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29 juin 2015

Voyages: éviter les dangers

Entre microbes, moustiques, accidents sur la route ou ailleurs, le plus beau des périples peut parfois laisser de très mauvais souvenirs. Voire parfois gravement détériorer la santé. Petits rappels et précautions.

Illustration d'un homme au lit, sous une moustiquaire, en train de chasser des moustiques en pleine nuit
Les moustiques peuvent transmettre de nombreuses maladies.

Tout le monde ou presque voyage, et de plus en plus loin. Pour en revenir des magnifiques paysages et autres souvenirs plein la tête. Hélas, retourner des tropiques peut aussi être synonyme de cauchemar en cas de traumatisme sur le lieu des vacances ou si l’on ramène dans ses bagages un vilain microbe. Malaria, turista, dengue et chikungunya, fièvre jaune, hépatites mais aussi rage: plus ou moins graves, ces maladies du voyageur ne doivent pas être prises à la légère.

Ainsi, quelques précautions s’imposent avant et pendant le séjour pour éviter un pépin de santé, voire pire. Médecin cheffe de la clinique de médecine tropicale auprès des HUG (hôpitaux universitaires de Genève), Christelle Weibel nous aide à faire le point. En commençant par rappeler qu’un carnet de vaccination bien tenu à jour est indispensable pour voyager en régions tropicales et subtropicales, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’hépatite et la rougeole, maladie virale très contagieuse et encore très largement répandue.

Les comportements à risque

On ne parle pas ici de comportements sexuels, quoiqu’il faille rappeler que les infections sexuellement transmissibles ou IST (le HIV, certes, mais il en existe une vingtaine d’autres!) sont nombreuses et très présentes dans les pays du Sud comme ailleurs. Et que l’on s’en protège de la même manière qu’on se protège du sida: par l’usage d’un préservatif.

Il s’agit plutôt de voyageurs inexpérimentés profitant d’une offre de dernière minute et se retrouvant dans un pays exotique sans préparation.

Certains ignorent encore qu’il faut absolument éviter de se baigner dans des eaux douces et stagnantes.»

De même, les hôpitaux accueillent un nombre croissant de voyageurs enfants (et parfois adultes) revenant d’un pays d’origine de la famille. «On va séjourner dans la famille du papa ou de la maman, et on oublie que l’on ne possède pas du tout les mêmes armes immunitaires que les gens vivant sur place.»

Route: prudence!

En 2012, selon l’OFS (Office fédéral de la statistique), la population résidante suisse a effectué 12,9 millions de voyages à l’étranger, dont 8% en dehors de l’Europe. Quand on part pour des régions lointaines, on est censé se soucier des vaccinations et autres prophylaxies. «Ce qui est très bien, mais en fait,

la première cause de mortalité à l’étranger reste les accidents de la route,

Dessin d'une personne avec des béquilles et entourée de bandelettes  de pansement.
A l’étranger non plus, on n'est pas à l'abri d'accidents routiers.

rappelle Christelle Weibel. Deux raisons au moins à cela: d’abord, même l’automobiliste aguerri se voit soudain plongé dans une circulation dont les règles et les codes sont parfois très éloignés de ses habitudes. Autant dire que le côté très «réglé» de la conduite en Suisse n’a pas toujours grand-chose à voir avec les pratiques de nombre de pays du Sud. Et puis il semble que la chaleur, le soleil et les vacances fassent parfois perdre de vue des règles de sécurité élémentaires: ceinture en voiture, équipement de protection en deux-roues passent souvent à la trappe. Une mauvaise idée, donc.

La diarrhée du voyageur

La turista n’est pas célèbre pour rien: causée par de nombreux germes dont des bactéries, virus et parasites, elle reste largement la maladie la plus fréquente lors des déplacements lointains. Selon une étude américaine de 2011, sur 100 millions d’Occidentaux séjournant dans des pays à risques chaque année, 40 millions développeraient cette forme de gastroentérite aiguë. Le plus souvent, elle évolue spontanément vers la guérison, «et les symptômes disparaissent après quelques jours, sans traitement spécifique.»

Mais ce sont quand même des jours de vacances bien moins agréables que prévu, avec également une attention particulière à la réhydratation, surtout chez les enfants. Une minorité voit les diarrhées se prolonger au delà de deux jours, accompagnées parfois de sang dans les selles et de fièvre: il vaut mieux alors consulter un médecin, et parfois prendre un traitement antibiotique.

Autant donc éviter de l’attraper, d’autant que cela passe par des règles assez simples:

consommer de l’eau minérale en bouteille plutôt que celle du robinet, ne manger que des aliments cuits, éviter avant tout les crudités, les fruits déjà pelés, les glaçons, les pâtisseries et les produits laitiers.»

