5 décembre 2019

L’arrivée de Migros en terres romandes

Publié dès 1944, l’hebdomadaire de Migros est un témoin précieux des débuts difficiles du distributeur en Suisse romande.

Malgré un climat général tendu, le premier magasin Migros de Genève ouvre ses portes en 1945 à la rue du Port.
Malgré un climat général tendu, le premier magasin Migros de Genève ouvre ses portes en 1945 à la rue du Port (photo: archives FCM).

Le vendredi 8 décembre 1944 paraît pour la première fois «Le Pionnier Migros», le journal de la coopérative Migros Neuchâtel créée en 1941. Ce faisant, Migros se dote enfin d’un organe de presse en français permettant de renforcer sa présence en terres romandes. Titré «Il n’y a plus de parents pauvres», l’article principal de la première page l’explique clairement: «Jusqu’ici, nos membres (ndlr: les coopérateurs) étaient informés de ce qui se passe à leur coopérative surtout par des ouï-dire au magasin. De sept en quatorze, une feuille volante, un prospectus relatant un fait particulier, mais rien de suivi. Vraiment, on était aussi au bout de la table, à la place des parents pauvres, là où les plats arrivent vides et où l’on ne perçoit de la conversation du sommet que des rumeurs, de vagues bribes.»

Si ce premier numéro laisse une grande place à la présentation des produits, à des conseils pour la ménagère et à un «conte pour enfants sages» intitulé «Augustin, roi des insectes», il se veut aussi une plateforme politique qui permet à Gottlieb Duttweiler en personne – il écrira au fil de sa vie près de 2700 articles – de faire passer ses idées et de défendre ses idéaux.  Cet outil de communication est d’autant plus précieux que le fondateur de Migros a beaucoup d’ennemis. Nombre de commerçants et de politiciens, de gauche comme de droite, ne voient en effet pas d’un bon œil la croissance folle que connaît cette entreprise. C’est donc sans surprise que, dans les tout premiers numéros déjà, on retrouve des articles concernant les problèmes liés à la création des autres coopératives régionales, dont celle de Genève.

Genève ouvre la marche

À l’époque, Migros subit de plein fouet l’arrêté fédéral interdisant l’ouverture de «nouveaux magasins à succursales multiples». Il faudra attendre la levée de cette interdiction pour que Migros Genève puisse voir le jour, ce qui est relaté avec grande joie dans l’édition du «Pionnier» du 27 juillet 1945. Sous protection policière, le premier magasin Migros ouvre donc ses portes à la rue du Port de Genève, tandis que deux mille détaillants baissent le rideau en signe de protestations. Interrogée devant le magasin Migros plein à craquer, une cliente est citée dans la presse Migros en ses termes: «Les épiciers disaient lors de leur réunion de protestation que Genève faisait face à une invasion de Migros. Il me semble que c’est l’inverse: le magasin Migros fait face à une invasion de Genevois.»

Des avis divisés ailleurs aussi

Ce sentiment anti-Migros, on le retrouve aussi dans le canton de Vaud. La «Gazette de Lausanne», qualifie Gottlieb Duttweiler de «mouche malodorante qui se pose sur tout ce qui sent la faillite et la putréfaction pour en tirer son venin». Des représentants du «Mouvement des classes moyennes» vont même, à la fin de l’année 1945, jusqu’à parcourir la ville avec une poupée «Gottlieb» qu’ils brûlent une fois arrivés au pied du monument du major Davel. But de la mise en scène? Montrer qu’à l’image de ce combattant qui avait tenté de libérer les Vaudois de la domination des Bernois, ils feront tout pour affranchir leurs compatriotes du tyran Migros.

La manifestation est relatée dans l’édition du 28 décembre 1945 «On connaissait le Carnaval de Venise et celui de Bâle. Les fédéralistes vaudois étaient jaloux de ces divertissements. Auront-ils leur carnaval désormais?» Le mot de la fin est laissé à une ménagère ayant assisté au défilé: «Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, ils n’ont pas demandé l’avis des consommateurs: il n’y en a point ici!» Malgré cette manifestation et une tentative d’amendement constitutionnel du Parlement cantonal d’interdire aux entreprises nouvellement créées ou basées hors du canton d’ouvrir des magasins dans le canton de Vaud – que le peuple rejettera –, Migros Vaud inaugure son premier magasin fin 1946 à Lausanne, rue Mauborget.

L’histoire ne se répète pas

En Valais, l’apparition des premiers magasins, gérés par la coopérative vaudoise, fait naître des oppositions allant de l’exclusion de clients Migros chez d’autres commerçants au blocage des routes sur lesquelles les camions de vente devaient circuler, en passant par la détérioration des enseignes. Malgré tout, la coopérative de Migros Valais voit le jour en 1955, ce qui réjouit Gottlieb Duttweiler. «Les services que rendra Migros Valais seront assurément très appréciés. On sait que (...) dans les hautes vallées, de nombreuses familles n’ont souvent que quelques centaines de francs à disposition», écrit-il dans l’édition du 18 novembre de «Construire».

Par la suite, les manifestations anti-Migros se feront toujours plus rares. De nos jours, Migros figure régulièrement au sommet du classement des marques préférées des Suisses.

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