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19 janvier 2015

Z comme zapping

La chronique de Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Martina Chyba
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Je fais partie de ce que l’on appelle les professionnels des médias «traditionnels», autrement dit les vieux cons. Jusque-là, nous avions l’habitude de travailler pour les ménagères de moins de 50 ans. Et confrontés à une question: comment parler aux plus jeunes qui ne s’informent plus que sur internet et sur les réseaux sociaux? Pour y répondre, nous avons des briefings sur les questions de générations.

Alors je vous résume. Il y a les baby-boomers, vous savez qui c’est, ils partent à la retraite ces jours et veulent qu’on les appelle des seniors et pas des vieux, bon. Après il y a la génération X, née entre 1959 et 1977. Celle qui a commencé sa vie sexuelle avant la chute du Mur, qui a grandi avec le Club Dorothée, qui a atteint le nirvana avec la mode grunge, qui a pris la crise et la mondialisation en pleine poire tout en ricanant avec Coluche ou Desproges, celle qui a connu une vie sans ordinateur et sans téléphone portable et qui pense que dans les années 80 on se marrait mieux.

Ensuite il y a la fameuse génération Y née entre 1978 et 1994. Ce sont les «digital natives», nés avec la technologie, ceux qui n’ont pas connu l’amour sans sida ni le travail sans précarité, ceux qui se vautrent avec plaisir dans l’hypersexualisation, l’hyperconsommation et la téléréalité, tout en rigolant avec Gad Elmaleh ou Jamel Debbouze. En 2025, ils représenteront 75% de la population active et donc on a intérêt à les choper, sinon il ne nous restera qu’à éteindre la lumière dans nos rédactions. Problème, leur slogan: IWWIWWWWIWI. Je traduis: I Want What I Want Where When Whenever I Want It… Je veux ce que je veux, où et quand je le veux. Autant dire qu’ils sont difficiles à satisfaire.

Et de toute façon, le temps qu’on y parvienne arrivera la génération Z, née entre 1995 et… on ne sait pas encore. Junkies du mobile, consommateurs plus critiques, initiés à la sexualité sur Youporn mais hyper fleur bleue, ils n’ont plus besoin de nous, car ils trouvent tout sur la toile, ils sont leur propre marque, car ils n’ont plus de modèles et s’échangent des vidéos de Norman ou Cyprien. Je peux témoigner, j’en ai deux à la maison.

Bref ça s’annonce compliqué. Mais ce qui est rassurant, c’est que quand ça va mal, on trouve des valeurs communes. Depuis le 7 janvier, toutes les générations savent ce qu’est Charlie Hebdo.

© Migros Magazine - Martina Chyba

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.