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7 mars 2016

Vos déchets? Ils les trient pour vous

Trois jeunes entrepreneurs genevois proposent un service d’un genre nouveau aux habitants de leur commune: la collecte et le tri des ordures recyclables. Avec l’idée d’étendre leur business ailleurs dans leur canton, et pourquoi pas au-delà.

L’équipe de Trimalin: Benjamin Lopes, Valérie Hächler et Flavio Rocha (de gauche à droite).
L’équipe de Trimalin: Benjamin Lopes, Valérie Hächler et Flavio Rocha (de gauche à droite).

N’avez-vous jamais souhaité, fainéantise aidant, voir disparaître comme par magie les vieux papiers, bouteilles en pet et capsules à café qui s’accumulent inexorablement dans votre appartement? C’est bel et bien en pestant, du fond de leur canapé, contre les sacs qui s’amoncelaient sur leur balcon que les Genevois Flavio Rocha, Valérie Hächler et Benjamin Lopes ont, en novembre dernier, flairé la bonne idée: n’y aurait-il pas un créneau à exploiter? Ils n’étaient certainement pas les seuls à remettre au lendemain (voire à la saint-glinglin) leur visite à la déchetterie… Pourquoi ne pas proposer à leurs prochains un service d’un genre nouveau, à savoir la récolte et le tri hebdomadaires de leurs ordures recyclables?

Le client dépose le sac plein sur son paillasson que vient chercher et remplacer Trimalin.
Le client dépose le sac plein sur son paillasson que vient chercher et remplacer Trimalin.

L’histoire montre qu’ils ont eu le nez fin. Aujourd’hui, six mois après avoir lancé leur business, baptisé Trimalin, les trois jeunes entrepreneurs peuvent déjà compter sur près de cinquante clients. A Carouge (GE), leur commune, là où tout a commencé, et depuis peu Champel. «A terme, l’idée serait de desservir tout Genève, et même au-delà, s’enthousiasme Flavio Rocha, 25 ans. Il y a déjà de la demande sur Nyon (VD) et Gland (VD).»

Un triporteur électrique… et écologique!

Pour l’heure, c’est sur la place du marché de la cité sarde, Carouge, que nous retrouvons Benjamin Lopes, 24 ans, au beau milieu de sa tournée hebdomadaire. Juché sur son triporteur électrique – conscience écologique oblige – il nous entraîne chez son prochain client. «Les profils sont assez différents. Il s’agit tout aussi bien de personnes âgées ou à mobilité réduite qui ne peuvent se rendre à la déchetterie que de familles ou de jeunes qui n’ont pas le temps ou l’envie de se consacrer à cette tâche, tout en étant conscients de l’importance du tri.»

Facile de trier ses déchets avec un sac compartimenté.
Facile de trier ses déchets avec un sac compartimenté.

Nous voilà arrivés à destination. Après avoir récupéré dans l’énorme coffre de son triporteur un «sakatri» (lire encadré) aux décorations ultra-tendance – «Ils nous ont été offerts par le canton de Genève, dans le cadre de sa campagne Le tri, c’est chic.» – Benjamin Lopes vérifie le code de l’immeuble sur son portable et nous nous engouffrons dans l’allée. Sur le paillasson de son client, il récupère un sac rempli de déchets et y dépose le vide, que lui ou son comparse Flavio Rocha viendra chercher la semaine suivante. «Nous essayons d’alterner les collectes, chacun de nous effectuant des petits mandats à droite à gauche pour faire bouillir la marmite.»

Les deux jeunes hommes, voisins de longue date, se sont en effet écartés de leur formation initiale de comptabilité et de commerce pour lancer leur entreprise. N’hésitant pas à accepter des petits boulots sur des chantiers le temps que leur rêve se réalise. «Dans l’idéal, nous aimerions remplir deux semaines de travail à plein temps avec la collecte et le tri des déchets. Et dégager suffisamment de bénéfices pour toucher un salaire.» De son côté, Valérie Hächler, colocataire de Flavio et, à 23 ans, benjamine du trio, poursuit son apprentissage de laborantine en biologie et s’occupe de la gestion administrative de Trimalin.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos déchets. Et intéressons-nous de près à ce bien curieux véhicule dans le coffre duquel Benjamin Lopes range à présent son butin. «C’était notre plus gros investissement. Nous voulions rester genevois, quitte à payer un peu plus cher. Finalement, nous avons choisi le plus onéreux, mais aussi le plus costaud: comme il s’agissait d’un investissement à long terme, il nous en fallait un qui tiendrait sur la durée.» Il n’est pas exclu toutefois qu’ils changent un jour le modèle de leur coffre. «Cet été, nous en avons vu un muni d’un panneau solaire pour recharger la batterie du vélo électrique.» Un pas de plus pour la protection de la planète…

Valérie Hächler gère le volet administratif de Trimalin dans un café.
Valérie Hächler gère le volet administratif de Trimalin dans un café.

Après avoir récolté un sac chez un deuxième client, avec qui Benjamin Lopes en a profité pour taper un brin de causette – «C’est un aspect que j’aime bien dans ce travail, le côté social: j’ai l’impression que certaines personnes âgées attendent même un peu notre passage» – cap sur la déchetterie.

Comme il y en a plusieurs sur la commune, je m’arrête dès que j’en croise une ou que mon coffre est bien rempli.»

En une dizaine de minutes, il a tôt fait de jeter bouteilles en verre ou en pet, cartons et plastique dans les poubelles adéquates.

Un projet qui tombe à pic

«Bien que nous soyons une entreprise, la voirie nous autorise à utiliser ses centres de tri. En revanche, nous ne devons pas sortir les déchets de Carouge, de crainte de fausser les chiffres. Mais d’une manière générale, notre démarche a été bien accueillie par la commune.» Il faut dire que le trio tombait à pic, Genève ayant récemment adopté un nouveau plan de gestion des déchets, avec comme objectif un taux de recyclage de 50%. Rappelons que le canton du bout du lac est l’un des rares à ne pas avoir introduit de taxe poubelle.

Les collaborateurs de l’entreprise éliminent les déchets dans les centres de tri.
Les collaborateurs de l’entreprise éliminent les déchets dans les centres de tri.

«Et même s’il venait à adopter cette mesure, cela ne changerait pas grand-chose pour notre entreprise, assure Flavio Rocha. Les gens préféreront alléger leurs sacs taxés en nous confiant tout ce qui n’est pas ordure ménagère.» Il faut dire que l’abonnement chez Trimalin reste très bon marché: 5 francs pour une récolte hebdomadaire. «Nous tenions à proposer un service sérieux pour un prix symbolique.»

De l’aide tous azimuts

Si quelques doutes subsistaient au lancement du projet – les habitants de Carouge seraient-ils réellement prêts à débourser cette somme? – ils se sont vite envolés. «Nous avons fait pas mal de publicité au début, à l’aide de flyers, et ensuite cela a fonctionné par le bouche à oreille», raconte Benjamin Lopes. Le trio a également bénéficié de l’aide de son entourage, entre un cousin juriste qui a démêlé les enjeux légaux d’une telle entreprise, et un ami graphiste qui a conçu leur site internet.

Mais trêve de bavardage. Le jeune homme enfourche une nouvelle fois son triporteur pour se rendre chez un dernier client à Champel. Pas peur de la montée qui l’attend pour rejoindre ce quartier situé sur les hauteurs de Genève?

Heureusement que le vélo est électrique! Mais j’aime me balader, même en hiver. Je préfère cela à rester huit heures enfermé devant un ordinateur…» 

Migros Magazine - © Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Guillaume Mégevand