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23 octobre 2014

A l’école des «leaders»

Je craignais pour la malbouffe. J’avais quelques angoisses pour la sécurité. Petit flip aussi côté intégration. Mais sur le programme scolaire, franchement, j’étais tooooootalement zen. Conscience tranquille, validé par l’OCDE: la Suisse crève les scores aux tests PISA, c’est pas les yankees qui vont nous apprendre. Ou bien?

Balthazar en train de s'exercer à écrire son prénom.
Exercices d'écriture et apprentissage de l'alphabet en pre-K (1ère enfantine): la routine aux USA.

Eh bien, brutal retour sur Terre et bonne claque à mon ego, tous les soirs, depuis deux mois, à l’heure des devoirs. Ou devrais-je dire aux deux heures et demie des devoirs. Balthazar, 4 ans, en pre-K (première enfantine), apprend à écrire et doit connaître les lettres de l’alphabet.

Les enfants en train de faire leurs devoirs à la maison.
Séance "homework" de fin de journée. Le programme bilingue (français-anglais) de l'école publique PS133 à Brooklyn dans la classe de Romane (7 ans) peut nécessiter plus de deux heures de travail certains soirs.

Romane, 7 ans, 2nd grade (deuxième primaire) fait des études de textes dans les deux langues. Et quand elle galère en maths, «ça n’a rien à voir avec son anglais», dit l’adorable et chronophage Mister Goetz qui fait désormais partie de la famille. Si souvent, si longtemps, avec nous, dans notre salon.

Conclusion, à la mi-semestre: pour le fromage, les montres et le chocolat, on est toujours très en avance sur les Américains. Mais pour faire de nos enfants des leaders, on a deux ou trois siècles de retard. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: faire de nos enfants des LEADERS.

Comme dans un Jack Canfield ou Anthony Robbins («Libérez le pouvoir qui est en vous»), la méthode éducative, au sein de l’école PS 133, est inspirée d’un best-seller de développement personnel, «Les sept habitudes des gens efficaces», signé Steven R. Covey.

On nous l’a expliqué, l’autre soir, dans le grand auditoire. La lumière déclinait comme un soleil couchant sur le drapeau des Etats-Unis. Ce n’étaient là que nos premiers frissons de néo-patriotes. Gravés sur DVD, les témoignages s’enchaînèrent, d’enfants, de parents, d’enseignants, à travers le pays (et le monde), vantant le pouvoir du programme «The leader in me».

Sept préceptes, résumés ici: être proactif, commencer par l’urgent, commencer avec un objectif en tête, penser win-win, chercher d’abord à comprendre (puis à être compris), synergiser, s’auto-éduquer perpétuellement. Intermède symphonique. Presque les larmes. Romane, Balthazar, mes petits Playmobil, bientôt des leaders.

Tout ça pour dire qu’entre les lunchs à la cantine et les exercices de lockdown (simulation d’un petit Columbine), les gosses ne chôment vraiment pas, à l’école en Amérique. Et devinez quoi: ce qu’on demande aux enfants, on le demande aussi aux parents.

Estelle en train d'aider un enfant à faire son plateau de repas.
La société américaine repose sur le "volunteering" (bénévolat) dans de nombreux secteurs, y compris l'éducation. Estelle aide en classe trois matinées par semaine.

Recherche de volontaires pour les cours du soir. Nombreuses sollicitations par le biais de forums Google (très pratiques par ailleurs pour échanger sur le homework de la semaine): le «volunteering» (bénévolat), ici, se décline à toutes les sauces.

Comme on se voyait mal ne pas jouer le jeu, trois matinées par semaine, ma femme Estelle retourne à l’école, elle aussi. Elle assiste l’assistante de la maîtresse dans la classe de notre fils. Je partage son enthousiasme. J’admire son engagement. Mais, comment dire, il faudra qu’on fasse, très vite, le bilan. Si, elle aussi, elle applique les sept préceptes, à Noël, je vais me retrouver avec trois leaders à la maison.

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez