Archives
18 décembre 2014

Travel blues

La chronique hebdomadaire de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

Le Golden Gate Bridge de San Francisco (USA) illuminé de nuit

A gauche, le highway. A droite, un Burger King. Quand tu bourlingues en Amérique, tu finis forcément, à la tombée de la nuit, dans un miteux Motel 6, coincé entre une autoroute à six pistes et une usine à calories. C’est comme ça. C’est la vie. Et finalement, c’était pas tellement mieux dans les livres de Jack Kerouac.

Un motel états-unien de nuit avec des bonshommes de neige en décoration collés sur les fenêtre.
Un motel états-unien, comme on se les imagine.

Me voilà donc, durant deux semaines, taillant la route et le ciel pour une série de reportages avec un complice photographe, assumant fébrilement ma décision d’avoir laissé derrière, tout là-bas, en Suisse, le confort, la sécurité et le chocolat au goût de chocolat, pour aller vers le voyage, la liberté, les autres. Et le cheddar fondu.

Matériellement, l’équation est simple: si on vend bien, on sera rentables. Dans le cas contraire, on se sera endettés pour de drôles de vacances. Avec Didier, on a visité des plantations industrielles de cannabis à Denver, surpris un Père Noël en train de fumer des joints à Seattle, visité un centre de désintoxication digitale pour les adolescents addicts à World of Warcraft, rencontré Margrit Mondavi, la veuve (octogénaire mais toujours active) de Robert Mondavi (son portrait à lire bientôt dans Migros Magazine ) à Napa.

Passagers en attente.
Passagers en attente.

Extrême, l’Amérique? Tu peux vraiment dire ça quand tu as pris Delta en classe Eco d’est en ouest. Six heures de vol (qu’est-ce qu’il est grand ce pays!), avec un lamentable Jumbo Snack à 9$ comme lunch parce que tu es assis dans le siège 26B (au fond de l’avion) et que, arrivée au rang des prolétaires, voisins des toilettes, l’hôtesse est en rupture de sandwich. Avant ça, on a prêté nos paumes au détecteur de poudre d’explosif. Mais on est quand même passé avec un couteau suisse dans les bagages. Voila pour le ciel.

Sur terre, c’est tout aussi tartuffe. Tu le comprends d’emblée quand tu vas chercher ta voiture de location et que l’agent t’enfile quatre assurances dont - vérification faite - trois superflues qui t’auraient coûté un bras (500$ de surcoût pour 6 jours). Je m’étais presque fait à la coutume un peu sournoise de ne pas inclure la/les taxe(s) dans le prix des menus au restaurant. Idem pour les hôtels. Et pour les bagnoles. Pan dans les dents!

Sinon?

La routine d’un père expatrié qui perd quelques années de vie à chaque coup de fil de l’infirmerie, à l’école.

Ce coup-ci: la «nurse» (à 4000 kilomètres) me fait comprendre dans un vocabulaire sanglant que Balthazar a chuté lourdement contre un banc de la classe et a probablement perdu une dent avec des dégâts apparents aux gencives.

Appeler la CSS, inspirer, rassurer ton épouse au téléphone, expirer. Puis… exulter quand le diagnostic du médecin, une loooooooooonnnnnnngue heure plus tard, t’annonce que, finalement, c’est «plus de peur que de mal». Avec Didier, on a replongé la main dans notre boîte de Boules Lindor et on a taillé la route. Jusqu’au prochain motel.

@ Migros Magazine - Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez