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8 novembre 2014

William Winram, l'apnéiste qui nage avec les requins

Recordman du monde d’apnée, William Winram met ses capacités de mammifère (presque) marin au service des requins et de ceux qui les étudient. Rencontre à la piscine du Grand-Lancy (GE).

william winram, recordman du monde d'apnée
William Winram: «A quelques nuances près, tous les requins ont un comportement similaire. Ils sont sensibles et intelligents, ils peuvent être doux et paisibles, mais ça reste des prédateurs.»

William Winram revient tout juste du Mozambique avant de repartir bientôt pour le Mexique. Entre ces deux expéditions scientifiques (il participe activement à des études sur les requins, mais nous en reparlerons), ce natif de Vancouver fait une courte halte à Genève, sa ville d’adoption.

William Winram à la piscine du Grand-Lancy (GE).
William Winram à la piscine du Grand-Lancy (GE).

Nous retrouvons donc ce champion d’apnée à la piscine du Grand-Lancy, là où il vient s’entraîner lorsqu’il n’est pas à l’étranger. «Le matin avant l’ouverture et jamais seul», insiste-t-il. Cet homme-poisson craindrait-il de se noyer dans cette gouille!!?

Tu risques toujours de faire une syncope. Et s’il n’y a personne pour t’aider à ce moment-là, tu es mort!

Ce Canadien ne badine pas avec la sécurité. Il a été à bonne école: son père était plongeur volontaire dans une escouade de premiers secours, et c’est avec lui qu’il a fait son baptême en piscine. «J’avais 3 ans, je m’accrochais à son cou et il nageait sous l’eau. Quand je n’en pouvais plus, je le lâchais, je remontais et ma mère me cueillait à la surface.»

Il se lance tardivement dans la compétition

S’il a été un apnéiste précoce, il ne s’est en revanche frotté à la compétition que tardivement. «J’avais passé le cap des 40 ans.» Très vite, il truste les podiums, alors que ses concurrents sont deux fois moins âgés que lui. Son secret? «J’ai grandi dans l’eau», se marre-t-il. Et il pratique depuis des décennies divers arts martiaux (taï-chi, qi gong…) ainsi que le yoga.

Né sous une bonne étoile de mer, ce stakhanoviste multiplie les exploits. Pour n’en citer que deux: la traversée en apnée et sans palmes de l’arche du Blue Hole en mer Rouge (ce corridor long de 30 m se situe à 58 m de profondeur), et le record du monde – 145 m! – en poids variable (descente à l’aide d’une gueuse comme dans Le Grand Bleu et remontée en monopalme).

Vidéo: le record du monde de William Winram. Source: Youtube

A chaque fois, ce mammifère (presque) marin se glisse dans l’onde et se laisse tomber.

Je ne ressens pas de transe dans ces moments-là. Je suis simplement relax, en état de conscience, comme lorsque je médite.

Pas d’ivresse des profondeurs? «Si parfois, mais je gère.» Pas de transe? «On va au fond, mais pas pour y rester», précise Michèle, sa complice et compagne.

Jamais à bout de souffle, William Winram (site personnel en anglais) ne se contente pas de buller au milieu des flots. Il aime aussi folâtrer avec les squales. «Tout petit, cet animal me fascinait déjà.» Une rencontre inopinée avec un spécimen de 4 mètres – «Sans doute le seul requin tigre végétarien au monde. Ahahah!» – attisera cette passion, toujours dévorante aujourd’hui.

Depuis, il multiplie les rendez-vous avec ces poissons à la mauvaise réputation. En plongée libre, sans cage ni équipement de protection. «On ne peut vraiment les côtoyer qu’en apnée parce qu’on est alors des mammifères et non des aliens avec des bouteilles qui font du bruit et des bulles.» A ce jour, il a nagé en compagnie d’une vingtaine d’espèces différentes. «A quelques nuances près, tous ont un comportement similaire. Ils sont sensibles et intelligents, il peuvent être doux et paisibles, mais ça reste des prédateurs.»

Qu’il s’agit d’approcher avec circonspection: on ne danse pas avec des grands requins blancs en leur écrasant les ailerons! Comme dans un bal de débutantes, il faut éviter toute brusquerie, trouver la bonne distance.

Tout un art que ce quinqua aux yeux forcément bleus maîtrise à merveille et met au service des squales et de ceux qui les étudient. Avec Michèle, il a même créé en 2011 The Watermen Project (site en anglais), une fondation à but non lucratif enregistrée à Lancy, dont la mission est la conservation de l’écosystème marin, plus particulièrement la préservation des requins.

Cette année, avec les fonds récoltés, William Winram participe à des expéditions scientifiques aux Bahamas, au Mozambique et au Mexique.

Son rôle? Marquer ses protégés à l’aide de balises afin d’en apprendre davantage sur les mœurs de ces aussi efficaces que discrets prédateurs. Quand on s’est séparé, il s’apprêtait d’ailleurs à repartir, à quitter le Léman pour retrouver l’océan...

Vidéo: la bande-annonce du film Great White Shark 3D dans lequel William Winram a tourné. Sortie prévue en Europe dans le courant de 2015. Source: Youtube.

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Anna Pizzolante