20 novembre 2017

Au pays du poisson

L’entreprise norvégienne Marine Harvest est le premier producteur de saumons d’élevage au monde. D’ici à 2020, toutes ses exploitations respecteront les directives de développement durable du label ASC. «Migros Magazine» s’est rendu sur place, au cœur des fjords, pour visiter l’une de ces fermes salmonicoles certifiées qui compte parmi les fournisseurs de Migros.

La côte norvégienne offre des conditions idéales pour l’élevage du saumon, comme ici dans le Fjord de Nogva.
La côte norvégienne offre des conditions idéales pour l’élevage du saumon, comme ici dans le Fjord de Nogva (photos: Thor Brødreskift).
Temps de lecture 7 minutes

Dans un bruit assourdissant, le bateau à moteur blanc file à vive allure à travers le fjord norvégien. Un parfum d’embruns se dégage de l’air clair et froid. L’expédition a pour but le hameau de Steinsvik, tout au bout du fjord. Dans ce paysage idyllique se cache l’élevage de jeunes saumons de l’entreprise norvégienne Marine Harvest. L’installation moderne se partage entre deux bâtiments gris plutôt discrets. Avant d’y pénétrer, les visiteurs sont tenus de retirer leurs chaussures, puis d’enfiler des chaussons en caoutchouc ainsi qu’une blouse de laboratoire immaculée – les germes et salissures provenant de l’extérieur sont invités à y rester.

Si de telles mesures de précaution sont mises en place, c’est parce que le site abrite le bien le plus précieux de Marine Harvest. «Nous entrons maintenant dans l’incubateur, notre trésor pour ainsi dire, explique Geir Holen, responsable de la communication chez Marine Harvest. Deux millions d’œufs de saumon, dont la valeur marchande s’élève à plusieurs millions d’euros, sont entreposés ici et tous viennent de notre propre élevage», souligne notre homme. «Nous avons lancé notre activité dans les années 1960 avec du saumon sauvage. Depuis, tous les poissons sont issus de ce stock initial.»

Il fait froid dans le dépôt, où un petit clapotis se fait entendre. Le long des murs sont installées une multitude d’étagères à tiroirs. Un collaborateur tire délicatement l’un des bacs en plastique, qui sont en permanence réapprovisionnés en eau fraîche. On peut y voir des milliers de petits poissons de quelques millimètres de long. Nommés alevins, ces saumons sont déjà sortis de leur œuf, mais ne sont pas encore dotés du sac vitellin rougeâtre qui leur fournira des nutriments pendant les quatre à six premières semaines de leur vie.

Dans la station d’élevage de Steinsvik, les jeunes saumons grandissent d’abord en eau douce.

Lorsque les saumons ont épuisé tout leur vitellus, ils pèsent environ 6 grammes. Ils atteignent alors les premiers bassins d’élevage via un système de tuyaux. Des passerelles métalliques surplombent les piscines rondes de 2,5 mètres de profondeur. On perçoit une légère odeur de poisson tandis que l’eau fraîche qui afflue en continu laisse entendre un bruissement discret. «L’eau est sans cesse recyclée dans une installation de traitement, précise Geir Holen. Seul 1% du volume provient d’un ruisseau voisin.» Dans l’eau aux reflets émeraude éclairée par des lampes reproduisant la lumière du jour s’ébattent près de deux millions de saumons. Ils ne mesurent pas plus de quelques centimètres de long et sont constamment en mouvement.

Plus d’antibiotiques grâce aux vaccins

Une fois que les saumons ont atteint 60 grammes, ils sont prêts pour l’étape suivante. Du sel marin est progressivement ajouté à l’eau jusqu’à ce que la salinité soit identique à celle du fjord. Les saumons sont vaccinés au préalable. Dans une installation totalement automatisée, chaque poisson reçoit une injection qui lui permet de résister à diverses maladies. «L’industrie norvégienne du saumon a commencé à vacciner dans les années 1990, explique Geir Holen. Jusqu’alors, on recourait souvent aux antibiotiques à des fins de prévention et de traitement des maladies. Grâce à la vaccination, cela n’est plus nécessaire.» D’ailleurs, depuis environ dix ans, Marine Harvest n’utilise plus d’antibiotiques en Norvège.

Chaque ferme à saumon comprend une plateforme d’approvisionnement avec des bureaux, des ateliers et des silos d’aliments.

Les jeunes saumons de près de 200 grammes sont acheminés vers l’exploitation par bateau spécial. On trouve ces aquacultures un peu partout en Norvège. Les longues côtes, leurs nombreux fjords et l’eau chaude du Gulf Stream, qui arrive jusqu’ici, offrent des conditions idéales à l’élevage salmonicole. Mais quels facteurs définissent un bon site d’implantation? «Un courant fort, du vent et une eau riche en oxygène», indique le responsable de la communication. Nogva­fjord, par exemple, respecte toutes ces conditions. Le site de Rogne satisfait d’ores et déjà aux directives de l’ Aquaculture Stewardship Council (ASC) pour un élevage responsable (lire encadré). Ici, à environ une demi-heure en bateau de la ville d’Ålesund, Marine Harvest gère une grande ferme à saumons, composée de neuf enclos et d’une plateforme d’approvisionnement.

