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9 janvier 2015

Eloge du Neocitran

La chronique hebdomadaire de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

Un drugstore new-yorkais où l'on trouve des chaussettes, des chips, du poulet et des médicaments.
Dans un drugstore new-yorkais, on trouve de tout: des chaussettes, des chips, du poulet et des médicaments.

Je ne prends jamais le taxi à New York. Ou presque. J’aime le métro, la couleur, la fantaisie, le chaos. Lorsque, pour l’exception commode, je saute dans un «cab», j’essaie de tailler une bavette avec le chauffeur. C’est à tous les coups dépaysant, parfois très éclairant.

Voici ce que le gentil Pakistanais m’a dit l’autre jour, entre Dumbo et Park Slope, après une récente visite de sa mère dans la Grande Pomme:

Elle pense qu’ici à New York, nous sommes en prison, dans nos petits appartements.

On a bien ri. On savait qu’au fond elle avait un peu raison.

Ma femme, nos gosses et moi nous sommes habitués à la vie en cellule, mais j’ai vraiment compris la bonne dame de Peshawar le week-end dernier, alors qu’une vilaine grippe me clouait à la maison. Dehors: Manhattan qui m’appelle, la mégapole de mes rêves, un repas de fête dans une brasserie, Matisse au MoMa. Et moi, lamentablement paralysé dans ma bedroom.

J’ai quand même pu, dû, sortir de ma cage pour me soigner. La lente marche du zombie jusque chez Duane Reade, à deux blocs (il y a toujours un Duane Reade à deux blocs, où que tu vives).

C’est, comment dire, un voyage en soi.

Chez Duane Reade, ils vendent des chaussettes, des chips, du poulet. Et des médicaments.

Des étagères entières de médicaments. C’est simple: comme dans tous les bons drugstores américains, ils vendent à peu près tous les médicaments dont tu rêves quand un vilain microbe est en train de te terrasser et te voler du crédit new-yorkais. J’ai acheté des gouttes pour le nez et des vitamines C mais j’aurais très bien pu ramener plusieurs kilos de somnifères et de surpuissants antidouleurs. Le tout sans ordonnance.

Avec le neurone qu’il me restait, je me suis rappelé les ratés de ce permissif et laxiste système de vente de drogues «over the counter». La prescription trop facile de «pain killer» contre le cancer a par exemple conduit des milliers d’Américains à des addictions à l’héroïne. Mais là, je digresse. Peut-être même que je divague.

Revenons donc à l’essentiel: moi et ma grippe. Chez Duane Reade, tu trouves de tout… sauf du Neocitran. No way. Je n’aurais pas pensé l’écrire un jour mais, bon sang, qu’est-ce que j’aurais donné pour un Neocitran. Voilà: c’était le cri du cœur d’un Suisse grippé, ambassadeur de Toblerone et Novartis à New York.

Auteur: Xavier Filliez