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27 août 2012

Vous aimez l’école? Remerciez Luther!

Des premières traces scolaires en 3400 avant Jésus-Christ à Luther et son école publique obligatoire, les voies de l'éducation ont été diverses et passionnantes.

Dessin d'un lanceur de poids tenant un crayon et un taille-crayons
En Helvétie, 
les Romains 
ont créé un 
réseau d’écoles municipales.

Sacré Charlemagne, et dire qu’on lui a consacré une chanson… Mais il faut que je vous l’avoue: ce n’est pas lui qui a inventé l’école!

Parce qu’on en a retrouvé les premières traces, sous la forme de tablettes gravées en écriture cunéiforme, en Mésopotamie déjà (dès 3400 avant Jésus-Christ). Dans notre bonne vieille Helvétie, les Romains ont créé un réseau d’écoles municipales dans les premiers siècles de notre ère! C’est la faute aux barbares si ce système s’est désintégré dès le Ve siècle. Avec la naissance du christianisme, les religieux ont bien repris le flambeau, mais timidement, avec leurs premières écoles monacales dont deux célèbres à Saint-Gall et Engelberg.

Bon, c’est vrai que dès la fin du VIIIe siècle, Charlemagne s’est passablement inquiété de l’état de l’éducation… de la noblesse surtout. La plupart de ces enfants bien nés ne savaient pas lire. Premier ministre de l’Education de tous les temps, Alcun, son bras droit, a développé les premiers plans d’études. Au menu: grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, géométrie, musique et astronomie. Les sept arts libéraux de l’Antiquité.

Les enfants de bourgeois ont ensuite gentiment pu s’asseoir sur des bancs d’école dès le XIe siècle. Puis les Grands de Rome ont essayé de prôner la gratuité générale des écoles, pour que les pauvres ne restent pas sur le carreau. Belle intention.

En Suisse, c’est Luther (1524) qui a eu la bonne idée d’une école publique obligatoire, m’explique Simone Forster, qui a écrit le très instructif L’école et ses réformes (Presses polytechniques et universitaires romandes). C’est que la Réforme a révolutionné l’éducation: les cantons protestants ont connu une bien plus grande avancée que leurs voisins catholiques. On peut les remercier bien bas: ce sont eux qui ont supprimé l’étude du latin dans l’apprentissage de la lecture! Avant, ces pauvres élèves parlaient le patois à la maison, l’enseignement était donné en Hoch­deutsch ou français à l’école et en plus ils apprenaient à lire en latin. Et dire qu’on s’inquiète aujourd’hui du nombre de langues à ingurgiter dès les premières années...

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck