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11 juin 2012

Zig-zag dans les vagues

A tout juste 19 ans, Elise Chabbey est l’invitée de dernière minute du slalom olympique en kayak. Mais avant cela, il lui faudra passer son bac.

Elise Chabbey dans son kayak
Elise 
Chabbey: «Ce qui me plaît dans 
le kayak, c’est la 
vitesse, cette sensation 
de glisse.»

Elle ne tient pas en place et la noirceur de ses cheveux contraste avec sa joie de vivre. «Je suis explosive, j’ai envie d’y aller. Mais parfois, j’ai besoin qu’on me tire en avant, c’est difficile d’être toujours motivée, surtout pour faire de la musculation, ou en hiver.» Car elle s’entraîne douze mois par année et même lorsque la température de l’eau ne dépasse pas quelques degrés.

Le kayak est une histoire de famille chez les Chabbey: le grand-père participait déjà à des compétitions, transmettant le virus à son fils, Martial. Celui-ci, ensuite, a pris la présidence du club de Genève et partait avec ses quatre enfants en vacances pagaies à la main.

Trois d’entre eux sont aujourd’hui dans l’élite nationale, et Elise, qui a longtemps dominé chez les juniors, devra bientôt se méfier de sa petite sœur. «Mon grand frère a commencé le slalom, j’ai suivi. J’aimais gagner. Ce qui me plaît dans le kayak, c’est la vitesse, cette sensation de glisse, il faut à la fois de la technique et un bon physique.»

Elise Chabbey s’entraîne douze mois par année et même lorsque la température de l’eau ne dépasse pas quelques degrés.
Elise Chabbey s’entraîne douze mois par année et même lorsque la température de l’eau ne dépasse pas quelques degrés.

«Chaque gabarit a ses avantages et ses inconvénients»

Un bon physique n’est en fait souvent pas constitué d’une carcasse de muscles. Et sa petite taille ne se révèle pas être un handicap, au contraire: «Chaque gabarit a ses avantages et ses inconvénients dans ce sport, on voit vraiment de tout.» A la voir faire corps avec son embarcation tel un amphibien (son kayak est réglé au millimètre près, pas question de prendre un gramme), l’on comprend mieux où se situe son point fort.

J’aime faire la fête mais pendant la saison, ce n’est pas tellement possible.

La Genevoise de 19 ans n’attend désormais plus que la validation de Swiss Olympic pour acheter son ticket pour Londres (n.d.l.r.: une formalité qui devait tomber hier). «Je n’y pensais pas jusqu’aux épreuves de repêchage. On était dix concurrentes pour deux places. J’ai passé en premier et je regardais les résultats des autres. Elles arrivaient toujours derrière alors j’ai commencé à y croire.» Une participation aux JO impliquera des entraînements supplémentaires, alors que ses examens de maturité (option biologie-chimie) débutent ces prochains jours. «J’ai un collège super, avec lequel j’ai pu m’arranger pour déplacer certaines dates. Merci.»

«Je n’ai pas besoin de beaucoup travailler, j’ai de bonnes notes»

Pas question pour elle de renoncer à l’un ou l’autre, alors elle étudie durant les déplacements et parfois le soir. «Mais j’ai de la chance, car je n’ai pas besoin de beaucoup travailler, j’ai de bonnes notes», confie Elise Chabbey qui admet devoir parfois freiner l’entraînement pour consacrer de l’énergie à ses bouquins.

Plus tard, avec les études de médecine qu’elle envisage, ce sera encore pire. Alors pour l’instant, le prochain objectif sera de passer six mois en Australie, le pays du kayak, pagayer au chaud durant l’hiver. Et de rattraper le temps perdu. «J’aime faire la fête, mais pendant la saison, ce n’est pas tellement possible. J’ai dû arrêter aussi le piano. Des fois, j’ai envie de tout arrêter quand je me loupe, mais ça ne dure jamais longtemps, heureusement.»

Celle qui compare son parcours à celui de Lara Gut ne se met pas la pression. Si ça ne marche pas à Londres, elle réessayera dans quatre ans, à Rio. «Il va falloir que j’apprenne l’hymne national maintenant», rigole-t-elle, avant d’enfiler son casque, sa combinaison, la jupette et de s’élancer dans les torrents de l’Arve.

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Nicolas Righetti / Rezo