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10 avril 2015

New York, au jour de la Passion

Pour passer un bon «Easter Break» (vacances de Pâques) à New York, il faut admettre un fait douloureux: l’Américain classe «moyenne-supérieure», ascendant enfant gâté, transhume vers le sud et le soleil, Caroline, Floride if possible. Tant mieux, mais TANT MIEUX! Du coup, la ville est à nous. Avec des merveilles à chaque coin de rue.

Un homme déguisé en lapin à New York photo
On croise quelques lapins à New York entre les cultes et les banquets.

Dimanche matin, j’ai pris mon vélo et mon appareil photo pour ma petite procession pascale. Downtown Brooklyn: une interminable file de fervents devant l’église pentecôtiste Tabernacle Church. Atlantic Avenue et Dean Street: un Latino subversif déguisé en lapin rose qui distribue des caramels. Comme le lapin Frey mais en plus «fancy». Gowanus, des yo qui font des wheelings en motocross avec leurs casques en cloche. La routine.

Manhattan, NoLiTa. Autre quartier, autre culte. Il y a Martin, avachi sur des escaliers, partageant son maigre sandwich avec les pigeons, entre leurs fiantes et les bobos de Bowery Street. Ne lui parlez pas de vacances en Floride. Ni de classe moyenne. Encore moins de chasse aux œufs.

Martin, revenu de la mort, comme le Christ et rescapé du crack, le jour de Påques, à NoLiTa photo.
Martin, revenu de la mort, comme le Christ et rescapé du crack, le jour de Påques, à NoLiTa.

Pourtant, il ira à la messe ce soir. Pour fêter l’anniversaire de son décès, dit-il. Il y a pile cinquante-cinq ans, c’était le 5 avril 1960, après un accident de voiture, on le déclara cliniquement mort. Comme le Christ, Martin est revenu. C’est ensuite qu’il a traversé le désert. Vingt ans d’addiction au crack. Contrairement aux apparences, il n’est pas à la rue. Il loge dans un abri voisin et est abstinent depuis treize ans.

Je vous jure que je ne le fais jamais, mais je lui ai donné vingt dollars. Et j’ai repensé à mon coiffeur et barbier juif ouzbek, pestant contre son patron (juif aussi), qui ne comprenait pas son besoin d’avoir congé le week-end de «Passover» parce que totalement «money hungry» (obsédé par l’argent).

Avant une course de motos sauvage, un autre type de chemin de croix. Photo d'un homme sur une moto
Avant une course de motos sauvage, un autre type de chemin de croix.

Pâques juive, Pâques chrétienne, Pâques des pauvres, Pâques des nantis… La vie étant ce qu’elle est, mon épouse et moi avons répondu présent à une invitation à la résidence du Consul général de Suisse a NYC, l’Ambassadeur André Schaller et son épouse Brigitte, 640, Park Avenue. Ou le chef Yannick Germanier nous avait préparé un repas de fête dignement arrosé. Autour de la table, il y avait même un prêtre pour valider la Cène si j’ose dire, Father Alexandre Morard (visionnez son portrait en vidéo)de l’ONG Point cœur.

Rien, vraiment rien, n’est banal à New York. Et rien ne doit l’être. La magie de cette ville, pour moi, réside dans cette incontournable constatation au quotidien. Notre semaine de Pâques n’a pas dérogé à la règle. Pour dire tout ce que les bronzés de Key West et d’ailleurs ont manqué.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez