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De l’imitation naît l’apprentissage

En jouant «à faire semblant», l’enfant intègre les règles sociales, développe sa créativité et apprend à communiquer. Les explications d’Edouard Gentaz, directeur du Babylab et du Laboratoire du développement sensori-moteur affectif et social de l’Université de Genève.

Pour les 4 ans de vos jumeaux, Papy a offert une belle perceuse à Noah et un aspirateur vrombissant à Louanne. Vous faites une drôle de tête? Ne vous inquiétez pas: même s’ils sont caricaturaux en favorisant les stéréotypes de genre, ces jouets sont aussi très utiles au développement des enfants – et ce, indépendamment de leur sexe.

Les enfants, filles et garçons, adorent jouer à faire semblant. On le voit lorsqu’ils prennent le portable de leurs parents: ils peuvent ainsi créer des tas de scénarios, un tout autre monde dont on n’a même pas idée,

explique Edouard Gentaz, directeur du Babylab et du Laboratoire du développement sensori-moteur, affectif et social à la Faculté de psychologie de l’Université de Genève. Mais ces jouets leur permettent aussi de simuler le monde et les aspects sociaux et d’apprendre peu à peu à réguler leurs émotions. C’est pour ces dernières raisons qu’

il est important de ne pas réserver un type de jouet à un seul sexe.»

Un mécanisme d’apprentissage essentiel

Ainsi, loin d’être un acte peu valorisant, jugé comme étant trop conformiste ou «moutonnier» – comme beaucoup semblent le penser –, l’imitation est au contraire un mécanisme d’apprentissage essentiel pour l’enfant. «A quelques jours de vie déjà, le bébé nous imite lorsqu’on tire la langue souligne le spécialiste. Puis l’enfant va imiter des enchaînements de gestes et de mots de plus en plus complexes, au fil de l’accroissement de ses compétences sensori-motrices. On néglige un peu cet aspect, car on estime que le fait d’imiter ressemble à de la paresse.

Et on a toujours peur que la reproduction d’un modèle mène au conformisme. Mais ce n’est pas le seul mécanisme que l’enfant va mettre en place, et il ne va ensuite pas reproduire ce qu’il a vu à l’infini!»

Edouard Gentaz remarque ainsi que l’imitation possède trois fonctions distinctes pour les enfants: la première, évidente, c’est de favoriser les apprentissages sensori- moteurs et cognitifs (par exemple, celui d’apprendre à tracer des lettres) et sociaux (par exemple, les règles de politesse). La deuxième, c’est de communiquer. «Lorsque l’enfant ne sait pas encore parler, il s’exprime par des gestes.

On remarque ainsi dans les crèches que l’imitation est un moyen de communication extrêmement puissant et qu’elle représente les prémices du dialogue, car l’enfant effectue alors une gestuelle en miroir avec ses copains.

Dès que l’un fait une roulade, par exemple, tous les autres en font une aussi, sans avoir besoin de se dire: «Viens avec moi!» C’est un apprentissage immédiat, un mécanisme automatique qui n’exige même pas de félicitations de la part des adultes. » Enfin, la troisième fonction de l’imitation consiste à fabriquer une base de connaissances sur laquelle va se fonder la créativité.

Besoin d’identification

Mais les tout-petits ne sont pas les seuls concernés par ce type d’apprentissage: «Tout le monde imite, souligne le directeur du Babylab. On copie un modèle de lettre pour apprendre à écrire, on répète les mots qu’on nous dit jusqu’à ce qu’on sache parler, et

lorsqu’on est dans un pays étranger, on regarde ce que font les habitants pour agir de manière adéquate. L’imitation est un mode d’apprentissage qu’on garde tout au long de sa vie.»

Les marques et «leurs» stars l’ont bien compris, elles qui tablent sans cesse sur le besoin d’identification des consommateurs. Les ados ne sont pas en reste, note également le spécialiste, puisque chacun veut être considéré comme une personne à part… et se retrouve finalement habillé exactement comme ses copains. «On n’aime pas l’imitation, parce qu’on croit que ce n’est pas bien. Mais on peine à s’en défaire. Et il est impossible d’imaginer un monde où l’on n’imiterait pas», s’amuse Edouard Gentaz.

Un devoir d’exemplarité

En ce qui concerne les enfants, il est toutefois important que les parents soient conscients de leur responsabilité: «Que ce soit volontaire ou pas, les enfants ont en permanence tous leurs capteurs en éveil. Les parents ont un devoir d’exemplarité très important:

s’ils ne respectent pas le code de la route ou se conduisent de manière violente, par exemple, il y a beaucoup plus de risques que leur enfant reproduise leur comportement.»

Par ailleurs, le spécialiste insiste sur le fait que le «dire» doit être en adéquation avec le «faire» le plus souvent possible dans la vie de tous les jours. 

Texte: © Migros Magazine / Véronique Kipfer

 

Publié dans l'édition MM 22
29 mai 2017

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