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11 août 2014

Winterthour, l’oubliée des grandes villes suisses

Malgré sa sixième place au rang des cités helvétiques les plus peuplées, Winterthour peine encore à se faire connaître des Romands. La deuxième localité du canton de Zurich a pourtant bien plus d’un atout en main…

La Katharina-Sulzer- Platz, nom de l'épouse de Johann Jacob Sulzer qui a lancé la célèbre fonderie éponyme en 1834.
La Katharina-Sulzer-Platz, nom de l'épouse de Johann Jacob Sulzer qui a lancé la célèbre fonderie éponyme en 1834.

A Winterthour on s’ennuie, la ville est moche, industrielle et peuplée par des banlieusards zurichois en mal de logements. Oubliez ces préjugés! Tout juste franchi le hall de la gare principale, se dressent déjà les premiers bâtiments qui s’ouvrent sur la vieille ville. Avant de vous y engouffrer, jetez un coup d’œil à gauche pour découvrir l’un des symboles de la cité, la «Roter Turm» qui culmine à 95 mètres. Tournez maintenant la tête sur la droite et vous apercevrez la toute nouvelle place de la gare avec son audacieux toit translucide, revêtu d’une immense tôle d’aluminium perforée. Le ton est donné. Winterthour, c’est d’abord un superbe mélange architectural.

Les trois grandes fontaines de la Steinberggasse (à g.) rendent la vieille ville particulièrement agréable en été.
Les trois grandes fontaines de la Steinberggasse (à g.) rendent la vieille ville particulièrement agréable en été.

Engageons-nous à présent dans le vieux bourg, entièrement réservé aux piétons et cyclistes, par la Marktgasse, son artère principale. La longue rue, toute droite, rassemble la plupart des grandes enseignes. «Il faut savoir s’échapper de cette rue pour dénicher les trésors cachés de la vieille ville», souffle notre guide Ursula Saner Davare de Winterthour Tourisme. Ne craignez pas d’emprunter les petites ruelles qui traversent parfois de magnifiques cours intérieures!»

Suivant ses conseils, nous prenons un petit passage qui nous mène jusqu’à la partie la plus ancienne de la cité. Ce quartier fut bâti à l’époque où Winterthour était encore dirigée par les comtes de Kybourg. Dès 1264, il y a exactement 750 ans, la ville est offerte en héritage à la famille Habsbourg. Winterthour se voit alors attribuer son «droit de cité».

Après un rapide coup d’œil à l’intérieur de la principale église de la ville et ses vitraux signés Augusto Giacometti, nous nous rendons sur la Steinberggasse, la rue la plus large du bourg médiéval. «Malgré sa taille, l’artère était occupée au Moyen Age par des habitants peu fortunés, principalement des artisans», indique la guide. Aujourd’hui l’endroit est particulièrement apprécié en été grâce à ses trois grandes fontaines signées Donald Judd, artiste minimaliste américain. «L’après-midi, les enfants s’y baignent. Et quand la nuit tombe, c’est au tour des adultes!»

L’eau a plutôt tendance à se montrer discrète à Winterthour. Si la ville n’est pas adjacente à un lac, il existe bien une rivière qui la traverse: l’Eulach. Mais le cours d’eau est souterrain dans tout le centre-ville. Peu importe! La ville regorge d’autres richesses. Faisons une avancée rapide dans le temps pour en découvrir la suite…

A gauche, le bâtiment qui accueillera la bibliothèque de la Haute école zurichoise en sciences appliquées. A droite, près de la place de la gare.
A gauche, le bâtiment qui accueillera la bibliothèque de la Haute Ecole zurichoise en sciences appliquées. A droite, près de la place de la gare.

Une friche aussi grande que la vieille ville

Winterthour a connu un véritable essor à partir de 1855, date de l’arrivée du chemin de fer. C’est justement à proximité des rails, de l’autre côté de la gare principale, que la révolution industrielle a démarré. Nous voici dans l’aire Sulzer, (lien en allemand ou anglais) du nom de la célèbre entreprise active dans le secteur de l’industrie des machines qui occupait les lieux jusqu’en 1989. «La surface de cette friche est équivalente à celle de la vieille ville, explique la guide. Certains bâtiments ont déjà été transformés, plusieurs sont en travaux… et d’autres n’en sont qu’au stade de projet.»

Vues intérieure et extérieure du «Kesselhaus» à Winterthur.
Vues intérieure et extérieure du «Kesselhaus».

A l’entrée du quartier, on tombe sur la «Kesselhaus», (lien en allemand) autrement dit la «maison du chaudron». Si le bâtiment de briques jaunes abrite aujourd’hui six salles de cinéma, des commerces, bars et restaurants, il fournissait autrefois l’énergie pour toute la zone industrielle. Une fonction que l’on devine grâce aux deux cheminées qui trônent sur son toit. Ursula Saner Davare:

La fumée était très appréciée à l’époque, précise Elle était le signe que l’économie se portait bien!

Une fonderie qui a occupé de 12 à 14 000 ouvriers

Un peu plus loin, nous apercevons le plus important chantier que connaît actuellement le quartier. Il y a d’abord l’«Hektarenhalle», une immense halle à la structure d’acier d’une superficie d’un hectare et qui servait autrefois à tester les moteurs de bateaux fabriqués sur place. Le bâtiment sera investi dès la fin de l’année par presque toute l’administration de la ville ainsi que par des employés de l’assurance Axa Winterthur, pour un total d’environ 2000 places de travail. La deuxième halle, avec sa façade courbée de style Bauhaus, abritera quant à elle la future bibliothèque de la Haute Ecole zurichoise en sciences appliquées.

Derrière ces grands bâtiments, une petite maison au toit triangulaire a su traverser les époques. «Il s’agit de la construction la plus ancienne du site, la première fonderie créée par Johann Jacob Sulzer en 1834. A l’époque, l’entreprise ne comptait que 12 ouvriers. Pour culminer à 14 000 à son apogée en 1966.»

Juste derrière, se trouve la Katharina-Sulzer-Platz, du nom de l’épouse du fondateur de l’entreprise.

Une véritable femme d’affaires! Lorsque son mari fut décédé et que sa propre santé devenait trop fragile, elle exigeait que les cadres se réunissent une fois par semaine autour de son lit, pour ne rien manquer de leurs discussions.

La Katharina-Sulzer-Platz est bordée sur un côté par un bâtiment de briques qui accueille à présent des lofts. De l’autre, se dresse une magnifique halle qui sert de parking.
La Katharina-Sulzer-Platz est bordée sur un côté par un bâtiment de briques qui accueille à présent des lofts. De l’autre, se dresse une magnifique halle qui sert de parking.

L’immense place rectangulaire est bordée sur un côté par un bâtiment de briques qui accueille à présent des lofts. De l’autre, se dresse une magnifique halle qui sert de parking. La ville prévoit de la transformer prochainement en un grand centre d’événements.

La visite s’achève par la place la plus emblématique du quartier, la Lagerplatz. Ici, pas de projets immobiliers de grande ampleur. On a au contraire laissé libres les locataires d’y développer leurs propres activités. Aujourd’hui, avec son auberge de jeunesse, ses bars, boutiques et autres ateliers d’artistes, il est devenu l’un des endroits les plus branchés de la cité.

Nous voilà convaincus, les habitants de Winterthour n’ont décidément pas grand-chose à envier à leurs fiers voisins de Zurich…

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Kuster Frey Fotografie