Ces structures flottantes sont le cœur des exploitations. Elles abritent des pièces communes et des bureaux pour les collaborateurs, mais aussi des silos pour l’entreposage de la nourriture. Deux employés sont tranquillement assis devant une rangée de gros moniteurs. Ils observent des milliers de saumons nageant en rond et formant un tourbillon argenté. «Nous surveillons l’alimentation des saumons en permanence, assure Geir Holen. Lorsqu’ils nagent en profondeur, cela signifie qu’ils sont rassasiés. Alors nous réduisons ou stoppons l’alimentation.» Cela empêche les restes de nourriture de couler. Les pellets leur parviennent via un fin tube perforé et suspendu verticalement dans les enclos.

«Le fourrage est composé à 20% de farine et d’huile de poisson. Les poissons transformés proviennent quant à eux d’effectifs sauvages qui font l’objet d’une pêche responsable et durable», garantit Geir Holen. L’utilisation de poissons sauvages dans le fourrage a soulevé des critiques par le passé. Jusqu’en 1990, la nourriture était composée à 65% de poissons. Mais les difficultés croissantes d’approvisionnement et le souci de durabilité ont mené à une réorientation au sein de l’industrie piscicole norvégienne. «La proportion de poissons dans les aliments est en baisse depuis des années, observe Geir Holen. Nous la remplaçons par des ingrédients d’origine végétale tels que le soja et le blé. Et un projet de recherche visant à introduire des algues est en cours.» Notez que pour produire un kilo de saumon, 0,77 kilo de farine et d’huile de poisson est nécessaire.

Geir Holen est responsable de la communication pour Marine Harvest.

Les saumons passent un peu plus d’un an en mer. D’un diamètre de 50 mètres, leurs enclos circulaires constitués de filets sont ancrés grâce à un système de flottaison. Si l’on se tient sur l’étroite passerelle qui en fait le tour, on aperçoit sans cesse des saumons qui sautent. Pourtant, il serait impossible de deviner que cette structure de 40 mètres de profondeur abrite près de 105 000 poissons. Toutefois, ces derniers ne manquent pas de place. La loi norvégienne prévoit en effet qu’un enclos doit être constitué d’au moins 97,5% d’eau, les saumons occupant les 2,5% restants.

Poissons nettoyeurs contre les poux

Mais ils n’ont pas tout l’espace pour eux pour autant: ils cohabitent en effet avec une colonie de 18 000 poissons nettoyeurs. Au menu de ces derniers, des poux de mer: ces parasites attaquent la peau des saumons, affaiblissant notamment les plus jeunes spécimens et les rendant vulnérables aux maladies. «Le pou de mer représente actuellement le plus gros problème de l’industrie du saumon», déplore Geir Holen. Mais ils n’épargnent pas non plus les poissons sauvages. Dans une ferme comptant de nombreux effectifs, l’invasion peut vite proliférer et affecter aussi les spécimens sauvages de la région. Les normes ASC n’autorisent que très peu de médicaments pour le traitement, et ce, sous certaines conditions. Leur utilisation est en effet interdite à des fins préventives. «C’est pourquoi nous misons sur des mesures non médicales, telles que les poissons nettoyeurs. Mais nous testons aussi de nouvelles constructions, comme un système fermé qui complique l’intrusion des parasites.» Autre avantage de cette solution: elle empêche l’évasion des saumons d’élevage, qui risquent alors de s’accoupler avec des saumons sauvages, perturbant ainsi l’écosystème. C’est pourquoi les fermes doivent signaler le moindre incident aux autorités et s’acquitter d’amendes élevées. Les exploitations sont par ailleurs tenues d’entreprendre tous les efforts possibles avec les pêcheurs locaux pour rattraper les poissons échappés.

Une fois que les saumons ont atteint leur poids de 4,5 à 5,5 kg, ils sont acheminés par bateau vers l’un des sites de transformation de Marine Harvest. Le voyage peut alors durer jusqu’à douze heures. Afin que les poissons puissent se remettre du transport, ils restent encore au moins autant de temps dans un enclos en mer face à l’exploitation. Marine Harvest fournit au monde entier, et notamment à Migros, des saumons entiers ou en filets, triés en fonction de leur taille et de leurs propriétés esthétiques. 

Les granulés d’aliments sont riches en protéines. Ils contiennent du soja, du blé et 20% de poisson.
L’alimentation est surveillée et contrôlée depuis la plateforme d’approvisionnement par vidéo.
Les filets de saumon frais sont expédiés de Norvège dans le monde entier.

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