20 juillet 2015

Au chevet des abeilles sauvages

Migros aménage de nombreux biotopes autour de ses magasins ou de ses centres logistiques afin d’accueillir des espèces végétales et animales menacées.

Claudio Sedivy, biologiste, se penche sur une fleur
Claudio Sedivy pose dans le biotope qu'il a créé à proximité d’un centre commercial zougois à la demande de Migros. (Photos: Samuel Trümpy, Philipp Höhne)
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Il fait une chaleur de plomb en ce jour d’été, et la sueur perle sur le front de Claudio Sedivy. Mais ce biologiste de 34 ans ne semble même pas s’en apercevoir. Accaparé par son travail, il se penche sur une campanule et observe un minuscule insecte qui s’est posé sur la corolle violette: «C’est une Chelostoma rapunculi, l’une des plus petites abeilles sauvages vivant en Suisse.

Cette abeille butine du pollen et du nectar uniquement sur les campanules, une fleur dont l’odeur l’attire comme un aimant.

Nous nous trouvons à l’entrée principale du centre commercial Zugerland, à Steinhausen (ZG), juste à côté d’un grand bâtiment vitré. Là, un terrain a été transformé en biotope modèle pour les abeilles sauvages. Ce dernier abrite pas moins d’une soixantaine d’espèces de fleurs sauvages indigènes.

Une abeille Chelostoma rapunculi en train de butiner une campanule.
Une abeille Chelostoma rapunculi sous le charme d'une campanule. (Photos: Samuel Trümpy, Philipp Höhne)

On y trouve également différents sites de nidification pour les insectes, par exemple des amas de pierres, des troncs d’arbres morts et beaucoup de sables argileux dans lesquels les abeilles sauvages creusent leurs galeries.

La société Wildbiene + Partner de Claudio Sedivy a créé ce mini-­paradis à la demande de Migros. Il fait partie des nombreux espaces naturels situés à proximité de magasins, de centres de distribution, de sites industriels et d’aires de loisirs au sein desquels la coopérative aménage des habitats pour les espèces végétales et animales menacées (lire encadré).

De nombreux paysans dépendent des abeilles sauvages

De telles zones sont indispensables, notamment pour protéger les abeilles sauvages. Dans notre pays, ces insectes voient leur habitat et leurs sources de nourriture se rétrécir comme peau de chagrin, au point que la moitié des six cents espèces indigènes répertoriées sont aujourd’hui menacées.

Les abeilles sauvages souffrent du mitage du territoire et de l’agriculture intensive. Nombre d’entre elles vivent en symbiose avec certaines fleurs sauvages indigènes qui ne poussent plus sur les sols engraissés.

La disparition des abeilles sauvages aurait des conséquences désastreuses non seulement pour l’écosystème mais aussi pour l’agriculture,

Claudio Sedivy en train d'examiner le site de nidification.
Les abeilles sauvages trouvent des sites de nidification en plus d'une soixantaine de fleurs sauvages à disposition. (Photos: Samuel Trümpy, Philipp Höhne)

sait Claudio Sedivy. Car sans leur rôle de pollinisatrices, les arbres fruitiers, les arbustes à baies et différentes espèces de légumes n’existeraient plus. C’est là qu’intervient la société de Claudio Sedivy, qui met des centaines d’abeilles sauvages à disposition des paysans exploitant des vergers.

Le biologiste a également été mandaté par la Confédération pour dresser une liste des espèces d’abeilles sauvages menacées. A cet effet, il explore systématiquement certains prés, lisières de forêt et quartiers d’habitation pour en inventorier les habitants.

Le scientifique est plein d’enthousiasme quand il parle des abeilles sauvages, des insectes aussi utiles que discrets. Quand on lui demande s’il lui arrive de se faire piquer par ses protégées, il répond simplement:

De nombreuses abeilles sauvages ne piquent pas et, si elles le font, leur piqûre est bien moins dangereuse que celle des abeilles mellifères.

Raison de plus pour les trouver sympathiques.