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17 décembre 2012

Xenia: «On peut porter une minijupe et dire des choses intelligentes»

Elue plus belle femme de l’année par le magazine alémanique «Maxim», Xenia Tchoumitcheva est la Suissesse qui monte en cette fin 2012. Rencontre avec une fille qui n’a peur de rien.

Xenia Tchoumitcheva
Xenia Tchoumitcheva: «La Suisse m’a appris la précision, l’honnêteté dans le travail, le professionnalisme, des valeurs précieuses. »

Rencontrer Xenia Tchoumitcheva, c’est accepter de prendre place dans un agenda chargé comme celui d’une star hollywoodienne en promo. Car depuis qu’elle a été élue plus belle femme du pays par le magazine Maxim, le téléphone de la belle n’arrête pas de sonner. Entre Paris où elle était il y a deux semaines l’invitée de Laurent Ruquier dans son émission On n’est pas couché, Londres où elle vit une partie de l’année, la Suisse où elle revient régulièrement honorer des contrats et l’Italie où elle anime une émission télévisée, Miss Tchoumitcheva n’a pas une minute à elle. Elle nous a tout de même accordé une petite demi-heure à l’aéroport de Genève, au saut de l’avion qui l’amenait de Londres.

Vous fixez souvent vos rendez-vous à l’aéroport?

Tout le temps! Quand je travaille, je suis une vraie machine. Je suis toujours entre deux rendez-vous, entre deux jobs, et j’ai souvent très peu de temps. Je m’arrange pour aligner les rendez-vous, et cela commence dès mon arrivée à l’aéroport.

Entre deux avions, entre deux rendez-vous, entre Londres, Genève, Paris: vous vivez mille vies!

C’est vrai une partie du temps. En réalité, j’alterne entre des périodes de travail intense de dix à quinze jours et des plages de repos de cinq jours. Là, je rentre à Londres, où j’ai un appartement que j’adore, et je ne fais rien. Enfin j’essaie, car vous savez, le téléphone sonne tout le temps et il est presque impossible de ne pas décrocher.

Eteindre votre téléphone, c’est mission impossible?

J’avoue que c’est très difficile. Comme beaucoup de gens aujourd’hui, je suis un peu dépendante et j’ai besoin d’être connectée en permanence.

Pourquoi avez-vous décidé de vivre à Londres?

C’est une ville dont je suis tombée amoureuse il y a trois ans. J’y faisais alors un stage dans le monde de la finance. J’y avais aussi un petit copain. Nous avons rompu, mais je suis restée, car je me sens à la maison là-bas. Toutes les nationalités y sont représentées, on peut être assis au restaurant et avoir à côté de soi des gens de cinq ou six cultures différentes. C’est très enrichissant. Je parle aussi cinq langues, et il est difficile de localiser ma culture. Est-ce que je suis Russe, Suisse, Italienne ou de Londres?

J’ai l’impression d’être de partout et en même temps de nulle part.

C’est plutôt un avantage, non?

C’est un avantage et un désavantage. Par exemple, je me dis que j’aurai peut-être de la peine à trouver un mari, car j’estime qu’il est important d’avoir un background culturel commun. Et moi, j’ai beaucoup de peine à me situer, même si je suis bien évidemment Européenne.

Et de quoi a l’air votre prince charmant?

Bon, je sais que le jour où je le trouverai il sera sûrement totalement l’inverse, mais allons-y! Il est brun, intelligent, intellectuellement stimulant, ambitieux tout en ayant, comme moi, encore du chemin à parcourir.

Et surtout pas jaloux, j’ai horreur de ça! Mon ex était très jaloux.

Le pilote de formule 1 Fernando Alonso?

No comment.

Xenia Tchoumitcheva lors d’un événement commercial en 2011 à Allaman (VD).
Xenia Tchoumitcheva lors d’un événement commercial en 2011 à Allaman (VD).

Cette vie de globe-trotter, c’est la vie que vous vouliez?

Non, pas vraiment, mais c’est une sorte de dépendance. Car quand on commence, il est très difficile de s’arrêter.

Et pourquoi?

Je suis quelqu’un de très sociable, qui adore rencontrer des gens. La vie que je mène me permet d’accéder à plein de milieux différents, de faire des rencontres que je n’aurais jamais eu l’occasion de faire. Et puis j’observe aussi beaucoup, car je veux apprendre un maximum.

Vous venez d’être désignée plus belle femme de Suisse par le magazine alémanique «Maxim». Qu’est-ce que cela vous fait?

Je ne m’y attendais pas. Cela fait longtemps que je travaille comme modèle puisque j’ai commencé à 12 ans.

Je suis donc presque un vétéran!

Que ça arrive autant d’années plus tard, cela me fait évidemment très plaisir, car ce genre de distinction amène une nouvelle célébrité.

La France s’intéresse désormais à vous. Vous avez récemment été l’invitée de Laurent Ruquier dans son émission télévisée «On n’est pas couché». Comment avez-vous vécu votre passage?

J’ai été très surprise de cette invitation, d’autant que je n’ai rien fait pour cela. Mais je me suis dit: «waouh», c’est super! Ce n’était pas évident, mais je m’en suis bien sortie, même si j’ai dû affronter un moment un peu dur (n.d.l.r.: l’un des chroniqueurs déguisé en personnage lubrique était censé se jeter sur elle si elle répondait faux à un quiz sur l’économie). Ma réaction a beaucoup plu (n.d.l.r.: Elle s’est levée pour aller embrasser le chroniqueur) et Laurent Ruquier m’a félicitée.

La beauté est votre principal atout. Vous imaginez-vous vivre un jour sans?

