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26 décembre 2014

Le Noël des sardines

La chronique hebdomadaire de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

A New York, la magie de Noël, c’est de caser six personnes dans un appartement qui fait la taille d’une caravane.
A New York, la magie de Noël, c’est de caser six personnes dans un appartement qui fait la taille d’une caravane.

Pardonnez mon cynisme mais la Suisse ne me manque pas: je n’aime pas skier sur l’herbe. MDR. Sans doute vos incantations aux flocons n’y ont-elles rien changé: à l’heure où vous lisez ce billet, Noël ressemble à juillet. Je vous souhaite une GROSSE tempête.

Ici, c’est déjà la bourrasque, dans les cœurs et dans notre deux-pièces-cuisine.

Ça a commencé dimanche, à JFK. Les enfants avaient des fourmis dans les jambes. Nous, on trépignait. Quand les Lego et la Petite Arvine sont arrivés (avec Josiane et Jean-Max), on a tous flanché.

Accessoirement, Balthazar et Romane ont étreint leur grand-papa et leur grand-maman comme s’ils ne les avaient plus vus depuis quatre mois et demi. En retour, ceux-ci ont juré de ne plus les lâcher. Ils ne croyaient pas si bien dire.

A New York, la magie de Noël, c’est de caser six personnes dans un appartement qui fait la taille d’une caravane. D’y adjoindre un sapin. De se croiser dans les couloirs sans se déboîter une épaule. De gérer religieusement son temps de salle de bain.

D’échouer, chacun son tour, sur le canapé, pour s’éloigner de la tronçonneuse dissimulée dans le nez du plus fatigué. De réussir à joindre le superintendant pour réparer le chauffage. De s’aménager un bureau au milieu du chaos. De trouver le bon resto, au bon prix, au bon endroit. D’éviter la marée de touristes. D’être ce mélange subtil entre le chouette cantinier, l’irréprochable beau-fils et le sympathique (mais pas trop encombrant) guide touristique.

Je l’écris ici, non pas parce que j’aime partager mon album de famille mais pour tuer quelques naïfs préjugés estampillés «dolce vita» et «Fifth Avenue». Avis à ceux qui convoitent notre sofa - c’est fou la popularité d’un sofa new-yorkais: tout, à New York, pour une famille de classe moyenne, est question de logistique, de gestion du temps et de budget.

Cela étant dit: les sardines se sentent comme au Waldorf Astoria. Dehors, l’odeur des marrons grillés. Dedans, le tire-bouchon qu’on se passe à l’indienne. La joie d’être ensemble. Et de jolis messages de Suisse qui nous caressent comme les premiers flocons. Pardon, j’arrête là. Allez, bon été.

© Migros Magazine - Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez