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25 mai 2017

Yann Marguet, comique avec piquants

Depuis un an, «Les Orties» de l’humoriste de Couleur 3 sont cueillies par un nombre grandissant d’admirateurs sur les ondes comme sur la Toile. Un humour vachard sans mépris qui, comme celui de son pote Thomas Wiesel, navigue en tête de gondole de la nouvelle scène humoristique romande.

Yann Marguet consacre une journée et demie à la réalisation d’une capsule des Orties..
Yann Marguet consacre une journée et demie à la réalisation d’une capsule des Orties..

Il faut le voir, Yann Marguet. Le bouffon génial des Orties travaille – au passage, sa capsule de début mai consacrée à ce thème s’avère un grand cru – certes sur Couleur 3. Mais c’est bien sur ses vidéos postées sur internet que se précipitent chaque jeudi avec délice un nombre grandissant de fans.

A tout juste 32 ans, le jeune Vaudois de Sainte-Croix s’est fait un nom parmi les nouveaux humoristes romands dont son camarade Thomas Wiesel qui, paraît-il, relit nombre de ses chroniques.

«Les Orties existent depuis février 2016. Il a fallu six mois pour que ça décolle et devienne un vrai rendez-vous», souligne ce costaud bonhomme à la longue barbe soignée, pantalon retroussé, bombers et bonnet sur la tête.

Visionner la vidéo «Le travail» de Yann Marguet. (Source: Youtube/Couleur3)

En apparence, il a tout d’un hipster mais déteste qu’on l’affluble de ce label made in Brooklyn. En revanche, il n’échappera pas à celui de fou de baskets. «Je dois avoir un peu plus d’une centaine de paires. Une vraie addiction, comme la clope, mais en plus rare.»

Je suis un mec assez anxieux, en fait.»

Et, autre point commun avec Céline Dion, gros travailleur également. Car évidemment derrière toute vanne bien sentie sortie avec son accent du Gros-de-Vaud savamment travaillé, se cachent des heures d’écriture. Avec parfois une mauvaise nuit à la clef lorsque l’inspiration se fait tirer l’oreille.

«Une capsule, c’est facilement une journée et demi de boulot. Il y a tout un travail de réalisation et de montage derrière. L’impro, j’aimerais bien, mais ça me fait plutôt peur pour l’instant. Alors je fais tout moi-même de A à Z, et je commence souvent à 3 heures du matin. Si je n’ai pas fini la veille de l’enregistrement, je me sens comme au troisième sous-sol», sourit-il accoudé à une table de l’un de ses bistrots lausannois fétiches.

On comprend mieux pourquoi, en plus d’aimer le comique américain «qui peut presque tout se permettre», Yann Marguet admire Alexandre Astier, incarnation vivante d’un comique multitâches.

Et lui, d’où tire-t-il ses vannes qui courent sur tous les réseaux sociaux romands et au-delà, avec pour les meilleures cuvées près de 60­ 000 vues ? «Allez, j’ose le dire: je pratique la critique anthropologique. Non, mais disons que depuis toujours j’observe beaucoup.»

A Couleur 3 comme chez lui

Est-ce cette insatiable curiosité qui l’a poussé du côté des amphis de l’université, puis quelque temps dans la presse et du côté de l’enseignement? C’est en tout cas au moment où il imagine s’inscrire à la Haute école pédagogique qu’un camarade humoriste l’invite à le rejoindre sur Rouge FM.

Bien-sûr rien n’arrive cependant tout à fait par hasard. «Pendant plusieurs années, j’ai eu une copine qui faisait de l’impro. Je trouvais ça fascinant, mais je n’osais pas me lancer.» C’est donc bien devant le micro et en tant qu’auteur que Yann Marguet trouve sa voie. A Rouge FM d’abord, où il tient sa première chronique, baptisée La prise chère.

Le phénomène du moment

A Couleur 3, où est déjà venue le débusquer la moitié de la presse romande avide de rencontrer le phénomène du moment, cet ancien étudiant (diplôme en droit, mais aussi un peu de HEC et de criminologie) se sent comme chez lui après à peine plus d’une année de présence. «J’aime l’esprit de la maison et j’ai toujours eu envie d’y bosser. C’est ce que j’écoutais quand j’étais à l’uni, ce qui me faisait marrer.»

Pour moi c’est un peu le laboratoire de l’humour en Suisse romande.»

Autant dire que lorsque, l’an dernier le chef d’antenne lui propose «un truc pour l’été», il ne se fait pas prier longtemps.

«Et maintenant je ne me verrais pas trop bosser ailleurs. J’étais plutôt bon à l’école, du coup les études sont arrivées sans que je ne me pose trop de questions. Je crois que je suis fasciné depuis toujours par les métiers de la scène, sans trop savoir comment y parvenir.»

Une scène qui lui fait un peu peur mais sur laquelle il rêve maintenant de monter, histoire d’installer son rôle de poil à gratter. «Je commence gentiment à penser à un spectacle. Mais quelque chose qui dépasse le best of des Orties. De construit.»

Pas la grosse tête

Bref, Yann Marguet, après s’être longtemps laissé porter par les événements, a trouvé sa voie. Comme il s’accepte désormais tel qu’il est, petite charge pondérale comprise. Lui qui jusqu’en avril encore était à la pige, possède maintenant un contrat à 60%. La radio, évidemment pas sourde à son insolent succès, vient de lui proposer un billet d’humeur hebdomadaire et même une matinale le dimanche. Du coup, «je dois m’organiser pour ne pas me laisser dépasser.»

C’est que notre homme aime également prendre un peu de distance et tient à éviter la grosse tête. Ce qui ne l’empêche pas de craindre que l’inspiration ne tarisse. «Je ne me sens pas l’âme militante même si je crois que je le suis parfois. Mon job, c’est de faire rire. Et si l’amour dure trois ans, l’humour n’est pas éternel non plus. Ce succès, c’est magnifique, mais je ne m’en sens pas esclave pour autant.»

Je veux juste continuer à me moquer, sans mépriser, de nos petits travers humains. A commencer par les miens.»

© Texte: Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: François Wavre/lundi13