Oui, car je sais qu’elle passe très vite. C’est quelque chose de très superficiel, et c’est un côté que je n’aime pas trop dans mon travail. C’est pour cela que j’essaie d’apporter davantage: si je représente une marque, ce n’est pas seulement parce que je suis jolie, mais parce que j’ai des valeurs, parce que j’ai dit ou fait des choses auxquelles les gens s’identifient. Mais il ne faut pas le nier, la beauté m’a beaucoup aidée. Quand tout cela sera passé, je vivrai peut-être davantage dans l’ombre en mettant mon expérience au profit d’autres projets.

On sent que vous vous battez beaucoup pour être reconnue comme une femme non seulement belle, mais aussi intelligente. C’est difficile de sortir de cette image de jolie blonde un peu écervelée?

Je ne me bats pas pour être prise pour une fille intelligente. Au contraire, ma carrière serait sans doute plus facile si je ne le montrais pas trop.

Car en termes d’image et de marketing: la fille blonde écervelée, c’est beaucoup mieux!

Le problème, c’est que je n’arrive pas à jouer ce jeu, alors je suis moi-même. En revanche, je me bats pour prouver que l’on peut être intelligente, faire carrière et être indépendante. Je veux montrer qu’on peut être sexy et désirée par les hommes sans pour autant être un objet.

Vous êtes une vraie féministe!

Non, post-féministe!

C’est-à-dire?

C’est-à-dire que la femme n’a pas besoin d’être en concurrence avec l’homme ni de porter un pantalon pour être traitée avec respect et prise au sérieux. On peut porter une minijupe et dire des choses intelligentes, voilà ce que je défends. Les nouvelles générations doivent le comprendre et c’est ce que j’essaie de faire évoluer. C’est en quelque sorte ma mission.

Vous avez présenté l’élection de Miss Ukraine ce printemps. Que pensez-vous du mouvement Femen, ces féministes qui se sont fait connaître en manifestant seins nus?

Tout dépend du contexte. Dans le cas présent, il faut savoir qu’au temps du communisme, la société ukrainienne, comme la société russe, était matriarcale. Les femmes travaillaient, tenaient le ménage, faisaient tout. A l’effondrement du communisme, elles ont tout laissé de côté. Elles sont tombées dans l’extrême inverse en décidant de se laisser entretenir. C’est en réaction à cette nouvelle condition des femmes qu’est né le mouvement Femen. Pris dans ce contexte, je trouve leur action tout à fait défendable, car mieux vaut réagir que ne rien faire.

Xenia Tchoumitcheva, c’est aussi une marque, une image qui se vend. On vous définit souvent comme une it-girl, à l’instar de Paris Hilton, par exemple. Elle vous a inspirée?

Oh non, pas du tout! Cette comparaison est terrible. Elle a certes fait de très bonnes affaires, mais je trouve son image désastreuse et très superficielle.

Paris Hilton est tout le contraire de ce que je suis: je ne bois pas, ne me drogue pas, fais de la méditation.

J’essaie de lancer un message positif, pas négatif.

Quels sont vos modèles, si ce n’est pas Paris Hilton.

Oprah Winfrey, par exemple (n.d.l.r.: présentatrice américaine de talk-shows. L’une des personnalités les plus influentes aux Etats-Unis). Elle a beaucoup contribué à aider les autres et c’est pour cela qu’elle a autant de succès. J’ai compris cela avec le temps. Quand j’ai commencé ce métier, j’étais juste une fille de plus catapultée dans ce monde de beauté et d’ego. Je n’avais rien compris. Et puis avec les années, j’ai grandi et réalisé que, pour avoir du succès, il faut contribuer à améliorer le monde.

Et comment allez-vous y contribuer?

En inspirant les jeunes, en leur disant que ce n’est pas parce que nous traversons une crise qu’il n’y a plus d’espoir. En leur expliquant qu’il ne sert à rien de suivre comme des moutons en se laissant contrôler par le marketing et la mode.

Mais vous faites partie de cette machine. Vous n’avez pas l’impression d’être un peu contradictoire?

Non, et je le dis sans aucun cynisme, car je ne trouve pas que le système dont je fais partie soit mauvais. Simplement, il revient à chacun de créer sa propre machine dans la machine. Il ne s’agit pas de faire la révolution, mais de construire quelque chose de positif.

Le succès, c’est très important pour vous?

Oui! Mais il ne sert à rien de chercher à en avoir dans tous les domaines. Il faut se concentrer sur un objectif. Et puis j’ai réalisé que pour en avoir, il faut réunir trois conditions: faire ce dont tu es capable, faire ce que tu aimes et faire quelque chose pour les autres.

Et si un jour votre téléphone arrêtait de sonner? Vous y avez déjà pensé?

Ça pourrait arriver, mais cela signifierait que j’ai fait beaucoup d’erreurs. Car si les médias s’intéressent à moi, c’est en partie parce que je fais en sorte. Tu sais, je ne passe pas mes journées à attendre que le téléphone sonne!

Rien ne vous fait peur, on dirait.

Si je suis très combative, c’est parce qu’au fond je suis très sensible. C’est une forme de défense: soit tu pleures, soit tu te bats, et j’ai choisi de me battre pour me protéger.

Qu’est-ce que la Suisse vous a apporté dans votre carrière?

Elle m’a appris la précision, l’honnêteté dans le travail, le professionnalisme, des valeurs précieuses.

Noël approche, où passerez-vous les fêtes?

A Londres avec ma famille. On cuisinera, on fera du karaoké, on regardera des films, on passera du bon temps tous ensemble!

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Alban Kakulya