avant de conduire des trains, il a été mécanicien moto et a aussi tenu un magasin de surf du côté de Lausanne. Sa licence de pilote d’avion, il l’a passée à 55 ans.

Avec, tout de suite, la voltige derrière. Enfant, je voulais devenir pilote militaire puis la vie m’a fait prendre d’autres directions. Mais voler était resté comme un rêve non réalisé.

«Là, je suis toujours plutôt en forme. Mes enfants sont grands. Il reste un peu plus d’argent à la fin du mois et puis il y a un aérodrome près de là où j’habite depuis quatre ans, à Wohlen (AG).»

Trente-quatre compétiteurs, trente dans le comité d’organisation: placée sous le patronage de l’Association suisse de voltige (SAA), cette compétition tournant en alternance dans différents aérodromes du pays demande pas mal de préparation. Daniel Goetschi la chapeaute pour la quatrième fois et s’est servi de contacts noués aux championnats du monde, alors qu’il oeuvrait comme team manager de l’équipe suisse, pour faire venir d’ailleurs une poignée de juges apparemment plutôt ravis d’être là. Il faut dire que le ciel est resté bleu toute la semaine, les températures quasi caniculaires et l’ambiance bon enfant. Et si l’alcool reste naturellement proscrit parmi les pilotes en journée, les soirées deviennent plus festives. «Mais moi je n’en sais rien. Après avoir couru partout, je suis crevé et je vais me coucher. C’est comme le pilotage en compétition, je laisse ça aux jeunes», sourit le patron de la manifestation.

Un podium au final

11 h 10. Fabrice sent la tension monter d’un bon cran. Plus que quatre concurrents avant lui dans cette catégorie «sports- men», porte d’entrée de la voltige de compétition. Il y en a trois autres: les «intermédiaires», qui ont volé les premiers, les «advanced» et les «unlimited», qui est celle où sera décerné le titre de champion suisse. A chaque fois, la difficulté des figures augmente d’un palier et donc de force G subie pendant le vol. Chez les «unlimited», elle équivaut parfois à dix fois le poids du corps. Evidemment, à l’inverse, moins on est proche du niveau professionnel, plus on vole haut. Il faudra donc écarquiller un peu les yeux pour apercevoir l’évolution des figures reçues – et donc mémorisées – depuis la veille seulement. La semaine a commencé par une phase de vol. Puis chacun a dû créer un ensemble de figures avec un nombre de points minimal, et enfin, aujourd’hui, ce vol connu depuis 24 heures.

Le mime répété reste la meilleure façon de les apprendre»,

ajoute Fabrice avant de retourner dans sa bulle peuplée de quelques-unes des centaines de figures que contient le bréviaire de tout as de la voltige.

11 h 45. Cette fois, c’est l’heure. Le plein et les contrôles usuels de tout pilote avant de monter dans le cockpit ont été effectués. Un petit groupe de copains scrute le ciel alors que Fabrice Suret s’envole.

Toujours dans le sens du vent, ça porte l’avion. Ça peut donc changer en cours de journée»,

explique Eric. A 70 ans, cet éternel membre, qui a longtemps tenu le restaurant du club avec son épouse, vient toujours admirer les vols même s’il ne pratique plus lui-même depuis des années.

Pour cette première participation, Fabrice n’a pas de grandes ambitions. Son but est de faire de son mieux au sein de sa catégorie. En fait, les précédentes journées l’ont propulsé au troisième rang. Et évidemment, pour cet ultime vol, il aimerait bien conserver cette place inattendue sur le podium. D’où, aussi, un peu plus de pression que prévu au moment de s’élancer. «Je crois que c’est allé. Pas de grosse erreur, à part, peut-être, une dernière figure un peu en dehors, ce qui devrait me valoir une pénalité. Mais je suis content de moi, j’ai pris beaucoup de plaisir à voler et je n’ai pas démérité.» Oh que non! Vendredi soir tomberont les résultats finaux avec, pour lui, une belle seconde place.

Texte: © Migros Magazine / Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Yannic Bartolozzi