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13 mars 2015

Let it go

A tous les rois du «lâcher-prise», passez votre chemin. Aux autres, je recommande vivement l’expérience d’une expatriation en famille.

Moment de détente au salon avec lecture en famille sur le canapé
Dans une aventure comme celle de l'expatriation en famille, on est souvent entre deux mondes. Plus vraiment en Suisse, pas encore tout à fait installé aux Etats-Unis. Cela prend du temps de se créer un nouveau cocon.

New York, le Cambodge, le Paraguay, Rouen, au pire. Pile ou face, les yeux bandés sur une mappemonde, faites appel à un sourcier si vous manquez d’inspiration, mais please allez-y, c’est thérapeutique.

Il y a pile sept mois, on a fait ce choix… irrationnel d’aller vers l’inconnu. Pour combien de temps? On ne saurait trop dire. Y aura-t-il du travail comme journaliste indépendant? Vas-y si t’es un homme. Les enfants vont-ils s’intégrer? inch’Allah.

Quand tu fais un congé sabbatique, tu sais que tu vas vivre dans tes valises.

Quand tu pars à la conquête d’une autre vie avec ta femme et tes enfants, c’est pas tout à fait pareil. Tu es entre deux mondes.

L’Amérique, qui t’accueille et où tu aimerais bien rester le plus longtemps possible. Et la Suisse, qui te rattrape et où tu veux retourner mais pas tout de suite.

Les aléas de la paperasse, impôts, assurances, cartes bancaires: un conte universel qui, parfois, provoque quelques nuits blanches chez l'expatrié.
Les aléas de la paperasse, impôts, assurances, cartes bancaires: un conte universel qui, parfois, provoque quelques nuits blanches chez l'expatrié.

Ici, mille banalités, mille aléas, rythment le quotidien. Fraude à ta carte de débit. Con Edison (la compagnie d’électricité et gaz) que tu n’as pas eu le réflexe de contacter en emménageant t’annonce une facture salée. Time Warner Cable, qui vient réparer ton câble, laisse ta télé hors service. Une simple opération d’achats de billets d’avion pour les vacances en Suisse peut tourner au casse-tête parce que ta carte de crédit américaine de «nouveau client» plafonne.

Est-ce que ça existe, les assurances perte de gains pour les indépendants expatriés aux Etats-Unis? A quelle sauce va-t-on être mangé pour les impôts l’année prochaine? On trie? On classe? On garde les tickets? On décore l’appartement comme un cocon? C’est le nôtre, après tout? Et ces nouveaux copains, tu crois qu’ils peuvent devenir des amis?

Ne pas oublier d’envoyer le formulaire de cotisation facultative à l’AVS avant que le délai ne soit dépassé. Un jour, on sera vieux. Qu’est-ce qu’on fait de notre deuxième pilier?

Si vous avez besoin de points d’interrogation et de suppositions, appelez-moi, j’en ai une moisson.

Parfois, je me demande si le célibataire parti s’installer au Cambodge est dans le même état d’esprit que moi quand il compte ses coquillages sur la plage. Anxieux le lundi, libre comme le vent le mercredi: suis-je entre deux trous ou entre deux vagues? Qu’est-ce qui est provisoire? Qu’est-ce qui est durable? Comment accepter la loterie du lendemain?

Moi, j’ai deux techniques pour m’occuper la tête. House of Cards sur Netflix. Et les cours de sophrologie sur Youtube. La seconde, parfois, empiète sur la première. Je m’endors avant la fin d’un épisode. Je ne sais pas si c’est Kevin Spacey ou la sophro, mais je crois que je commence à lâcher prise. J’ai dit: je crois.

Auteur: Xavier Filliez