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16 septembre 2013

Le Laos, pays des cascades et des grottes

Dans l’Asie du sud-est, le Laos demeure encore très peu touché par le tourisme. Véritable oasis de verdure, ses trésors se cachent loin des villes.

L’archipel de Phan Don, à l’extrémité sud du Laos, est 
un véritable havre de paix.
L’archipel de Phan Don, à l’extrémité sud du Laos, est 
un véritable havre de paix.

Sabaidy! Bonjour. Retenez bien ce mot, car tout au long de votre voyage, les enfants courront autour de vous en agitant la main, les femmes vous souriront quand les hommes inclineront la tête avec respect. Nulle part au monde les gens ne se révèlent si gentils et accueillants. Outre leurs marchés grouillants et quelques beaux bâtiments issus de la colonisation française, les petites villes de ce pays communiste ne représentent que peu d’intérêt.

Il faut en sortir, à vélo, en voiture, à pied, peu importe. Vérification lors d’un tour à moto. A Thakhek, dans le sud, un groupe de cinq personnes s’est formé pour effectuer «La grande boucle», un tour de 400 kilomètres qui s’effectue en trois à cinq jours, à travers les provinces reculées de Mahaxai et Bolikhamsai, dans un paysage digne de la baie de Halong. Seuls les camions en route vers le Vietnam passent par là. Sinon, la route est à nous. Le plan consiste en un vague dessin sur lequel sont esquissées stations d’essence, cascades et grottes dignes d'intérêt.

Première pause de midi, au bord de la route. Sans que l’on ait demandé quoi que ce soit, une femme nous apporte une soupe de nouilles. Au Laos, elles demeurent l’une des rares alternatives au riz.

Les machines ronronnent à une vitesse de croisière de 50 km/h. Fatigués, nous arrivons dans un petit village. Une vieille dame s’approche et nous propose de dormir chez elle. «Chez elle» consiste en une hutte sur pilotis dont la pièce principale est ouverte sur l’extérieur. Dans un coin, la «chambre d’amis» se résume à quelques coussins déposés à même le sol, cachés par un rideau.

La télévision diffuse en permanence. Dehors, un trou entouré de quatre murs est ce qui se rapproche le plus des commodités. Dong s’exprime en gestes, elle nous explique qu’elle a trois garçons et qu’elle vend des boissons à l’entrée de la grotte voisine. Après un repas composé de riz gluant, de poisson grillé et d’épinards, place à la cérémonie du Baci: l’invité tient une poignée de riz dans sa main, pendant que l’hôte récite une litanie invoquant bonheur et bonne chance, avant de nouer un bracelet à son bras. La poignée de riz passe de main en main et les éclats de rire illuminent la nuit.

De bon matin (tout le monde se lève avec le soleil, vers 5 h), nous partons visiter la grotte de Kong Lor et sa rivière souterraine longue de sept kilomètres. Elle se traverse à la lampe frontale, en bateau. De l’autre côté de la montagne, une nouvelle vallée s’ouvre.

Quelques heures plus loin, nous arrivons dans le plus grand désastre environnemental de l’Asie du sud-est de ces derniers années: pour répondre à la demande croissante en énergie, le pays a construit un immense barrage, inondant des centaines de kilomètres carrés. C’est un paysage de désolation que nous traversons en silence. Les arbres morts. Et comme si cela ne suffisait pas, un incendie a ravagé une partie du reste de la forêt.

Tout pour les sportifs

Après un petit arrêt dans la capitale, Vientiane (où l’on trouve les meilleures pâtisseries du pays), nous rejoignons Vang Vieng. Entourée de montagnes pointues, la petite ville est le point de départ pour tous les sportifs: sur les crêtes en escalade, le long des vallées en mountain bike ou en kayak le long de la rivière Nam Song. Caché à sept kilomètres de là, un lagon d’un bleu turquoise incroyable incite à la baignade en toute discrétion – les Laotiens sont très pudiques, ils nagent tout habillés –, avant de visiter la grotte attenante, à la lampe frontale. Gageons que d’ici quelques années, tout ceci n’existera plus, un chemin à travers la grotte sera aménagé, un éclairage posé, et il ne sera plus possible de barboter tranquillement. Tout le monde se retrouve a Vang Vieng pour une descente de trois kilomètres en tubing sur la rivière.

Un mystère archéologique en danger

Place à l’histoire, avec la visite de la plaine des jarres, à Phonsavan, dans l’est du pays. Sur une surface de 1000 km2, des jarres dont certaines atteignent trois mètres de haut, jonchent le sol, sans qu’on ne parvienne à expliquer leur présence. L’hypothèse qu’elles ont servi d’urnes funéraires est contredite par l’absence de toute trace de vie humaine contemporaine aux alentours. Candidate au patrimoine de l’UNESCO en mai 2012, la capitale provinciale a directement rejoint la liste des sites menacés du Global Heritage Fund, de par le nombre important de mines non explosées dans la région. Le centre d’information de la ville fournit de précieux renseignements à ce sujet. Sur un tableau noir sont répertoriés les accidents liés aux mines de l’année écoulée. «Le pays ne peut pas se développer tant que certaines terres demeureront incultivables à cause des mines», explique-t-on chez Mines Advisory Group, une ONG présente au Laos.

Le meilleur pour la fin

Luang Prabang est une ville qui se mérite: la route qui y mène traverse les montagnes. Le bus se dandine, accélère, freine, peine à la montée, prend des courbes dangereuses à la descente. L’arrivée dans la ville aux trente-deux temples n’en sera que plus belle. Il suffit de flâner dans ses rues au charme désuet, de s’arrêter pour boire un jus de fruits frais ou de s’installer sur l’une des nombreuses terrasses donnant sur le Mékong, avec un bon livre. Car, que ce soit dans le sud aux «Quatre mille îles», dans la capitale culturelle ou n’importe où le long du grand fleuve, le plus beau moment de la journée, au Laos, consiste à admirer le coucher de soleil sur l’eau.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Mélanie Haab, Getty Images, Mauritius Images,