C’est la fameuse devise anglo-saxonne: «Cook it, boil it, peel it or forget it» («Cuis-le, bous-le, pèle-le ou laisse-le tomber», ndlr).

Christelle Weibel insiste aussi sur l’hygiène des mains. Se laver systématiquement les mains avant de manger (la fameuse solution hydro-alcoolique est une bonne idée), et ne pas les sécher avec le linge brunâtre des toilettes du troquet. On notera que ces mesures d’hygiène s’avèrent également utiles contre d’autres risques infectieux à faible risque de transmission tels que la fièvre typhoïde ou le choléra.

Fièvre jaune

Dessin d'une personne en train de grelotter sous une couverture.
N'hésitez pas à consulter si une fièvre importante et soudaine vous prend.

Cette maladie virale hémorragique est transmise par certains moustiques en Afrique subsaharienne (mais pas australe) et dans les zones tropicales d’Amérique du sud touchant le bassin amazonien, et ce, jusqu’à 2500 mètres d’altitude. Les moustiques transmettent le virus d’une personne à l’autre, ce qui explique d’importantes épidémies dans les zones endémiques. Les symptômes vont d’un état grippal à de la jaunisse avec des saignements potentiellement mortels.

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), cette maladie toucherait près de 200’000 personnes, causant 30’000 décès par année. «Mais comme il existe un vaccin très efficace – à prendre chez un médecin spécialisé – les gens, ici, sont plutôt bien protégés, note Christelle Weibel. Les pays les plus touchés demandent une preuve du vaccin avant d’autoriser l’entrée sur le territoire.»

Paludisme (malaria)

S’il est une maladie associée aux tropiques depuis toujours, c’est bien cette maladie parasitaire transmise par des moustiques piquant la nuit. Elle se manifeste après une petite semaine au minimum par un état grippal et de la fièvre (avec parfois de la diarrhée et des vomissements) pouvant potentiellement amener à la mort sans traitement, et sévit dans de nombreuses zones tropicales et subtropicales du monde, en général en dessous de 2000 mètres d’altitude.

Chaque année, des milliers de voyageurs en sont atteints, et les HUG accueillent en moyenne un patient infecté chaque semaine, malgré un traitement préventif très efficace (mais pas de vaccin). «Il existe désormais sous forme de trois traitements (méfloquine, mais aussi atovaquone/proguanil et doxycycline) avec différents types de prise et effets secondaires. On peut donc l’adapter selon la personne, l’endroit ou le type de séjour. Toute personne se rendant dans une zone à haut risque devrait le prendre scrupuleusement avant, pendant et après le séjour.» Pour les endroits à risque modéré, il existe également des traitements de secours.

En termes de prévention, deux règles de base: dormir dans une chambre et un lit équipés de moustiquaires, et porter des habits longs, de couleur claire, en imprégnant ses vêtements et surtout les parties exposées d’une lotion anti-moustique efficace.

Dengue/chikungunya

Dessin d'un homme exaspéré en train de chasser un moustique.
Les moustiques sont énervants, et en plus, il faut s'en méfier!

Dans les deux cas, ce sont à nouveau les moustiques qui sont à l’œuvre. Le fameux moustique tigre Aedes, que l’on sait en train de remonter dans le sud de l’Europe. On s’en protège d’autant plus difficilement «qu’ils sont actifs durant la journée, surtout à l’aube et au crépuscule», proliférant à côté des habitations et se reproduisant dans des flaques, récipients, intérieurs de pneus humides, etc. La période de transmission augmente durant la saison des pluies.

Les régions touchées? Afrique subsaharienne, Asie du Sud-Est, ainsi que dans le Pacifique et l’Amérique centrale et du Sud pour la dengue; sous-continent indien et îles de l’océan Indien d’abord pour le chikungunya, désormais également dans les Caraïbes, en Amérique centrale et du Sud, ainsi que dans le Pacifique. La Réunion a récemment été touchée.

Il n’existe ni vaccin, ni traitement préventif. Il convient de se protéger au maximum des piqûres de moustique avec les recommandations habituelles. Si l’on est malgré tout infecté, «il faut attendre que cela passe», en sachant que la maladie s’avère rarement très grave (sauf chez les nouveau-nés ou les personnes âgées) mais peut être invalidante. Une forme de dengue, dite hémorragique, s’accompagne d’intenses maux de ventre, de saignements du nez, des gencives ou sous la peau et peut être mortelle. Il ne faut donc pas négliger ce type de signaux d’alarme.

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Daniel Müller (illustrations)