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6 mai 2013

Yin Liang, l'ambassadeur des arts chinois

Arrivé seul en Suisse il y a dix ans, Yin Liang est aujourd’hui considéré comme un expert en antiquités asiatiques. Et vient justement d’ouvrir la Hehe galerie à Lausanne.

Yin Liang
La passion de Yin Liang: «Certaines œuvres anciennes dépassent en qualité ce que l’on peut faire avec la technologie moderne. On ne peut plus les fabriquer, et chaque pièce qui disparaît, c’est une histoire qui s’en va. Chaque objet a son âme, celle de l’artisan qui l’a fait et aimé.»

Quand on entre dans sa petite galerie d’art ancien à Lausanne, on se surprend à marcher soudain sur la pointe des pieds. Parce qu’il y a là des trésors d’antiquités chinoises, japonaises et tibétaines. Grand vase aux motifs bleu cobalt d’où l’on croit voir sortir Tintin, belles vasques laquées aux carpes effarouchées, pierres à encre, ivoire sculpté ou encore une superbe robe impériale du XIXe siècle, soie brodée de fils d’or aux neuf dragons…

A la tête de cette collection, un jeune homme, collier de jade et sourire plissé sous les paupières. Yin Liang, 32 ans, arrivé de Chine il y a une dizaine d’années, a le geste calme et la joie contagieuse. «Quand je suis arrivé, je ne parlais pas un mot de français, je suis venu ici pour apprendre la langue justement.»

Il pensait rester deux ans, mais une exposition de peinture chinoise découverte en 2005 lui fait changer d’avis.

J’ai vraiment été frappé par toutes ces toiles orphelines, comme moi ici. J’ai commencé à m’intéresser à cet art pour le faire connaître, le mettre en valeur en lui donnant un contexte historique.

Yin Liang se met à acheter des pièces chinoises dans les marchés, écume les brocantes et se documente, tout en jonglant avec les petits boulots chez Mac Do, nettoyage de bureaux et autres conciergeries. A force de patience et de passion, il réussit à rassembler quelques beaux objets. Mieux, il devient un expert d’art reconnu. Maisons de vente et particuliers font désormais appel à lui et le Musée d’ethnographie de Neuchâtel lui a même proposé un mandat pour l’inventaire de sa collection asiatique.

Repartir? Yin Liang, qui vient d’obtenir son permis C, n’y songe pas.

J’aime la mentalité suisse, spontanée, organisée, ouverte d’esprit et fidèle en amitié. C’est ici que je me sens utile et heureux.


«Les danseuses», une pièce funéraire de la dynastie Han.
«Les danseuses», une pièce funéraire de la dynastie Han.

Ma plus belle pièce

«J’aime beaucoup «Les danseuses», une pièce funéraire de la dynastie Han, qui a deux mille ans. Elle symbolise aussi un tournant. Jusqu’alors, quand l’empereur décédait, on tuait sa femme et tout son entourage pour qu’ils puissent l’accompagner dans l’au-delà. Avec la dynastie Han, on a cessé cette pratique et on a commencé à représenter les gens en pierre. C’est moins cruel.»


Timbres chinois de la propagande révolutionnaire dans les années 60.
Timbres chinois de la propagande révolutionnaire dans les années 60.

Ma collection

«Je garde les timbres chinois de la propagande révolutionnaire dans les années 60. C’est une période qui a marqué les mémoires et l’histoire chinoise, qui a fait de grandes choses mais détruit beaucoup d’antiquités aussi. Ces timbres sont très rares et ils ont souvent de très belles couleurs.»


Mont Changbai. (Photo: Keystone, Mark)
Mont Changbai. (Photo: Keystone, Mark)

Ma montagne

«Je suis né à Helong, dans la province du Jilin en Chine, à quelques kilomètres de la frontière coréenne et du mont Changbai. C’est là que j’ai grandi, que mes parents vivent toujours. J’y retourne une fois par année. C’est une petite ville d’environ 200 000 habitants, assez charmante, où je fais beaucoup de pêche avec les amis. Une des spécialités est la fondue au chien!»


Ma méditation

«Je pratique la calligraphie depuis l’âge de 12 ans. Je suis autodidacte comme dans tout ce que je fais. Ma grand-mère m’a toujours dit qu’il fallait être sérieux dans la vie et faire une page de calligraphie par jour. C’est une méditation, une manière de penser et de s’exprimer par le pinceau. J’enseigne cet art depuis dix ans.»

Démonstration de Yin Liang. (Vidéo: Jeremy Bierer)


Yin Liang adore le papet vaudois.
Yin Liang adore le papet vaudois.

Mon péché mignon

«J’aime le papet vaudois! Je le cuisine souvent en hiver. En fait, j’aime beaucoup faire la cuisine, il m’arrive même de jouer les traiteurs. Chaque année, j’organise le Nouvel-An chinois et j’invite tous mes amis autour d’un canard laqué, des travers de porc, des raviolis grillés à la vapeur ou d’une vraie fondue chinoise!»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Jeremy Bierer