4 janvier 2018

Au cœur du Gstaad authentique

Loin du bling-bling de la station de ski de l’Oberland bernois, le petit village de Lauenen rappelle que dans la région vivent encore des paysans de montagne. Balade enneigée entre passé et présent dans la réserve naturelle de Rohr.

Réserve naturelle de Rohr
L’un des sublimes panoramas de la réserve naturelle de Rohr où file une calèche.

Arriver à Gstaad en train Belle Époque , puis, le pied à peine posé dans la sélecte station de l’Oberland bernois, croiser des chevaux traînant des calèches de touristes en manteaux de vison. Le cliché est tenace.Il faut dire que ce village huppé fait tout pour entretenir sa réputation d’oasis de luxe au cœur des montagnes suisses.

Ici, les chalets du centre-ville abritent les grands noms de l’industrie du luxe: joaillerie, maroquinerie, marques de couture, tout est accessible à deux pas de bottes de fourrure. Oui, Gstaad est bien ce rendez-vous des super-riches désireux de rester entre soi. Ses habitants aiment à dire que les paparazzi y sont rares et que la discrétion est ici érigée en art de vivre. On salue le réalisateur Polanski à la boulangerie en toute simplicité comme on le ferait avec un habitant lambda et croiser l'actrice Ursula Andress est presque aussi banal que se casser le nez sur sa voisine.

Derrière l’écran de paillettes se cache pourtant une autre réalité. Celle des autochtones qui, malgré la montée en gamme de leur coin de terre, ont su maintenir une activité rurale et économique dans la pure tradition des paysans de montagne. Le Saanenland, qui compte entre autres les communes de Saanen, Gstaad, Lauenen et Gsteig, s’enorgueillit de compter autant d’habitants que de vaches. Sept mille dans chaque camp annonce fièrement l’Office du tourisme.

Il règne ici un savant équilibre entre luxe et industrie locale, relève Karin Bach. Les deux parties vivent en harmonie.

Nous ne sommes pas dérangés par les stars et leur présence n’a pas tué notre métier.» Née à Zurich «dans une famille qui n’a rien à voir avec l’agriculture», elle est depuis trente ans l’épouse d’un éleveur de vaches Simmental et fabricant de fromage sur l’un des huitante alpages de la région.

Karin Bach, notre guide.

Alors, pour une balade au cœur du Gstaad authentique, c’est à Lauenen, à 7 kilomètres au sud-est de la station, qu’il faut se rendre. Nous y arrivons par une route en lacets qui passe notamment devant le chalet Jade ayant appartenu à feu Johnny Hallyday, avant de nous arrêter devant l’hôtel Alpenland où des couples prennent le soleil sur la terrasse en cette fin de matinée. C’est ici, face aux montagnes, que se trouve le point de départ de cette randonnée familiale.

Un marais en guise de chemin

Quelques foulées sur la route enneigée après être passés devant la place de jeu qui jouxte l’hôtel, puis nous virons à gauche en direction d’un petit pont qui traverse le ruisseau. C’est le Louibach, cours d’eau qui jalonnera toute la balade et qui finit sa course dans la Sarine. Un panneau rose (la couleur à suivre tout au long de la balade) indique le début de la randonnée, une boucle de 5 kilomètres qui s’étire sur le plateau de la réserve naturelle de Rohr où vivent renards, grenouilles et nombre d’insectes endormis par le frimas. On s’élance sur le chemin fraîchement damé sous une toile bleue rythmée par les sommets enneigés.

Le magnifique paysage encerclé de cimes enneigées.

Tout ici respire le calme et la quiétude. L’eau du Louibach file en silence sur notre droite tandis qu’à gauche les doubles sillons finement tracés rappellent que nous nous trouvons dans l’un des hauts lieux du ski de fond. Le soleil darde ses rayons sur le Wildhorn qui nous fait face dans l’immensité blanche. Là-bas, au loin, le lac de Lauenen attend les randonneurs les beaux jours revenus, mais en cette journée d’hiver, la route est fermée au trafic et seule la calèche tirée par les chevaux de la famille Reichenbach semble s’y aventurer.

La neige craque sous le poids de nos pas, car nous ne sommes pas ici sur la terre ferme mais sur un marais. Y marcher est plus physique qu’il n’y paraît et, le sol étant encore meuble par endroits, il faut prendre garde à ne pas s’enfoncer dans la gadoue. Mais sous peu le chemin encore désert sera colonisé par les promeneurs, avertit Karin Bach, la balade étant l’une des destinations favorites des familles en quête d’un bol d’air les après- midi d’hiver.

Coutumes et traditions

L’un des beaux chalets que l’on peut admirer au cours de la balade.

Drôle de voir comment ce qui est à la belle saison un plan d’eau stagnante et vaseuse s’est mué en vaste étendue blanche entourée de sommets. Wildhorn, Spitzhorn et sa forme pyramidale, Glacier des Diablerets, que l’on devine derrière la pente enneigée, appellent au ski. On poursuit accompagnés des traces d’un renard qui se confondent avec nos pas, les silhouettes des arbres givrés par le froid en guise de haie d’honneur. De l’autre côté, quelques fermes et les planches de bois empilées de la scierie voisine attendent notre passage. Elles sont les derniers remparts de la tradition, celle des paysans fromagers et des métiers du bois qui ont toujours cours dans la région.

Çà et là, des meules enneigées aux airs de meringue, piquées d’un long tronc de bois, les Tristen (lire encadré), rappellent qu’à Lauenen les coutumes ont la vie longue. «Les meules sont faites avec le foin du marais qui n’est pas de très bonne qualité, explique notre guide. Aujourd’hui, elles sont avant tout décoratives.»

Traversée d’un majestueux bois de bouleaux.

Le sentier nous conduit maintenant dans un petit bois de bouleaux d’où l’on aperçoit au loin les maisons du village. Encore quelques mètres dans la quiétude hivernale et nous serons bientôt arrivés à la fin de notre périple. Le Wildhorn et sa cime poudrée sont désormais dans notre dos et c’est au tour du Rellerli et de ses larges pistes de randonnée qui surplombent Schönried de nous faire face.

Un virage à gauche, le temps de se faire devancer par un skieur nordique, et nous voici de retour au petit pont qui a inauguré notre balade. La boucle est bouclée. Il est temps de revenir sur la terre ferme et de redescendre dans le quotidien doré de la station chic qu’est Gstaad. À la gare, le train panoramique de la compagnie de chemin de fer Montreux-Oberland bernois offre un dernier coup d’œil sur le tableau de neige, nous emmenant vers Rougemont et Château-d’Œx et ses toits de tavillons. Comme un dernier tour de piste avant de retrouver la plaine.

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