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3 octobre 2014

Ça coûte combien la liberté?

La chronique de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

J’ai quitté mon job et mon pays totalement obsédé par une question: ça coûte combien, la liberté?
L’autre jour sur Times Square, quand j’ai dû demander à Bart Simpson le numéro de mobile du naked Cow-Boy (pour mon premier boulot) j’ai trouvé cher, la liberté.

Anyway, comme on dit ici. Réaliser deux jolies «cartes postales» pour la télévision valaisanne Canal9 et une série de portraits pour Le Nouvelliste m’a comblé. Merci les gars pour la confiance. On se tient au jus pour les élections. Au cas où la bande à Mickey pourrait me filer le numéro d’Hillary…

L’immense avantage dans le métier de journaliste libre, c’est qu’on est libre. Mais l’idée, c’est de ne pas l’être trop souvent. C’est avec, en tête, ce postulat coluchien que j’ai pris l’habitude de dévaler les avenues de Manhattan, en métro, à pied ou à vélo, chargé comme une mule.

J’ai un sac au dos, une caméra, un trépied. A ma façon, très loin des bombardements sur Alep et des djihadistes-décapiteurs de l’Etat islamique, je risque ma vie entre les camions et les taxis, grisé par cette recherche de liberté (et de sujets). Ça y est. Je suis un self-made-man, bosseur, fiable et (avis aux rédacteurs en chef) facilement joignable par email.

On rigole. Mais, sérieux, on touche là à la moelle de l’Amérique que je convoite. Cette Amérique sans honte et sans préjugés. Où tu es ce que tu es. Point. Où tu n’as pas besoin d’essayer d’être autre chose.

-Hey Xavier! You come from Sweden (sic)? Coooool!
-You’re a journalist? Coooool!

Tu bosses au Washington Post, tu écris pour un blog avec trois abonnés et demi, tu rêves de remixer la Cucaracha à la flûte de Pan sur Reflektor d’Arcade Fire et jouer ton chef-d’œuvre dans le métro?

Vas-y, c’est cooool! Parce que c’est toi. Et parce que, au moins, tu le fais.

Au cours de mes éprouvantes déambulations initiatiques, j’ai rencontré quelques artistes expatriés. Ils/elles sont tous(tes) venu(e)s chercher la même chose. Le vertige, le frisson, l’inspiration de la Grande Pomme, mais aussi la fragilité, la remise en question, la faille. Avec l’idée qu’ils seront moins jugés sur le résultat que sur le chemin qui les y a menés.

Après un peu moins de deux mois à New York, elle ressemble à ça, mon Amérique. J’ai de quoi faire mes courses chez Key Food. Quand les petits partent à l’école, ils savent que papa part au boulot. A l’horizon, quelques sujets en préparation, donc quelques jolies rencontres. Et, déjà, un début de réponse à ma question:

je crois que la liberté, ça coûte à peu près ce que ça rapporte.

P.S.: Je me suis fait voler mon vélo hier devant chez moi. Je n'ai jamais été aussi libre. Mais à pied.

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez